La Révolution du collège par le socle ?

Un membre du CSP vient de lâcher une bombe sur le collège, et peut être pas que sur le collège. Beaucoup vont sans doute considérer qu’il va y avoir des dégâts collatéraux. Le Café pédagogique vient d’ouvrir son flash ainsi : « Selon Denis Paget, membre du Conseil supérieur des programmes, le CSP s’apprêterait à en finir avec le brevet et le livret personnel de compétences (LPC). Un autre système d’évaluation, par compétences, replacerait ce couple qui clôt les années collège. » Et plus loin il indique également : « Nous n’allons pas maintenir le brevet », a dit Denis Paget. « Il n’y aura que la validation du socle en fin de troisième ». Selon lui, le CSP réfléchissait à la portée de la validation du socle. Le valider ouvrira-t-il la porte de toutes les classes de seconde ? Aujourd’hui l’orientation en fin de troisième se fait indépendamment du socle et du brevet. Elle pourrait se faire en fonction du socle. Mais sur ce point, a ajouté D. Paget, le CSP réfléchit encore. » Et le Café pédagogique, dans un tweet laconique précise « Cette information est validée par Alain Boissinot ». 

L’ambiguïté

Depuis la loi de 2005, le collège et ses personnels sont dans une ambiguïté incroyable dans un pays qui se dit soi-disant cartésien.

Les enseignants doivent à la fois former les élèves de telle manière qu’ils doivent tous obtenir la validation du socle commun, les préparer à un examen qui suppose que tous ne l’obtiendrons pas et sur des contenus différents de ceux du socle, et enfin participer au jugement d’orientation des élèves, jugement base sur la différence de niveaux des élèves. On peut comprendre la difficulté pour faire accepter cet objectif du socle non seulement « commun », mais surtout pour tous dans un système fonctionnant à la méritocratie et à la hiérarchisation des élèves et des performances de ceux-ci. Je me permets de reprendre une partie d’un article que j’avais publié ici en novembre 2012 : La saine colère du socle mais que je vous recommande de lire en entier, le débat étant toujours présent.

Condition du socle pour tous

Un petit rappel historique et politique, et pour cela, je m’appuie sur le petit livre ( petit par la taille, mais par la taille seulement) de Claude Lelièvre : L’Ecole obligatoire : Pourquoi faire ? Une question trop souvent éludée, Editions Retz, 2004). Ce livre écrit avant la loi de 2005 instituant le socle, répond à sa question-titre ainsi : « … la scolarité obligatoire, n’a vraiment de sens que s’il existe une définition claire de l’instruction obligatoire, nécessaire à tous et pour tous. » (page 6 de l’avant-propos). Et dans la conclusion, il écrit : « La tentation peut être grande de prendre le chemin d’une certaine diversification délibérée au collège et de rejoindre de facto l’ensemble des pays du centre de l’Europe aux types d’enseignement nettement différenciés alors même que leurs résultats paraissent pourtant fortement sujets à caution. Ou bien on choisit clairement la voie de l’ensemble des pays du Nord de l’Europe (une Ecole obligatoire clairement affirmée, à structure unique), qui ont des résultats nettement meilleurs. » (p. 133) Et son livre montre comment cette question politique n’a jamais pu être réellement prise en charge par les politiques (livre publié en 2004).

Au fond c’est la question de savoir si l’école obligatoire doit être sélective ou congruente ? Doit-elle renforcer la différenciation sociale ou bien l’atténuer ? Ce sont bien là des questions politiques de base qui traditionnellement clivent le champ politique en ses deux camps. Et en effet, le texte de Denis Paget s’ouvre par ce paragraphe : « L’idée du « socle » est historiquement très marquée à droite sous des formes diverses : savoirs de base, smic culturel, kit de survie… et le socle est effectivement la mesure phare de la politique initiée par F. Fillon. Elle résume l’idéal de l’élitisme républicain : l’école sélectionne et dégage les élites mais la société ne peut fonctionner sans une politique « inclusive » qui façonne les attitudes, les comportements et fournit des compétences de base à la masse de ceux qui n’atteindront jamais le niveau d’un baccalauréat. Ce socle serait le lot de consolation de ceux qu’on considère comme a priori incapables de dépasser la scolarité obligatoire à 16 ans et répond aux inquiétudes ancestrales des classes dirigeantes et du Medef qui craignent la présence d’une population marginalisée et potentiellement menaçante. » Je suis assez sidéré par cette inversion du sens du socle : ce qui doit être commun à tous, devient ce qui va distinguer les uns des autres. Pourquoi le socle deviendrait l’étalon de différenciation ?

Bon sang, mais c’est bien sûr !

J’avoue que la relecture de ce paragraphe avec notamment ce que disait Denis Paget à l’époque, rapproché de la déclaration que rapporte le Café pédagogique et qu’il a tenu à l’Université de printemps du Snuipp 75, en tant qu’ enseignant chargé de recherche à l’institut de recherche de la FSU et membre du CSP m’inquiète.  Cette partie de déclaration m’alerte : « le CSP réfléchissait à la portée de la validation du socle. Le valider ouvrira-t-il la porte de toutes les classes de seconde ? Aujourd’hui l’orientation en fin de troisième se fait indépendamment du socle et du brevet. Elle pourrait se faire en fonction du socle. Mais sur ce point, a ajouté D Paget, le CSP réfléchit encore. »

Au fond en reliant le socle et l’orientation post-troisième la responsabilité politique de l’acquisition du socle par tous est renvoyée, diluée sur les lycées, tout en maintenant la fonction sélective du collège dans notre système scolaire. La posture traditionnelle de l’enseignant est maintenue. Ouf, au revoir les pédago…

Les prochaines déclarations du CSP seront donc importantes on verra du quel côté l’évolution se fera…

 

Bernard Desclaux

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This entry was posted on vendredi, juin 6th, 2014 at 17:41 and is filed under Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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