Apprendre à s’orienter, d’hier à aujourd’hui (X), ou la remise en cause des rôles professionnels

Dixième article développant ma conférence à Caen, NOUVEAUX PARCOURS POUR S’ORIENTER, Développer la capacité à s’orienter du collège au lycée, et tout au long de la vie.

 

L’hypothèse que je n’ai pas eu le temps de développer au cours de cette intervention est la suivante : l’EAO remet en cause les principes et le fonctionnement de notre organisation scolaire dans le secondaire. Elle n’est pas la seule à provoquer, nécessiter ces changements. Mais c’est sans doute une des raisons expliquant les difficultés qu’elle rencontre.

Les rôles professionnels des acteurs et leurs relations sont remis en cause

L’espace scolaire de l’établissement secondaire français a été fondé sur le modèle du collège Jésuite, c’est-à-dire un internat. En un siècle, ce sanctuaire s’est trouvé de plus en plus ouvert et le rôle du chef d’établissement s’est considérablement modifié. Il doit piloter, manager, organiser, développer un leadership et des partenariats avec l’extérieur… Un travail collectif d’organisation est nécessaire dans plusieurs domaines : pour le programme de formation, pour l’évaluation, pour les actions collectives internes et externes. Or le travail collectif n’est pas la forme traditionnelle. Les rôles professionnels des enseignants sont également modifiés. Ils enseignent, mais organisent également des activités. Leur activité d’enseignement ne se limite plus à leur discipline, et de nouveaux rôles leurs sont demandés comme celui de conseiller. Et tout ceci a des effets sur le rôle des inspecteurs qui ne doivent plus seulement accompagner, animer, évaluer les enseignants sur leurs pratiques et savoirs disciplinaires, individuellement, mais s’intéresser à l’organisation et au fonctionnement collectif au sein de l’établissement.

Du côté des personnels d’orientation il y a également un changement réclamé. D’une position de conseil essentiellement centrée auprès des élèves, ils devraient développer un conseil technique auprès des professionnels (les enseignants, les équipes éducatives, le chef d’établissement, et d’autres partenaires). Le rôle du CIO et de son directeur évoluent également. Il ne s’agit plus seulement d’organiser les services des conseillers dans les établissements, mais d’impulser des politiques éducatives. Le CIO n’est plus seulement un lieu d’accueil du public, il doit coordonner des actions, produire des données, servir de référents aux personnels, soutenir le rôle de conseiller technique des COP. Comment concilier tout cela avec le rôle de psychologue ?

Les identités professionnelles traditionnelles dans l’éducation sont donc en jeu, et naturellement résistent.

Le rôle des parents

Du côté des parents, les choses ne sont pas aussi simples qu’on le croit. Ils sont invités à participer en tant que partenaires et intervenants, à des actions éducatives. La coéducation n’est pas nécessairement plus simple que la bataille pour la décision d’orientation. Si les procédures d’orientation sont très peu remisent en cause en France, c’est peut-être parce qu’elles arrangent les différents acteurs et d’une certaine manière « simplifient » les relations.

Les organisations territoriales

Elles sont amenées également à participer.

Un rappel historique : dans toute première partie du XIXe siècle le maire et le curé contrôlaient l’instituteur. Ce n’est qu’à partir de 1833 que le ministère lutte pour couper l’école de son environnement et protéger les enseignants du primaire. L’inspection créée à cette époque a notamment cette fonction.

Dans le secondaire, l’Etat a monopolisé petit à petit les établissements, et au retour de la seconde guerre mondiale, ce fut le tour de l’enseignement technique et professionnel, avec une attribution majeure au ministère de l’éducation nationale. Ce mouvement est inversé à partir de la décentralisation des années 80, avec implication à nouveau des organisations territoriales d’abord sur le plan financier, mais petit à petit l’assiette de la responsabilité s’élargit. Désormais, partout aux différents niveaux territoriaux on parle « projet éducatif local ». Voir par exemple l’article de Véronique Laforets de l’INJEP, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire : « Projets éducatifs locaux : l’enjeu de la coordination » .

Côté entreprises

Il y a également du changement. Outre la caractéristique française de la suppression des corporations rappelée précédemment, il y a eu une sorte de deal entre l’état et les entreprises au retour de la seconde guerre mondiale afin d’assurer la reconstruction de l’après-guerre : « à nous la formation, à vous la production ». En plus de la participation des organisations patronales à la définition des diplômes, les entreprises sont sollicitées de plus en plus à participer à la formation elle-même au travers des stages. Avec l’éducation à l’orientation on leur demande de participer à des actions éducatives. Des contrats nationaux de branches et des partenariats locaux encadrent ces actions. Reste toujours une ambiguïté et un risque : bien rester sur le principe d’actions d’information ou glisser sur le versant publicité, voire recrutement.

Ainsi

Non seulement les rôles professionnels sont bousculer au sein de l’éducation nationale, mais en plus les frontières s’estompent avec la coéducation et le partenariat avec des mondes qui restaient éloignés.

Voir par exemple la page de ressources sur CANOPE sur le thème : Fédérer les différentes forces vives de la communauté éducative de chaque enfant pour assurer son développement, son bien-être et sa réussite éducative et scolaire.

 

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on dimanche, août 16th, 2015 at 10:48 and is filed under Non classé. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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