Les cadres d’une réforme du lycée. Mais quelle structuration ? 4/5

Quatrième partie de l’intervention dans le cadre de la table ronde organisée par la FCPE.

 

Question fondamentale

Réfléchir à une réforme du/des lycées suppose en fait de s’interroger sur le statut de l’étage antérieur. Veut-on maintenir la responsabilité de la troisième dans la bifurcation ? Aujourd’hui on l’a vue l’évolution de notre système de formation a fait monter les moments de la bifurcation. Le premier moment étant la fin de la troisième, puis le post-bac.

Il faut bien comprendre que la bifurcation exercée par la troisième implique la « différenciation » tout au long du collège. Le collège unique est resté un mythe dès lors que l’on a maintenu la fonction de contrôle de l’entrée dans le deuxième secondaire. Cette fonction ne peut reposer uniquement sur le jugement des enseignants de troisième, aussi l’organisation des classes du collège cherche à fractionner la population, en la différenciant et en la préparant à accepter son destin. François Dubet utilisait l’image de la colonne de distillation pour dénommer ce processus.

En tout cas l’un des effets de cette situation c’est que le collège du socle ne peut pas se mettre en place. On ne peut à la fois développer une pédagogie et des attitudes visant la réussite de tous dans l’acquisition des compétences de base, et en même temps devoir faire produire des différences significatives entre les performances des élèves afin de les distinguer et de justifier les décisions d’orientation. Il est impossible de tenir ensemble  ces deux fonctions !

Les trois fonctions

On peut considérer que tout système scolaire de formation doit exercer trois fonctions. Il doit unifier la population scolaire et ainsi produire une « identité » des futurs membres de la société. Mais il doit également différencier ces mêmes membres selon les différentes activités qu’ils auront à exercer et permettre le développement des compétences de chacun. Enfin cette différenciation n’est pas équivalente, les positions professionnelles étant hiérarchisée, les formations doivent être également hiérarchisantes. (Voir l’article par exemple de Marie Duru-Bellat, « Parachever l’éducation de tous, ou préparer la sélection ? » in François Dubet, Pierre Merle, Réformer le collège. La vie des Idées.fr, PUF, 2016.)

 

Mais la question se pose de la distribution de ces trois fonctions dans le système. Au fond nous sommes dans une situation où les trois fonctions sont exercées par le collège, ou du moins sont attribuées à la fois au collège.

On peut considérer qu’il y a un consensus pour dire que l’école primaire doit unifier et unifier en priorité.

Le problème se pose pour le collège. Depuis l’instauration du socle commun, le collège doit poursuivre l’objectif de l’école primaire : unifier. Tout élève doit acquérir le socle à l’issue du collège. Nous avons vu que le maintien de l’orientation selon deux voies à la fin du collège avait des effets en retour sur l’organisation du collège. Non seulement il y a une différenciation pédagogique des élèves dans ce collège soi-disant unique, mais la séparation des élèves selon les deux voies repose sur un jugement hiérarchique sur les capacités des élèves. Autrement dit le maintien de l’orientation à la fin de collège implique la différenciation et la hiérarchisation et rend impossible la volonté d’unifier les élèves.

Une réforme du lycée

Une réforme du lycée ne peut être envisagée sans une conception d’ensemble du système scolaire de formation et reposera sur les choix de son organisation.

Veut-on maintenir les fonctions actuelles du collège. Le programme à droite semblerait même vouloir le renforcer avec un retour de l’entrée en apprentissage possible en cours de collège, ou pire un concours d’entrée en sixième. Si tel  était le cas, pas de bouleversement fondamental du lycée.

Mais si par contre on cherche réellement à mettre en place un collège dont la fonction serait la poursuite de l’unification avec l’acquisition d’un socle commun, alors les deux autres fonctions devraient être assumées par la deuxième partie du secondaire. Il faudrait envisager une classe de seconde unique rassemblant l’ensemble des élèves sortant du collège. Après se posera la question de l’organisation de l’orientation. Veut-on rester sur un modèle de l’autorité qui perdure aujourd’hui avec conseil de classe et procédures d’orientation ? Ou veut-on enfin aller vers un modèle éducatif qui suppose l’organisation d’un réel accompagnement ?

Une réforme du lycée suppose, à mon sens, de répondre d’abord à ces questions stratégiques.

 

Mais il y a un autre cadre de la réflexion à envisager, celui de la Région.

Les régions sont responsables de la construction des établissements et donc de leur organisation pédagogique matérielle.

Elles sont également responsables des objectifs de la formation professionnelle ce qui a des incidences par exemple sur le développement des lycées et des campus des métiers.

Enfin elles sont responsables au plan matériel de la mise en œuvre du plan numérique, ce qui a des conséquences sur les pédagogies possibles ou non à développer.

 

Bernard Desclaux

dernier article :

Les cadres d’une réforme du lycée. Autres pistes 5/5

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This entry was posted on jeudi, décembre 8th, 2016 at 11:56 and is filed under Evolutions, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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