PsyEN, mais qui a eu cette idée folle ?

Le Décret n° 2017-120 du 1er février 2017 portant dispositions statutaires relatives aux psychologues de l’éducation nationale rassemble en un seul corps les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation-psychologues. J’ai déjà écrit quelques posts sur ce blog ainsi que des amis (au bas de l’article, la liste de ceux-ci), mais je pense utile de poursuivre cette réflexion par ce texte qui ouvre une série.

Le nouveau statut

Rappelons cette création à partir du texte que l’on trouve sur le site du ministère.

 

« Les métiers de l’éducation nationale Être psychologue de l’Éducation nationale (PsyEN)

« Les psychologues de l’Éducation nationale exerceront leur métier dans le respect des principes déontologiques et éthiques de la profession réglementée de psychologue. Ils mobiliseront leur expertise au service de la prise en compte du développement psychologique, cognitif et social des élèves pour assurer leur parcours de réussite. Ils apporteront aux familles ainsi qu’aux équipes pédagogiques et éducatives un éclairage spécifique sur les élèves. Lorsque les circonstances l’exigeront, ils participeront aux initiatives mises en place dans le cadre de gestion des situations de crise. Ils contribueront ainsi à favoriser une approche bienveillante de l’École. »

Les missions du psychologue de l’Éducation nationale de la spécialité « éducation, développement et apprentissages »

La spécialité « éducation, développement et apprentissages » s’exercera auprès des écoliers.

Sa mission sera d’agir en faveur du bien-être psychologique et de la socialisation des élèves pour faciliter l’acquisition de leurs apprentissages, et de participer à la prévention des risques de désinvestissement ou de rupture scolaires. Il favorisera ainsi par son expertise la réussite scolaire de tous les élèves.

Le psychologue de l’Éducation nationale mobilisera ses compétences sous la responsabilité de l’inspecteur de l’Éducation nationale de circonscription pour accompagner les équipes pédagogiques afin de développer l’intérêt et la motivation des élèves. Il interviendra auprès des élèves en difficulté d’apprentissage comme en situation de handicap.

Les missions du psychologue de l’Éducation nationale de la spécialité « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle »

La spécialité « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » s’exercera auprès de collégiens, lycéens et étudiants.

Sa mission sera de contribuer à créer les conditions d’un équilibre psychologique des élèves favorisant leur réussite et leur investissement scolaires. Le psychologue de l’Éducation nationale « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » accompagnera les élèves et les étudiants dans l’élaboration progressive de leur projet d’orientation. En lien avec les équipes éducatives, il participera à la conception et à la mise en œuvre d’actions permettant l’appropriation d’informations sur les formations et les métiers et l’évolution de leurs représentations. Il contribuera à l’élaboration de parcours de réussite des élèves en leur permettant de prendre conscience des enjeux de leur formation et de s’orienter vers une qualification visant leur insertion socioprofessionnelle. Il informera ainsi les élèves et leurs familles ainsi que les étudiants, et les conseillera dans l’élaboration de leurs projets scolaires, universitaires et professionnels.

Il portera une attention particulière aux élèves en difficulté, en situation de handicap ou donnant des signes de souffrance psychologique. Il participera également à la prévention et à la remédiation du décrochage scolaire. Le psychologue de l’Éducation nationale « éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle » mobilisera ses compétences sous l’autorité du directeur du centre d’information et d’orientation dans lequel il sera affecté. »

Donc a priori, les deux anciens corps conservent une séparation de territoires, de missions, et de recrutements.

Rappel historique rapide

Au retour de la seconde guerre mondiale, le rapport Langevin-Wallon fonde la profession du psychologue scolaire avec un triple objectif :

  • aider à l’adaptation réciproque de l’écolier et de l’école,
  • assurer le dépistage et l’aide aux enfants handicapés,
  • étudier les conséquences psychologiques des méthodes et des programmes pédagogiques.

Au départ, et au moins à Paris, des psychologues scolaires sont nommés aussi en lycée. Ainsi, en 1947, le premier Centre Psycho-Pédagogique du 2e degré est ouvert par G. Mauco au lycée C. Bernard  à Paris. Pour une histoire plus complète voir le texte de l’AFPEN.


Les conseillers d’orientation sont apparus en France au début du XXème siècle à partir des lois sur l’apprentissage sur la base d’un acte « légal », celui de la délivrance de l’avis d’orientation pour rentrer en apprentissage. Ils sont « hors l’école » et y rentrent petit à petit pour informer et examiner les élèves susceptibles d’aller en apprentissage. Ils dépendent du secrétariat à l’enseignement technique. Avec la réforme de 1959 (Berthoin), le secrétariat à l’enseignement technique étant incorporé au ministère de l’éducation nationale les conseillers d’orientation professionnels deviennent conseillers d’orientation scolaire et professionnelle.

Ces deux corps se sont fondés sur des préoccupations particulièrement distinctes. Je vais bien sûr simplifier. Pour l’un c’est la difficulté scolaire, centrée sur la situation présente. Pour l’autre c’est la capacité individuelle présente qui fonde le futur de la personne.

 

La revendication d’un corps unique de psychologue est ancienne. « Un premier projet de corps unique : vers des centres de psychologie et d’orientation. En 1961, des commissions se mettent en place sous la responsabilité du Recteur CAPELLE et élaborent des projets de textes, qui visent à réunir les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation par la création d’un corps de psychologues assistants et de conseillers psychologues, (recrutés à la licence de psychologie), et prévoient des sections de psychologie au sein des instituts de préparation aux enseignements de second degré (IPES). Ces personnels seraient rattachés à un Centre de psychologie et d’orientation. » Les deux syndicats de conseillers sont en accord avec le projet. » (extrait du texte « Quelques repères historiques » présenté par le SNES au Conseil d’orientation pour l’emploi en 2008)

La S.F.P.  en 1968 préconise la création d’un corps unique de « Conseillers psychologues » réunissant psychologues scolaires et conseillers OSP.

Une curieuse dénomination

La juxtaposition de ces deux métiers de l’éducation nationale est le résultat d’une histoire et de revendications. Mais on peut s’interroger sur la dénomination choisie : psychologue de l’éducation nationale.

On peut discuter du « psychologue de l’éducation » mais au moins le terme désigne un champ, un espace, une préoccupation de l’activité de ce psychologue. Cela dit parle-t-on d’un « psychologue de l’hospitalisation » ? Non, on le désigne du terme de « psychologue hospitalier », il est défini par son espace de travail.

Mais psychologue de « l’éducation nationale ». Serait-ce son appartenance à l’éducation nationale qui en ferait sa spécificité ? Que dirait-on si nous avions des conseillers principaux de l’éducation nationale, des professeurs d’éducation nationale et physique ? Les professeurs sont des « professeurs de collège et de lycée » ou des professeurs des écoles. Tout le monde sait que les psychologues scolaires et les conseillers d’orientation-psychologues dont des fonctionnaires d’abord et donc appartiennent à un ministère, ici, celui de l’éducation nationale. Inutile de le préciser dans la dénomination, à moins que cette affirmation ait un sens particulier…

En examinant la page des métiers de l’éducation nationale, on peut remarquer que certains sont qualifier par « de l’éducation nationale » : le médecin de l’éducation nationale, l’infirmier de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur   et le technicien de l’éducation nationale.

Quel est le point commun de ces métiers ? C’est tout simple, ces métiers existent hors de l’éducation nationale. Il faut « être ce métier » avant de pouvoir concourir.

 

A remarquer, le métier de conseiller technique de service social ainsi que celui d’assistant(e) de service social ne possèdent pas cette dénomination, mais pour une raison très simple, il s’agit d’un corps interministériel.

Cette forme de dénomination, métier de l’éducation nationale désigne donc la double dépendance, dépendance aux règles de la profession et dépendance aux règles du corps de fonctionnaire.

Nous aurons sans doute à revenir sur cette double dépendance dans les prochains billets.

Bernard Desclaux

 

Article du plus ancien au plus récent :

Un sombre avenir pour les COP Bernard Desclaux http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2016/01/04/un-sombre-avenir-pour-les-cop/

P E N : L’illusion psychologique ? Jean-Marie Quairel http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2016/11/20/p-e-n-lillusion-psychologique/

L’aide au devenir Jean-Marie Quairel http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2017/05/14/laide-au-devenir/

PsyEN, quel changement ? Jean-Marie Quairel http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2017/07/20/psyen-quel-changement/

 

This entry was posted on Lundi, octobre 2nd, 2017 at 16:20 and is filed under Evolutions, Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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