Psychologie, orientation, éducation 1 : introduction générale

La création du corps unique des psychologues de l’éducation nationale donne une nouvelle occasion de réflexion sur les évolutions de la profession de « conseiller d’orientation ». Le Club des Anciens Psychologues (CAP) et le Groupe de recherches sur l’évolution de l’orientation scolaire et professionnelle (GREO) ont organisé une session d’étude le vendredi 8 décembre 2017 intitulée : « Une longue marche vers le corps unique des psychologues de l’Education Nationale au XXe  siècle ». Les vidéos des interventions se trouvent notamment sur la page du GREO

J’interprète cette session de célébration de cette union comme un grand « OUF ». Après des années passées avec l’épée de Damoclès de la prochaine disparition de la profession, celle-ci se trouverait sauvée par cet amalgame créé par l’état lui-même.

Une histoire à décentrer

Il y a une quinzaine d’année, le GREO organisait une Journée d’étude : 20 ans après, le statut de psychologue des conseillers d’orientation, bilan et perspectives, Groupe de Recherches sur l’Evolution de l’Orientation (GREO), INETOP, ACOP, 23 mai 2011. Jérôme Martin y était invité pour une conférence intitulée : « Entre science et empirisme : la psychologie dans la pratique de l’orientation professionnelle en France, 1918-1940 ».  

Jérôme Martin est un enseignant, professeur d’histoire-géographie et Docteur en histoire contemporaine avec pour thèse : Le mouvement d’orientation professionnelle en France. Entre l’école et le marché du travail (1900-1940). Aux origines de la profession de conseiller d’orientation. Elle n’est pas accessible sur le net, mais son contenu se retrouve au travers des nombreux articles rassemblés sur son blog « La fabrique de l’orientation » .

Jérôme Martin ouvrait cette conférence par cette remarque : « Faire l’histoire de l’orientation nécessite de procéder à une double décentration. Il convient d’abord de s’émanciper d’une histoire construite autour et à partir des grandes figures scientifiques de la psychologie ou de la physiologie au profit d’une histoire « par en bas[1] ». L’histoire de l’orientation, comme celle des conseillers, ne commence pas avec la création de l’Institut National d’Orientation Professionnelle (INOP) en 1928 ». Suit une liste d’auteurs, tous issus du corps des conseillers d’orientation qui « accordent très souvent une place centrale, voire prépondérante, aux psychologues ». L’autre décentration qu’il propose consiste à éviter « l’écueil d’une approche trop rétrospective qui, à la lumière des évolutions postérieures de la profession de conseiller, accorde une place centrale à la question de la psychologie et des tests psychotechniques ».

Un autre auteur, étranger lui aussi à la profession, remet en cause l’évidence du fondement psychologique de l’orientation, il s’agit d’Olivier Meunier, qui publiait en 2008 : « ORIENTATION SCOLAIRE ET INSERTION PROFESSIONNELLE, Approches sociologiques » et un peu plus tard, « Vers de nouvelles modalités de l’orientation scolaire en France et ailleurs » dans la revue Esprit et critique, revue internationale de sociologie et de sciences sociales, Eté 2009 – Vol.12. No. 01.

Son travail porte sur « le passage d’une orientation basée sur le conseil à celle d’une éducation à l’orientation relevant de l’apprentissage scolaire ». Il écrit : « Aussi ancienne que le conseil en orientation (début du XXe siècle), l’éducation en orientation est initiée par Frank Parsons qui conçoit dans son ouvrage Choosing a vocation (1909) des exercices afin d’aider les consultants à se préparer à faire des choix professionnels en développant des habilités d’analyse, de sélection de l’information, de synthèse et de comparaison. Cependant, l’éducation en orientation va seulement se développer dans les années 1970 (Herr, 1972 ; Super, 1975 ; Pelletier et al., 1974 ; Pelletier et Bujold, 1984) du fait d’un contexte propice reposant sur les facteurs suivants : la primauté de la réussite individuelle (amenant l’individu à être directement responsable de sa construction personnelle) ; la transformation de l’organisation du travail (qualification des emplois à partir des compétences) ; la mondialisation de l’économie et du marché du travail ; et enfin, le rôle de l’école dans la socialisation et l’éducation des jeunes (Guichard, 2003). »

Interrogations personnelles

La question de la construction d’une profession, de cette profession, a traversé ma « carrière ». J’ai préparé les concours d’entrée avec la lecture de l’article de Michel Huteau et Jacques Lautrey, « Les origines et la naissance du mouvement d’orientation », OSP, 1979, 1, 3-43. Une dizaine d’années après ce fut la lecture du livre de J.-P. Maniez et C. Pernin, Un métier moderne, Conseiller d’orientation,  l’Harmattan, 1988. Entre temps ce fut l’animation avec Charles Kaléka du Groupe inter-académique de réflexion sur la pratique des conseillers d’orientation des académies de Créteil, Paris, Versailles. Nous démarrons cette réflexion sur la base d’une critique de l’utilisation des tests collectifs en troisième et d’une remise en cause de l’évidence de la pratique par les conseiller du « dossier de l’élève ». 

Au début des années 90, la montée de l’entretien dans la pratique des conseillers au détriment des actions collectives m’interroge, et je commence à écrire à l’occasion d’un stage syndical SGEN à propos du débat Piéron/Super, sur la question de l’entretien.

Au milieu des années 90 avec la circulaire sur l’éducation à l’orientation, devenu directeur de CIO, je suis déchargé pour organiser la formation à l’éducation à l’orientation dans l’académie de Versailles. Je constate des résistances de la part de nombreux acteurs, et pas seulement du côté des enseignants mais aussi de la part des personnels d’orientation. Mes réflexions  se précisent à la suite du séminaire du 16 juin 1997 sur l’éducation à l’orientation introduit par Jean Guichard, discussions reprises pour le stage syndical SGEN des 12, 13, 14 novembre 1997, et poursuivies pour le stage de Formateurs éducation à l’orientation de 97/98.

Je réorganise ce matériel à l’occasion d’un atelier au cours du congrès de l’ACOP-F au Mans en septembre 98, où je rencontre Pierre Roche (l’un des fondateurs du GREO). Et la réflexion se poursuit après ce congrès et la conférence de Michel Huteau et diverses discussions, avec notamment Serge Blanchard. Le dernier état de ce texte intitulé « Histoire française de la conception de l’orientation : les résistances face aux changements » peut être consulté sur mon site

Depuis mon départ en retraite j’ai repris ce questionnement dans de nombreuses conférences et écrits sur ce blog. Je vous propose donc de reprendre ces interrogations dans les posts qui suivront.

Bernard Desclaux

[1] Antoine Prost, « Pour une histoire par en bas » de la scolarité républicaine », Histoire de l’éducation, n°57, janvier, p.59-74.

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This entry was posted on Mardi, janvier 9th, 2018 at 11:30 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Psychologie, orientation, éducation 1 : introduction générale”

  1. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Psychologie, orientation, éducation 3 : le contexte du début du siècle Says:

    […] développements dans deux textes, l’article de Huteau et Lautrey, déjà cité dans l’introduction de cette série, ainsi que dans le livre de Jean-Pierre Maniez et Claude […]

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