Vers une nouvelle configuration de l’orientation I : le complot

Dans un précédent post j’ai essayé de repérer « L’évolution des rapports entre l’Etat et l’orientation » à l’occasion des débats autour de la loi « la liberté de choisir son avenir professionnel ». Mais quelles peuvent être les lignes d’évolution ? Peut-on évoquer une nouvelle configuration des rapports entre l’état et le traitement de la question de l’orientation ?

 

De l’usage d’une théorie du complot

Difficile de s’empêcher de penser que le gouvernement actuel est habité d’une volonté de casser le service public. Pour beaucoup c’est l’explication à la série de conflits et débats engagés par cette série de réformes (SNCF, réduction des ressources locales, carte des tribunaux, réformes autour de la santé, et bien sûr l’éducation et l’orientation, etc…). Globalement il semble d’une certaine manière favoriser les entreprises face aux missions du service public, voire à ce qu’elles exercent ces missions (extension d’une pratique déjà largement développée, et donc pas nouvelle).

Le transfert des DRONISEP aux régions peut s’interpréter dans ce contexte. L’affaiblissement de l’ONISEP, par sa quasi incapacité à produire une base de données nationale en la coupant de ses pompes à information, laisse le champ libre au développement d’un secteur marchand dans ce domaine. Sauf que l’on oublie que cette base de données est vendue à ces différents éditeurs bien incapables de récolter eux-mêmes ces données.

La suppression des CIO et l’affectation des personnels d’orientation dans les établissements vont poursuivre la dégradation de leurs conditions de travail et donc la qualité de leur service. Etant sous la responsabilité des chefs d’établissement, le psychologue de l’éducation nationale devra choisir entre l’exécution des commandes ou l’entrée en conflit. Cette situation impossible sera difficile à maintenir sur le long terme. Comme je le disais dans un article précédent, « Leurs conditions d’exercice iront en se dégradant, et l’on pourra ainsi mieux abattre son chien. »

 

Il faut ajouter que la création du corps des Psychologues de l’éducation nationale a favorisé une profonde modification des objectifs de travail des personnels d’orientation (ex COP). On peut trouver une indication de cette évolution dans le programme du séminaire Innover en Orientation de l’OPPIO qui se tiendra le vendredi 25 mai toute la journée au CNAM.

 

On peut également examiner les affiches qui circulent pour la défense des CIO comme celle-ci par exemple :

affiche CIO

 

Zoomons sur les activités au CIO.

activités du CIO

On perçoit ainsi que la part de l’activité liée à l’orientation se réduit. Les demandes de conseil, de coaching, d’information vont pourtant se développer, attisées par les inquiétudes générées par ce monde de plus en plus incertain. Mais n’en doutons pas ces demandes, solvables pour certaines, seront « satisfaites » par un secteur marchand de l’orientation une fois la suppression réalisée des CIO et la fin d’un service gratuit en ce domaine. Quid pour les autres…

Toutes les conditions seraient ainsi réunies pour que, d’un côté, l’état se retire de l’aide à l’orientation qu’il avait institué au début du siècle précédent, et que de l’autre un secteur marchand se développe.

 

Pour sourire, si on peut dire, on peut revoir la vidéo « Le système scolaire » de Franck Lepage sur Youtube.

 

Et pour être actif, il y a des pétitions contre la disparition de ces services. N’hésitez-pas à les signer.

Non au démantèlement de l’ONISEP

NON A LA SUPPRESSION DES CIO!

 

Bernard Desclaux

 

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This entry was posted on dimanche, avril 15th, 2018 at 12:25 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

6 Responses to “Vers une nouvelle configuration de l’orientation I : le complot”

  1. CPEFOREVER Says:

    « Etant sous la responsabilité des chefs d’établissement, le psychologue de l’éducation nationale devra choisir entre l’exécution des commandes ou l’entrée en conflit ». J’avoue ne pas comprendre ce postulat. si vous pouviez préciser votre raisonnement !
    Merci !

  2. bernard-desclaux Says:

    En effet un peu rapide.
    J’avais en tête la célèbre conclusion de la conférence de Georges Canguilhem, « Qu’est-ce que la psychologie ? » que je cite dans un article précédent, à relier à celui-ci PsyEN, l’orientation de la psychologie http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2017/10/12/psyen-lorientation-de-la-psychologie-i/

    « C’est donc très vulgairement que la philosophie pose à la psychologie la question : dites-moi à quoi vous tendez, pour que je sache ce que vous êtes ? Mais le philosophe peut aussi s’adresser au psychologue sous la forme – une fois n’est pas coutume – d’un conseil d’orientation, et dire : quand on sort de la Sorbonne par la rue Saint-Jacques, on peut monter ou descendre ; si l’on va en montant, on se rapproche du Panthéon qui est le Conservatoire de quelques grands hommes, mais si on va en descendant on se dirige sûrement vers la Préfecture de Police. »

    Avant la naissance de l’orientation professionnelle, Serge Nicolas indique[v] qu’ « A l’époque, l’orientation de la psychologie française était nettement de nature psychopathologique et non pas strictement expérimentale. »

    J’avais également une remarque de mon premier directeur de CIO à la fin des années 70 : « si un conseiller n’a pas des conflits avec un chef d’établissement, c’est qu’il ne fait pas son boulot ». Les points de vue et les points de compréhension de l’orientation ne peuvent être les mêmes. Cette différence peut être dynamique mais également possiblement conflictuelle.

    Je comprends que mon expression fasse écho à votre propre situation de CPE, conseiller principal d’éducation. Mais ici la difficulté est renforcée du fait d’une double référence du PSyEN, à la fois fonctionnaire et psychologue.

  3. JM Quairel Says:

    Je ne sais pas si l’on peut parler de « Complot » vis à vis des Services Publics, mais certainement de l’application d’une logique de l’offre en lieux et place de celle de la demande qui était finalement constitutive de la création des dits Services. La logique de la demande n’a pas pour finalité la recherche d’un profit, contrairement à celle de l’offre où elle est centrale. C’est donc bien un choix de société qui est en question. L’Orientation n’échappe pas à cette logique et sa pratique devra générer du profit( ce qui est déjà le cas ). En établissement scolaire, cette question est essentielle , dans le domaine de la pédagogie et de la transmission des connaissances, mais elle est évidente en matière d’Orientation : De la mème manière que les COP l’ont été pendant des années, les Psy de l’EN auront à prendre en compte les demandes singulières d’avenir et à les confronter à des procédures d’Orientation et d’affectation conditionnées par l’offre . Au risque de devenir la caution Psy d’un système très inégalitaires, le risque est donc important de les voir entrer en conflit avec les chefs d’établissements et les enseignants. De fait, l’institution scolaire n’a jamais admis vraiment la prise en compte de la demande des jeunes et des familles en matière de pédagogie et d’Orientation….Les derniers décrets sur le Redoublement vont accentuer cette défiance et on peut penser que les procédures d’Orientation vont suivre la mème logique. Le message est clair et il s’oppose aux intentions (Liberté de choisir son parcours professionnel ): « Vous vous adaptez à ce qu’on vous propose, ou bien vous dégagez »; Plus que dans un complot, on est dans une « manipulation bien pensante » . Quand E.Macron dénonce « l’assignation à résidence » de nombreux jeunes exclus du système éducatif et qu’il met en place des procédures qui vont la renforcer , il est dans la « manipulation bien pensante », tout comme quand il dédouble certains CP, en laissant les Mairies revenir à la semaine de 4 jours, confirmant ainsi la faiblesse de nombre de jours de classe dans notre pays, par rapport à la moyenne Européenne…E.Macron est très intelligent, monstrueusement mème, mais il garde trop de traces de sa formation initiale chez les Jésuites.

  4. Faveur Says:

    base de donnée unique à l’Onisep, c’est vrai. Mais alors, et cela ne fait qu’ajouter de l’eau au moulin, qu’est devenue celle de l’Etudiant ? pas le même périmètre c’est vrai. N’empêche, puisqu’il s’agit surtout de l’orientation dans le sup.

  5. Le blog de Bernard Desclaux » Blog Archive » Vers une nouvelle configuration de l’orientation II : les procédures d’orientation Says:

    […] de comprendre la pensée macronnienne[1] concernant l’éducation que j’ai commencée avec le post précédent. Mine de rien toute une série de petites modifications sont en train de bouleverser nos […]

  6. serge Esnault Says:

    Bonjour Bernard et Jean-Marie,
    Toujours « ressourçant » et « distanciant » de vous lire, car en plus de ce complot ou de cette manipulation, ce qui revient finalement au même, nous avançons dans un système ou l’absence de pensée et de réflexion des cadres intermédiaires (CSAIO et IENIO) est parfois affligeante et déborde même sur nous (PsyEN ex-COP), professionnels et spectateurs consternés, soumis ou révoltés par l’usage du relooking (plus ou moins express) et des pseudo transformation annoncées comme révolutionnaire (et oui !)pour lesquelles nous devrions tous nous mettre… en marche.

    Absence de réflexion donc et devoir de réserve instrumentalisé à des fin de non-pensée.

    L’absence d’analyse historique en est un exemple criant.Et on sait que les totalitarisme passe par l’éviction de l’histoire ou sa réécriture. Hier encore notre hierarchie présente au chef d’étab et PsyEN du bassin la réforme des lycées et LP et les enjeux sociétaux que cela représente en terme d’égalité et d’orientation (pour faire vite). Aucun recul, aucune analyse historique,(ne parlons pas de documentation experte ou de synthèse),mais la stricte relecture publique des format et architecture de ce qui va venir avec à la clé vous imaginez bien, les nécéssaires questions techniques de procédures et d’administration liées à cette mise en oeuvre.
    Ils sont bien sûr dans leurs rôle, mais comme le dit Bernard (pour nous aussi PsyEN) un rôle qui peut devenir de plus en plus caution d’un système qui ne changera rien du point de vue de l’égalité et se marchandisera de plus en plus comme le souhaite l’europe libérale (ultra libérale) actuelle. Historiquement de serait -il pas intéressant de réfléchir (si nous le pouvons encore, à l’heure des grands débats…rires)au fait par exemple : 2005-Loi Fillon;2009 et 2010 réforme lycée et LP;2013 la Refondation – 2015 réforme du collège – 2017 réforme des Lycée et LP et de l’orientation scolaire… A une époque on disait qu’il y avait une loi pour l’école tous les 15 ans et que cela posait déjà pb au regard du temps nécessaire à son installation et évaluation… aujourd’hui nous en avons tous les 3 ou 4 ans !!! Quels sens ? Quelles analyses ? Quels regards ? porter sur cela si ce n’est dans un premier temps déjà s’arrêter et réfléchir, acter du fait, le mettre en perspective, l’abonder de ressources et commentaires… Mais non nous actons du fait qu’un ministre dit qu’il ne fera pas de réforme et qu’il fait le contraire. Règne de la langue de bois, du mensonge et du message paradoxal dont on connaît les effets sur ceux qui y sont soumis d’autant plus dans les relations professionnelle…
    Autre exemple: parcousup, la loi pour la liberté pour choisir et inénarrable Parcours Avenir (énnième relooking de notre chère éducation à l’orientation). Ici aussi la perspective historique nous permettrait un regard sur l’actualité et la manipulation évoquée par Jean-Marie. Pour aller vite je dirai que nous pourrions faire un copier-coller de la circulaire de 1996 sur les textes actuels du parcours avenir.les constats et les préconisations, sont les mêmes : Améliorer l’orientation, lutter contre les inégalités, combattre les stéréotypes de classes et de genre, œuvrer à la mixité, relancer l’ascenseur social, solliciter la collaboration de tous, induire la transversalité de l’orientation, l’infuser dans les disciplines, développer les partenariat internes et externes (associations, entreprise, monde du travail, parents…),…
    La question devient non pas d’oeuvre dans ce sens mais de savoir pouquoi on y arrive pas ? Là il y aurait réflexion, critique, ressources à utiliser mais sur un plan qui dépasserait largement l’aspect purement technico procédural dans lequel la succession des lois nous enferment !

    De même, d’accord avec ton analyse Bernard dans un autre article concernant l’échec,ou les écueils successifs des plans pour l’orientation au cours des 30 dernières années du fait qu’à chaque fois d’autres réformes structurelles ou pédagogiques entraient en « concurrence » avec l’application
    des plans orientation. Faisons le pari qu’il en sera de même cette année dans la course effrénée aux transformations non préparées, non concertées et participant certainement plus de visée idéologiques et politiques qu’éducatives et démocratiques.

    Merci de vos présences sur les réseaux et le net, et au plaisir de vous lire…
    Serge Esnault
    PsyEN (ex-COP)
    Formateur Académique pendant 16 ans
    De retour en CIO suite à des conflits de valeurs (professionnelles) avec la hiérarchie

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