Psychologie, orientation, éducation 13 : La période du gouvernement de VICHY

En cette proximité de la célébration du 8 mai 1945 c’est l’occasion de faire un rappel sur cette période. Et c’est une curiosité que cette période du gouvernement de Vichy durant la seconde guerre mondiale. On y trouve tout à la fois du  recul des avancées et des fondements. Je m’appuie toujours sur des citations extraites du livre d’André Caroff, L’organisation de l’orientation des jeunes en France : évolution des origines à nos jours, Issy-les-Moulineaux, Éditions EAP, 1987.

Retour en arrière et poursuite

Extrait du livre d’André Caroff.

« Dans le domaine de l’éducation, l’acharnement dont le Gouvernement de VICHY fait preuve contre l’école laïque et républicaine s’exprime par des mesures rétrogrades, comme l’abandon de la gratuité du secondaire ou le rétablissement des classes primaires de lycée.

Des instructions rigoureuses favorisent l’élimination du secondaire des élèves qui éprouvent des difficultés à suivre tout en maintenant le caractère probatoire de la classe de sixième. La fin de la circulaire du 20 avril 1943 est particulièrement explicite :

« Les dispositions qui précèdent n’ont qu’un but, qui ne vous a pas échappé : ne maintenir dans l’enseignement secondaire que les élèves dignes d’en tirer profit et ne pas encombrer les classes d’élèves inaptes, qui, en alourdissant inutilement la tâche du maître, l’empêchent de se consacrer comme il le devrait à ceux qui sont capables de suivre et de progresser. II en résulte que la délibération du conseil de classe qui s’institue pour le passage des élèves de sixième en cinquième revêt une importance particulière. Il est encore temps d’orienter, sans dommage trop grave, les élèves qui ont fait fausse route. On doit, sans faiblesse, barrer la route à ceux qui, en persistant dans la voie où ils se sont engagés à tort, ne rencontreront que déceptions et déboires. Vous voudrez bien insister auprès des chefs d’établissement, pour que les seuls élèves autorisés à entrer en cinquième soient ceux que le conseil de classe, après une expérience d’une année, juge aptes à continuer leurs études secondaires. Reculer une décision qui s’impose serait préjudiciable aux intérêts bien entendus de l’enfant ».

Pourtant la loi CARCOPINO de 1941 impose quelques mesures qui prolongent les réformes de J. ZAY. Il en est notamment ainsi de la transformation des écoles primaires supérieures et des écoles pratiques de commerce et d’industrie en collèges, qui va dans le sens de l’école unique. » (P 114)

 

Remarques personnelles

Les instructions pour gérer la circulation des élèves sont rigoureuses quant au but indiqué. On doit à la fois protéger le secondaire, le lycée, mais également l’élève lui-même. C’est pour son bien que la poursuite des études dans le secondaire lui est barrée. Mais ces instructions ne sont pas précises sur les conditions de leur réalisation. Elles supposeraient un partage identique des critères d’appréciation, tant entre les enseignants qu’entre les chefs d’établissement et l’administration.

Des règles s’installent entre trois ensembles :

  • le primaire et le « primaire supérieur »
  • le secondaire (le lycée)
  • l’enseignement professionnel

Les textes qui organisent l’orientation, et la circulation entre ces trois ensembles présupposent un consensus concernant l’évaluation entre ces trois mondes. Or ces trois mondes sont des mondes séparés du point de vue des « professionnels » qui y travaillent.

Donc la question serait :

En fondant les choses sur un consensus présupposé, qu’est-ce qui est évité ? Et qu’est ce qui est permis ?

 

Je fais l’hypothèse que les législateurs (issus pour la plupart du secondaire sans doute) protègent et en même temps fondent le pouvoir du secondaire sur les deux autres mondes.

Et nous en sommes toujours là.

 

Actualité

Une réforme de l’enseignement au lycée et du baccalauréat sont envisagé. Une Note d’analyses et de propositions sur les programmes du lycée et sur les épreuves du baccalauréat vient d’être publiée par le Conseil supérieur des programmes (CSP) sur le site du ministère. Cette note est analysée par le Café pédagogique qui relève que « L’objectif annoncé est « l’élévation réelle du niveau des acquis de l’ensemble des élèves » et « approfondir les savoirs ». Pourtant le CSP n’hésite pas à prôner l’allègement des programmes dans plusieurs disciplines dans un curieux mélange entre traditionalisme et une certaine ouverture. »

Claude Lelièvre remonte un cran en arrière. Il indique que « Le 2 mai dernier, le Conseil supérieur des programmes (saisi de la question de la réforme des programmes au lycée) a reçu un projet de  »Note » des mains de Souad Ayada., sa nouvelle présidente, en vue de cadrer ce travail à venir. Et cela, selon des références très significatives si l’on en juge par la citation de Péguy mise en exergue et son introduction. » Voici la citation :

« L’enseignement secondaire donne un admirable exemple, fait un admirable effort pour maintenir, pour (sauve)garder, pour défendre contre l’envahissement de la barbarie cette culture antique, cette culture classique dont il avait le dépôt, dont il garde envers et contre tout la tradition » (Charles Péguy, Notre jeunesse).

 

Un bel écho à la circulaire du 20 avril 1943 citée plus haut, n’est-il pas ?

 

Bernard Desclaux

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This entry was posted on jeudi, mai 10th, 2018 at 16:13 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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