Si on écoute bien JM Blanquer sur l’orientation

Lors de la première séance du mardi 05 juin 2018 à l’assemblé nationale, parmi les questions diverses sans débat, il y a celle de M. Loïc Dombreval, député LREM n343, relative aux centres d’information et d’orientation. Je citerais en suite en son entier la réponse de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale[1]. Que peut-on en déduire pour le moment ?

La question de M. Loïc Dombreval, député LREM

« Monsieur le ministre de l’éducation nationale, ma question concerne le transfert aux régions des centres d’information et d’orientation – CIO. Le projet de loi sur la formation professionnelle et l’apprentissage prévoit notamment le transfert aux régions de l’information liée à l’orientation et le transfert des directions régionales de l’ONISEP – Office national de l’information sur l’enseignement et les professions. Dans le cadre de ce transfert serait également prévue la fermeture des centres d’information et d’orientation.

Or le département dont je suis l’élu, les Alpes-Maritimes, compte cinq CIO. L’information en direction des publics scolaires devenant une compétence de la région, la question se pose de l’égal accès à l’information sur tout le territoire national. Dans le cadre de ce transfert à la région, le Gouvernement peut-il donner des assurances quant au maintien d’un maillage territorial minimal au sein de chaque département, dont celui des Alpes-Maritimes, quant à l’information sur l’orientation des jeunes ? »

Et la réponse du ministre

« Monsieur le député, le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, auquel vous avez fait référence, ne concerne pas directement les centres d’information et d’orientation ; son article 10, en effet, n’implique pas la fermeture de ces services. Nous sommes au début des discussions.

En revanche, face au constat récurrent d’une orientation qui ne fonctionne pas comme on pourrait le souhaiter, le Gouvernement veut transformer l’orientation, pour que chaque élève réussisse et s’insère dans le monde professionnel et dans la société. Vous m’accorderez que nous avons des marges de progrès en la matière.

Pour cela, il convient d’apporter des réponses aux besoins spécifiques des élèves, tout au long de leur scolarité. Mon raisonnement part de l’élève, pour savoir quelle information sur l’orientation lui parvient de façon efficace et égalitaire. Cette nouvelle conception de l’orientation passe par un nouveau partage de compétences entre l’État et les régions pour une meilleure éducation à l’orientation dès le collège. Demain, les régions, qui sont au contact du tissu économique et des opportunités d’avenir, auront clairement la charge de l’information sur les métiers et les formations. Les établissements scolaires seront le lieu du processus de l’orientation au plus près des aspirations et des besoins des élèves pour les conseiller, les accompagner dans la construction de leur projet d’orientation et la formulation de leurs choix de formation. L’État conservera naturellement le rôle d’affectation des élèves.

Dans ce contexte, l’objectif est que l’État concentre son action dans les établissements scolaires pour renforcer l’accompagnement de proximité des élèves par les équipes pédagogiques, et pour parvenir à un maillage territorial plus fin. C’est pourquoi les professeurs et les psychologues de l’éducation nationale ont vocation à voir leur rôle renforcé en matière d’accompagnement à l’orientation.

En marge du processus d’élaboration de la loi, une évolution du maillage territorial des CIO est envisagée. Une réflexion s’engage sur l’évolution de la carte des CIO, qui sera menée avec les régions, les collectivités locales. Elle sera profondément pragmatique. Elle se fera avec l’appui des inspections de l’éducation nationale. Elle prendra en compte les besoins des différents publics, et notamment les publics non scolaires accueillis dans les CIO. Notre objectif est que l’évolution des CIO permette une proximité avec les élèves.

S’agissant précisément de votre département, les Alpes-Maritimes, à la suite du désengagement financier du conseil départemental, l’État a repris à sa charge deux des trois CIO qui étaient jusqu’alors financés par la collectivité territoriale, ce qui, comme vous l’avez rappelé, porte à cinq le nombre total de CIO à la charge de l’État. Cet exemple, qui vous concerne directement, témoigne de la volonté du Gouvernement de conserver un maillage territorial équilibré, répondant aux enjeux pédagogiques et tenant compte du contexte local pour assurer un service public de qualité. Si nous devions positionner ces CIO dans des établissements, ce ne serait pas une perte de maillage territorial, mais au contraire l’aboutissement d’une réflexion sur un maillage plus égalitaire, plus équitable sur votre territoire ».

Les positions actuelles

Tout d’abord une distinction « franche » entre ce qui relève de la loi portée par le ministère du travail, la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, et les réflexions du Gouvernement (et pas seulement du Ministère…) sur le fonctionnement de l’orientation scolaire. Un premier élément à en déduire concerne les DRONISEP et l’ONISEP. Le ministre de l’éducation nationale ne s’en occupera pas ! Cet établissement public à caractère administratif, placé sous la tutelle du ministère de l’Education Nationale et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ne sera pas défendu par ces deux ministères.

Le ministre de l’éducation nationale par contre s’intéresse à l’orientation scolaire sur la base d’un « constat récurrent d’une orientation qui ne fonctionne pas comme on pourrait le souhaiter ». Son objectif serait « que chaque élève réussisse et s’insère dans le monde professionnel et dans la société », un objectif en effet difficilement atteignable, mais que tout gouvernement se doit de se donner…

La question est comment faire pour tendre vers cet objectif.

Et là la surprise est de taille ! « Mon raisonnement part de l’élève, pour savoir quelle information sur l’orientation lui parvient de façon efficace et égalitaire. » L’orientation est toujours et encore conçue sur le modèle du choix rationnel, il suffit d’avoir la « bonne information » pour « bien choisir ». La conception de notre ministre, amoureux des sciences, est bien « traditionnelle », mais il est vrai, qu’à notre connaissance les neurosciences de se sont pas encore attaquées à cette question[2].  

Et la notion de l’ « éducation à l’orientation » apparait, mais toujours liée à l’exposition à l’information, et celle construite par les Régions sera bien meilleure d’après le ministre. Remarquons de plus qu’elle se situe « dès le collège ». « Cette nouvelle conception de l’orientation passe par un nouveau partage de compétences entre l’État et les régions pour une meilleure éducation à l’orientation dès le collège. ». Donc répartition des rôles, l’information aux régions et « Les établissements scolaires seront le lieu du processus de l’orientation… »,  sans oublier que « L’État conservera naturellement le rôle d’affectation des élèves. » Est-ce que cela veut dire que le territoire de l’établissement est protégé ? Les acteurs de l’orientation resteraient uniquement les personnels de l’éducation nationale ? Renforcement des rôles des « professeurs et les psychologues de l’éducation nationale ».

Le ministre n’évoque plus la fermeture des CIO, mais « une évolution du maillage territorial des CIO ». Et il précise (sic) : « Elle prendra en compte les besoins des différents publics, et notamment les publics non scolaires accueillis dans les CIO. Notre objectif est que l’évolution des CIO permette une proximité avec les élèves. »

De fait le ministre se trouve devant une difficulté « spatiale » : comment concilier deux objectifs. Comment s’occuper à la fois de deux publics, des scolaires et des non-scolaires ? C’est ce que faisait en partie le CIO qui recevait ces deux publics et intervenait dans les établissements. Mais d’après le ministre il faudrait augmenter la « proximité » vers l’établissement. Le risque alors serait d’augmenter la distance vis-à-vis du public non-scolaire, et si ce n’est les CIO et leurs personnels qui pourraient s’occuper des politiques publiques vis-à-vis de ceux-ci ?

Faisons donc l’hypothèse que les CIO poursuivront leur existence. Sans doute la carte sera à nouveau examinée et que le « maillage » et l’implantation seront revus. Et que la piste d’évolution essentielle sera sans doute de nouvelles définitions des missions des enseignants et des psychologues de l’éducation nationale et du rôle de l’établissement.

Et comme le dit le ministre lui-même, « Nous sommes au début des discussions. »

 

Bernard Desclaux

 

[1] Le texte sur le site de l’Assemblée nationale http://www.assemblee-nationale.fr/15/cri/2017-2018/20180253.asp#P1309774 et la vidéo sur le site du député http://loicdombreval.fr/transfert-des-cio-vers-la-region/

[2] On peut lui suggérer la lecture de quelques livres. Jean Guichard, Michel, Huteau Psychologie de l’orientation, Dunod, 2006 – 394 pages. Mme. Isabelle Olry-Louis, Mr. Vincent Guillon, Mr. Even Loarer, Psychologie du conseil en orientation. De Boeck Supérieur, 30 oct. 2013 – 464 pages. Et bien d’autres !

Be Sociable, Share!

This entry was posted on jeudi, juin 7th, 2018 at 14:11 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

3 Responses to “Si on écoute bien JM Blanquer sur l’orientation”

  1. quairel Says:

    « face au constat récurrent d’une orientation qui ne fonctionne pas comme on pourrait le souhaiter » …..Tout est dit dans cette formule ! Qui sont les « ON » ? Les parents, les élèves, les enseignants, les chefs d’entreprises, le gouvernement, le Ministre, le Président? Quand tu ne nommes pas le sujet d’une pensée, c’est que tu dissimules l’intention qui la motive…..Difficile effectivement de dire que l’envie  » d’Orienter » les élèves en fonction des besoins du marché est dominante chez nos dirigeants…La référence à  » l’éducation à l’Orientation  » est un aveu en creux….Si ce n’était pas le cas il aurait parler « d’éducation aux choix de formations » et de la liberté effective, pour les jeunes et les parents, de disposer d’un pouvoir de décision sur cette question !

  2. Jacques Vauloup Says:

    L’actuel mini-stre semble « découvrir » les questions d’orientation au bout d’un an de mandat (!), et seulement au « hasard » d’un deal politicien avec l’ARF et les Régions autour de l’apprentissage. Et sa conception hyper-rationnelle d’une « bonne orientation » renvoie au bon vieux temps du plein emploi et des « Trente glorieuses », désormais bel et bien révolu.
    Ce qui m’étonne le plus en ce moment, c’est que presque quasiment personne n’ait profité de l’invention du corps unique de psychologues de l’éducation nationale issu du décret du 1er février 2017 pour penser un nouveau dispositif. Car, en effet, le dispositif « CIO/ONISEP » inventé tout juste après 68 en période de plein emploi, est à mes yeux totalement révolu.
    Qu’il y ait un énorme besoin de conseil et d’accompagnement au plus près des jeunes scolarisé.e.s (étudiants inclus) est une évidence.
    Qu’il y ait un besoin aussi prégnant d’une information centralisée me paraît beaucoup moins évident aujourd’hui qu’en 1970 ou 1971 où on inventa à la fois l’ONISEP et les CIO, mais aussi les inspecteurs en orientation… et en 1973, les « nouvelles procédures d’orientation ».
    A mes yeux, les conditions de possibilité d’une réelle application du décret du 1er février 2018 passent a minima par une dissociation nette entre l’information et le conseil (et je précise que je ne suis en aucun cas le porte-parole du mini-stre) et par l’invention d’un nouveau dispositif qui nous rapprocherait des centres psycho-médico-sociaux belges (à réinventer à la française) et aurait le double avantage de prendre en compte la légitime demande de renforcement de l’accompagnement et du conseil dans les établissements scolaires et, last but not least, d’intégrer vraiment les psychologues des premier et second degrés dans un seul et même service.

    Ce que j’ai exprimé ici le 5 avril 2018 :
    http://propos.orientes.free.fr/dotclear/index.php?post/2018/04/05/Il-faut-sauver-le-soldat-CIO%2C-parce-qu-il-le-vaut-bien-%21

    Mais le voulons-nous vraiment ?

  3. MICHEL BERDAH Says:

    Bonjour,
    Un simple commentaire pour exprimer un sentiment de grande inquiétude face à l’avenir des jeunes et de leur orientation : les propos du ministre me sont totalement incompréhensibles, leur réthorique et les enjeux pareillement. Le point le plus “saillant” est le vocabulaire, les expressions et les figures de style tellement policées et polis qu’aucune aspérité n’est repérable pour saisir le fond de la pensée. Cela me semble être un langage réservé à un cercle fermé dans les deux sens du terme.
    Je me souviens de la phrase de Nicolas Boileau “Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.” et je suis tenté de vous demander M. le Ministre et aussi Messieurs et Mesdames blogueurs, d’y penser quelques fois.
    Cordialement.
    Michel Berdah, conseiller en orientation scolaire et professionnelle

Leave a Reply