L’orientation dans la future classe de seconde

Au JORF n°0162 du 17 juillet 2018 vient d’être publié l’Arrêté du 16 juillet 2018 relatif à l’organisation et aux volumes horaires de la classe de seconde des lycées d’enseignement général et technologique et des lycées d’enseignement général et technologique agricole.  Les dispositions du présent arrêté entrent en vigueur à compter de la rentrée de l’année scolaire 2019-2020. Donc juste avant le départ en vacances des personnels de direction vient d’être publié cet arrêté. Ceux-ci auront l’année qui vient pour préparer son application pour l’année scolaire suivante.

Plus globalement, les réformes du lycée et du bac ont été publiées au JO, présentées ainsi par le Café pédagogique : « 17 juillet 12h – C’est toute la réforme du bac et l’essentiel de celle du lycée qui sont publiés au Journal officiel du 17 juillet. Un décret et pas moins de 7 arrêtés définissent les horaires des classes du lycée à partir de la rentrée 2019 et l’organisation du bac à compter des épreuves anticipées de 2020. »  

Pour ma part, je vais me contenter de faire quelques remarques à propos du traitement de l’orientation dans l’arrêté de la classe de seconde.

L’accompagnement de quoi

Dans l’article 5 de l’arrêté sur la classe de seconde on trouve « L’accompagnement au choix de l’orientation ».

La thématique du « choix de l’orientation » est donc toujours de mise. Aucune référence au « Parcours avenir » beaucoup trop ouvert sans doute. Pas de « projet d’orientation » et encore moins d’ « éducation à l’orientation ». La question de l’orientation scolaire ça au moins c’est clair et simple !

L’accompagnement par qui

Et bien tout simplement, cet accompagnement « implique l’intervention des membres de l’équipe éducative et, le cas échéant, des personnes et organismes invités par l’établissement et qui peuvent être mandatés par le conseil régional. »

Et c’est là que commence le casse-tête notamment du chef d’établissement, casse-tête pas nouveau. Depuis 1985 avec le temps scolaire pour l’orientation et les nouveaux programmes d’enseignement intégrant une activité concernant l’orientation dans les disciplines, les deux intervenants spécifiques, le professeur principal et le « conseiller d’orientation » (pour garder un terme générique) ne sont plus les seuls à intervenir sur le champ de l’orientation. Il y a appel à la participation de tous, et notamment des enseignants. Dans cet arrêté, c’est la formule « L’intervention des membres de l’équipe éducative » qui est retenue. Mais le flou est toujours présent. Sur quel temps, avec quel(s) objectif(s), selon quelle modalité de coordination, etc… les volontaires interviendront ? A remarquer d’ailleurs que l’on ne parle pas d’équipe enseignante ou pédagogique, mais d’équipe éducative. Notion évidente ! Mais sans existence. Une petite recherche sur le net, et on découvre dans le code de l’éducation l’article D321-16 instituant l’équipe éducative, mais seulement en primaire et maternelle… Nulle trace ailleurs.

Poursuivons examen de cette phrase, et une expression merveilleuse apparaît : « le cas échéant » ! « Cette expression exprime ainsi avant tout l’éventualité avec une connotation de hasard »[1].  Le Wiktionary indique « Si l’occasion arrive ; si l’occasion s’en présente ; s’il y a lieu »[2].  Je ne voudrais pas vous déranger, n’est-ce pas, mais si par hasard vous aviez envie, ou si l’occasion se présente, vous pourriez monter une opération d’accompagnement au choix d’orientation…

Dons, si le hasard fait bien les choses, « des personnes et organismes invités par l’établissement » peuvent intervenir dans le cadre de cet accompagnement. Ce qui ouvre, sur le papier, un éventail d’intervenant très large… mais qui sera contrôlé par « l’établissement ». Sans doute de belle perspectives de débats dans les couloirs et au Conseil d’administration à moins que ce ne soit au Conseil pédagogique.

Mais la phrase n’est pas terminée, elle se poursuit par «  et qui peuvent être mandatés par le conseil régional ». Et re nouvelle ambiguïté du à cette coordination « et ». Parle-t-on des mêmes personnes qui seraient à la fois invitées par l’établissement et mandatées par le conseil régional, ou parle-t-on de deux groupes différents, les uns invités par l’établissement, les autres mandatés par le conseil régional ? Et les mandatés doivent-ils être également invités, et inversement… ? De beaux débats d’interprétation en perspective !

L’accompagnement comment

« Conformément aux dispositions des articles D. 331-26 et R. 421-41-3 du code de l’éducation, les modalités d’organisation de l’accompagnement personnalisé et, notamment, de l’accompagnement au choix de l’orientation sont fixées par le conseil d’administration.
Dans les établissements publics locaux d’enseignement et dans les établissements publics locaux d’enseignement de formation professionnelle agricoles, le conseil d’administration se prononce après consultation, respectivement, du conseil pédagogique ou des conseils compétents. »

 

L’article D331-26 apparait dans la « Sous-section 1 : La procédure d’orientation des élèves dans les établissements d’enseignement publics sous tutelle du ministre chargé de l’éducation ». Apparemment il n’a pas encore été modifié suite à la création du corps unique des psychologues de l’éducation nationale puis qu’il commence ainsi : « Pendant la scolarité en collège et en lycée, les conseillers d’orientation-psychologues, les conseillers principaux d’éducation et les enseignants donnent à l’élève les moyens d’accéder à l’information sur les systèmes scolaire et universitaire, sur les professions et sur la carte des formations qui y préparent. » Est-ce suffisant pour réjouir les psychologues de l’éducation nationale ?

 

En tout cas, on poursuit allègrement donc dans la fiction française, celle du pouvoir décisionnaire et organisateur du conseil d’administration et du conseil pédagogique.

 

Mais que restera-t-il de ce texte après le vote fin juillet de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel » ? Dernière résistance de la part de l’Education nationale face aux régions ? Ce qui pourrait expliquer pourquoi « Ces réformes, repoussées en CSE, portent la marque de la hâte avec laquelle elles sont mises en place : beaucoup de bricolage, une baisse sensible des horaires et des postes, un bac rendu plus complexe. » comme l’écrit le Café pédagogique dans l’article cité plus haut.

 

Bernard Desclaux

[1] https://www.lalanguefrancaise.com/orthographe/le-cas-echeant/

[2] https://fr.wiktionary.org/wiki/le_cas_%C3%A9ch%C3%A9ant

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This entry was posted on mercredi, juillet 18th, 2018 at 16:45 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

5 Responses to “L’orientation dans la future classe de seconde”

  1. Annick SOUBAI Says:

    On saluera tout d’abord le ménagement d’heures consacrées à l’orientation. Mais comme tu le fais remarquer Bernard, ces heures étaient déjà prévues dans le TSO, le temps scolaire pour l’orientation et autres heures de vie de classe. L’idée de consacrer des heures à l’orientation n’est donc pas nouvelle.
    Si l’on s’attache à la question du temps, il faut méditer ce que la mention du « cas échéant » que tu mets en exergue, comme modalité d’accompagnement possible par des associations, nous permet d’espérer en matière d’éducation au choix. Si l’occasion se présente, et si elle ne se présente pas ? Ajoutons, ce n’est pas très grave car cette partie de l’éducation n’est pas pensée. Elle ne s’accroche à aucun contenu disciplinaire structuré, ni à aucune didactique formalisée.

    Depuis que l’orientation est devenue l’affaire de tous, cette pédagogie peut être faite de tout et pourquoi pas de n’importe quoi.Aucune évaluation n’est prévue pour des contenus et des compétences qui ne sont donc pas valorisés.

    Si les conseillers d’orientation-psychologues sont mentionnés dans le texte, c’est qu’ils ont été oubliés par la personne qui l’a rédigé . Nous savons qu’ils ont été peu intéressés par la pédagogie de projet et peu enclins à développer des pratiques d’éducation à l’orientation. Une minorité a créé des ateliers. On peut se demander ce que les psychologues de l’Education nationale auront à proposer dans ce domaine.

    Jean-Michel BLANQUER constatait il y a quelques semaines que l’orientation ne marche pas en France. On ne sait pas de quelle facette, il parlait. Est-ce de la gestion des flux? Est-ce de l’éducation des choix ? Sans didactique, je ne vois pas comment une éducation des choix, c’est-à-dire de la prise de décision peut marcher… Pour enseigner depuis près de de 15 ans la méthodologie du projet de l’étudiant, je sais que sans une progression, sans des exercices à rendre, sans une évaluation, ce type de démarche aurait peu d’impact sur les étudiants. Le projet n’apparaît pas de manière spontané sans une méthode pour le faire émerger, pas plus que le théorème de Pythagore n’est appliqué par l’élève sans une leçon et quelques exercices…

  2. bernard-desclaux Says:

    Merci Annick pour ce commentaire qui va au-delà de mon propose, et c’est tant mieux !
    Je faisais simplement le constat du peu d’avancée (et c’est doux euphémisme) sur le terrain de l’orientation. En passant, si cet arrêté parle de l’accompagnement du choix d’orientation, il n’indique rien de son objectif : les procédures d’orientation. Y préparer sans connaître leur organisation précise, ça relève de quoi ?
    C’est vrai que je me suis esclaffé à la lecture de cette belle expression « le cas échéant », utilisé par des pourfendeurs du hasard, c’est assez cocasse !
    Et j’apprécie la suite de ton commentaire sur l’absence de travail réel d’élaboration sur le « contenu » de cette pratique qui au fond n’a intéressé que bien peu de personnes en France.

  3. Renaud Lemoulant Says:

    On peut bien enseigner tout ce qu’on veut, combien d’élèves sont capables en seconde de se projeter au delà du bac, voire après une poursuite d’études ?
    J’en ai connu beaucoup changer du tout au tout entre la seconde et la terminale, or ce qu’on leur demande avec la réforme du lycée et parcoursup, c’est de se déterminer dès la fin de la seconde.

  4. Jean Le Duff Says:

    Je viens de prendre connaissance de de ce dernier article. Le flou que vous soulignez me paraît être révélateur de la contradiction objective entre le discours et les pratiques de nos gouvernants. Cela s’apparenterait à de la schizophrénie si nos gouvernants étaient réellement porteur des principe de sincérité et d’authenticité.

    Je reviens à mon interrogation sur la nature ségrégative ou intégrative de la société actuelle, ainsi que je la posais dans mon dernier commentaire à votre précédent article. Les populations de notre pays on besoin que l’État leur dise qu’il pense à elles, voire qu’il les aime. Toute « agression » objective de l’État à leur encontre suscite des réactions au moins émotionnelles car nous sommes dans un contexte d’affirmation des populismes qui sont une autre forme d’existence des communautarismes.

    Nos gouvernants sont dans l’obligation de dire aux gens qu’il les aiment et s’il doit leur imposer des sacrifices, il doit leur dire en même temps qu’ils récupéreront d’une autre façon ce qu’il est contraint de leur enlever. La CSG imposée au retraités avec l’annonce de la suppression à terme de la Taxe d’habitation en est un exemple remarquable. Il en va de même de l’augmentation des salaires basées sur une réduction des cotisations sociales du régime général. En instantané cette réduction est indolore pour les salariés qui ne cotiseront pas pour leurs heures supplémentaires.

    Dans le cadre éducatif, un accompagnement socio-éducatif des jeunes les plus fragiles ne peut s’opérationnaliser sans des capacités et des compétences d’encadrement améliorées. Ceci a un coût que nos gouvernant refusent d’assumer. Ils se trouvent donc acculer à des « effets de manches » et à l’implication de comparses susceptibles de devenir un jour les responsables des échecs probables.

    La grande arnaque est de limiter la réalité des problèmes à une question d’information que les EDU-ECO sont trop nuls pour être capables de l’assumer. Cette réduction de la complexité des rapports entre le socio-éducatif et l’évolution technico-économique à une simple question d’information est la marque en ce domaine du simplisme de la doxa gouvernementale.

    Je pense qu’il ya une relation de cause à effet entre le simplisme des dominants et le développement des populismes chez les dominés dans la mesure où ceux-ci refusent majoritairement d’envisager qu’il puisse y avoir une alternative à la société actuelle. La question d’une conception psycho-socio-éducative de l’orientation n’est qu’une facette d’une société en dérive. Il est évident que la réponse à cette question relève d’une problématique qui dépasse largement celui du système éducatif. Du moins, c’est mon point de vue.

  5. Jérôme Martin Says:

    On ne peut que partager les interrogations de Bernard.
    Le statut des 54 h est incertain car le décret est rédigé qu’il laisse aux chefs d’établissement une grande latitude d’interprétation.
    S’agit-il d’heures incluses dans les services drs enseignants ou d’un volant d’heures disponibles et par exemple rétribués en HSE ?
    Ces heures font le pont avec l’article 10 de loi “Liberté de choisir son avenir professionnel”.
    En dépit des discours officiels sur l’autonomie des lycéens, Blanquer se garde bien de réformer les procédures d’orientation qui datent de 1972 et qui accordent au chef d’établissement la haute main sur les décisions d’orientation.
    D’ailleurs les textes parus ne disent rien sur la manière dont les élèves choisiront leurs spécialités. A cet égard il y a fort à parier que les bureaucraties rectorales encourageront les proviseurs à construire l’offre de formation à partir des moyens disponibles, c’est à dire les heures postes. Il faudra donc que les vœux de spécialités des élèves s’adaptent à la “structure”. Sauf dans les grandes les grandes métropoles ou les effets de taille joueront en faveur d’une diversité d’offre de formation, dans de nombreux lycées des villes moyennes, cet offre sera réduite.
    Comment d’ailleurs les élèves en fin de seconde feront-ils leurs choix de spécialité ? Qui validera ces vœux ? Rien dans le texte ne l’indique. On peut penser que ce sera le proviseur.
    Au final la réforme Blanquer consiste avant à renforcer les pouvoirs du proviseur et de la technostructure. Les amendements de la commission mixte paritaire au projet de loi Penicaud insistent lourdement sur le rôle des proviseurs.
    On est loin d’une éducation à l’orientation. Les conceptions technocratiques font un retour en force.

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