Le CIO, un dispositif ou un service à la personne IV

Centrons-nous sur un moment particulier : la tentative de transfert des personnels et des CIO aux régions en 2003. Pas inutile sans doute de revenir sur ce moment dans le contexte des débats d’aujourd’hui.

Le moment : la décentralisation de la République

La loi constitutionnelle qui modifie la Constitution n° 2003-276 du 28 mars 2003 relative à l’organisation décentralisée de la République est parue au Journal officiel du 29 mars 2003, le Journal de la République française dans lequel sont publiés les lois et les règlements de la République. L’article 1er est ainsi rédigé: La loi modifie l’article premier de la Constitution, qui définit les valeurs de la République, comme la langue ou la devise de la France. Celui-ci dispose désormais que « l’organisation de la République est décentralisée ».

Le Premier Ministre, Jean-Pierre Raffarin, avait annoncé à Rouen le 28 février 2003, aux Assises des libertés locales, que « les régions prendront en charge l’orientation des jeunes et l’information sur les métiers » et, dès le 14 mars, le Ministre de l’Éducation Nationale annonçait par lettre individuelle aux personnels concernés (Conseillers d’Orientation Psychologues et Directeurs de C.I.O.) leur transfert et celui des C.I.O. aux régions, sans plus de concertation préalable et sans aucune redéfinition des rôles respectifs de l’État et des collectivités.

 

Le personnel se mobilise immédiatement et se retire des établissements, on est à la fin du deuxième trimestre. Un site, www.Copsy.ouvaton.org, est créé (disparu aujourd’hui) qui supporte un discours unanime d’opposition à ce projet. Les politiques sont contactés, les média relayent l’opposition des collègues, et les syndicats enseignants montent finalement au créneau.

Très difficile à l’époque de tenir un autre discours que l’opposition pure et simple à ce projet. Quelques-uns s’y essayent. Vous trouverez sur cette page de « mon site pour les formateurs » des liens vers des documents produits par divers acteurs au cours de la crise. 

 

Pour ma part

A cette époque je suis plus sur le terrain. Je travaille à l’IUFM, déchargé de la direction de mon CIO, afin d’élaborer le projet académique de formation continue des personnels (dont les enseignants) sur le thème de l’orientation. Je ne suis donc pas pris par les phénomènes de groupes qui s’emparent des CIO. Et j’ai une toute autre compréhension de la situation que j’essaie de présenter lors d’une réunion SGEN des trois académies de l’Ile-de-France. J’y suis un peu seul à tenir ce discours. Que je peux résumer en deux points :

  • Constat sur l’histoire et le présent : nous sommes au bout d’un processus. L’éducation nationale n’a jamais voulu nous intégrer réellement, et finie par nous exclure.
  • Espoir qu’une profession puisse se constituer à l’occasion de cette exclusion en rassemblant les différents professionnels qui œuvrent à l’orientation de tous et qui seront coordonnés par les régions. C’est une occasion de repenser cette profession dans une perspective beaucoup plus large.

 

A l’époque, depuis un an, je collabore avec l’ESEN[1] à la demande de Dominique Odry qui y coordonne notamment la formation des nouveaux directeurs de CIO. L’ESEN, pour faire simple, forme l’encadrement de l’éducation nationale. Ce n’est donc pas anodin que les DCIO y soient formés. Pour la formation en cours cette année, Dominique Odry veut introduire une réflexion sur le passage aux régions et préparer éventuellement les DCIO à cette situation. Il organise une table ronde avec M. Hetzel qui était alors le chef du bureau de l’orientation au ministère, et la CSAIO de Poitiers, et il me demande d’y participer, connaissant mes positions et me laissant carte blanche. J’avais préparé une intervention qui n’a pu être présentée bien sûr. Passant en troisième position j’ai dû résumer très fortement ce que j’avais prévu.

Les articles suivants reprendront des éléments de cette intervention à mettre en relation avec l’interrogation articulant cette série (le CIO un dispositif ou un service aux personnes), mais aussi avec la situation incertaine présente.

Bernard Desclaux

 

[1] Depuis 2011 elle est remplacée par l’ESENESR, et le ministère en juin 2018 annonce son remplacement par l’Institut des hautes études de l’éducation et de la formation». Voir l’historique sur Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_sup%C3%A9rieure_de_l%27%C3%A9ducation_nationale,_de_l%27enseignement_sup%C3%A9rieur_et_de_la_recherche

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This entry was posted on mardi, juillet 24th, 2018 at 19:24 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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