L’intervention des conseillers d’orientation en formation initiale des enseignants

Devenu conseiller d’orientation à la fin des années 70, je me suis engagé très rapidement dans le courant éducatif de l’orientation en participant à l’IREC, au groupe de recherche interacadémique (Pars, Créteil, Versailles), en intervenant dans les GOR à l’Université de Paris X-Nanterre. Avec la création des IUFM par la loi dite Jospin de 1989 une opportunité s’ouvrait. Ce petit article vous propose ce que j’ai essayé de développer dans l’académie de Versailles.

Petite histoire personnelle

Donc au cours des années 80, tout en étant conseiller d’orientation à Aubervilliers puis à Nanterre, j’ai des activités plus ou moins ponctuelles en dehors de mon travail. Pendant une dizaine d’année je suis chargé de cours à Paris X pour animer une unité de valeur, le GOR ( groupe d’orientation et de réflexion) de première années de SHC (Sciences humaines et sociales). Cette unité e valeur est pilotée par André Sirota puis Jean Dubost[i]. A partir de 87-88, j’interviens également au SUFOM pour la préparation au concours de recrutement de l’EN. Jacques Pain en est le responsable.

Compte tenu de mon « orientation éducative » je pense que les enseignants ont un rôle important à jouer dans l’orientation des élèves. Les procédures d’orientation évoluant, le rôle de décideur des enseignants s’affaiblit au profit de celui de conseil. Mais de plus je suis de plus en plus conscient du rapport de force. Le recrutement des conseillers d’orientation se réduit, l’établissement scolaire devient responsable de l’aide à l’orientation (avec le projet d’établissement), et es enseignants sont les acteurs largement majoritaires au contact des élèves, et même des familles. Si l’on veut que l’orientation se passe pas trop mal pour les élèves, il faut que les enseignants y participent de manière positive.

L’année qui précède la création de l’IUFM à Versailles Jacques Pain fait partie du groupe de réflexion pour l’académie de Versailles. Beaucoup pensent qu’il sera le directeur de l’IUFM de Versailles. Nous discutions souvent. L’idée d’une formation à l’orientation des enseignants nous paraît évidente, et il pense même qu’il faudrait un personnel d’orientation dans l’IUFM pour coordonner cette formation et cette préoccupation. Il pensait à moi pour cette fonction. Lors de la création de l’IUFM à Versailles, je viens d’être recruté au SAIO de Versailles[ii], et je mets en place un groupe de réflexion sur ce thème avec le soutien du CSAIO de l’époque, Madame Machelot.

L’IUFM et le dispositif

L’IUFM de Versailles se met en place mais son directeur ne sera pas Jacques Pain, ce sera  Madame Frémont Lamouranne. Mais l’idée d’un coordonateur de la question de l’orientation au sein de l’IUFM s’est imposée et un support budgétaire est dégagé pour recevoir un directeur de CIO mis à disposition. Le poste sera proposé à Régis Ouvrier-Bonaz[iii] (directeur du CIO de Cergy). Mais l’histoire commence mal, car des problèmes de fonctionnement au centre IUFM de Cergy font qu’on lui propose de prendre la coordination des PLC2 de Cergy, ce qu’il fait. En parallèle, mais sans être au centre académique, il coordonne l’équipe de conseillers d’orientation qui est appelée à intervenir dans les modules communs. Un accord est passé entre Madame Frémont Lamouranne directrice de l’IUFM de Versailles et Madame Machelot pour que les modules communs « connaissance du système de formation » et « orientation et projet de l’élève » soit réalisés par cette équipe en heures payées. Je participe bien sûr à cette équipe.

L’IUFM de Versailles à sa création comporte 7 centres IUFM répartis dans les 4 département de l’académie. Ainsi au début, la formation concernant l’orientation est identique au travers de ces deux modules commune.

A l’époque la préparation est faite sous la couverture de convocations à des réunions de travail signées par le CSAIO. Cela paraît difficile à faire fonctionner, et un accord est passé entre le CSAIO et la MAFPEN pour que cette préparation-organisation de ces interventions soit réalisée sous la forme d’un stage de formation de formateurs. Marie-Pierre Frénoi[iv] en aura la charge un temps, puis j’en prendrais la responsabilité[v] jusqu’en 2008.

Après le départ de Régis Ouvrier-Bonaz[vi], le poste à l’IUFM sera occupé par Dominique Odry[vii], mais les supports budgétaires varient, et il remplira d’autres fonctions, notamment il coordonnera la création de la maquette générale de l’enseignement, puis la mise en place de l’Observatoire des formations à l’IUFM. Le poste sera supprimé, il aura vécu 4 ou 5 ans.

La gestion de l’équipe

Lorsque je prends la responsabilité du stage de formation de formateurs, l’homogénéité de la formation a fait son temps. En fait les divers centres IUFM s’autonomisent et la tendance à vouloir définir sa propre offre de formation l’emporte face à la direction académique de l’IUFM.

Donc afin de répondre à l’ensemble des demandes de formation des centres de l’IUFM de Versailles qui se trouve être la plus grande académie de France, une équipe nombreuse de COP et directeurs de CIO doit être réunie. Chaque année c’est entre 25 et 30 personnes qui sont rassemblées. Un noyau dur de collègues se retrouve d’année en année, mais chaque année il faut intégrer de nouveaux membres. Les collègues intervenants sur leur temps personnel sont payés par l’IUFM, ce qui suppose qu’ils aient une autorisation de cumul et qu’ils travaillent à temps plein.

 

Pour exemple voici l’organisation des formations réalisées au milieu des années 2000. Sur les trois jours de formation de formateurs la répartition des activités est la suivante :

  • première journée : présentation du dispositif, répartition des interventions, distribution de divers documents supports ou de textes pouvant servir lors des formations et discussions de ceux-ci ;
  • deuxième journée : travail sur les méthodes d’animation déjà utilisées ou proposées par les participants ;
  • une demi-journée gérée par chaque groupe intervenant dans l’un des centres afin de définir les principes et les documents à faire reproduire par les centres ;
  • une demi-journée est utilisée par chaque couple d’animateurs lorsqu’il y a co-animation pour préparer l’intervention.

Avant le démarrage du stage j’ai pris contact avec les responsables des centres pour avoir les besoins et les calendriers d’intervention.

Sur le site internet de l’académique, dans la partie réservée au SAIO, j’avais construit une zone concernant la formation initiale en IUFM avec des documents que nous utilisions et qui pouvaient être téléchargés par d’autres formateurs pour d’autres formations. Toutes ces ressources n’existent plus[viii].

Autres activités vers les centre

Au cours des années d’autres activités que la formation dans le cadre des options générales ont été développées par cette équipe :

  • participation à la formation des personnels  ex AIS – Adaptation et Intégration Scolaire) aujourd’hui ASH ADAPTATION SCOLAIRE ET SCOLARISATION DES ÉLÈVES HANDICAPÉS ;
  • participation à la formation des CPE à l’IUFM, et organisation de stage en CIO pour les CPE ;
  • participation aux entretiens de sélection des cas particuliers ;
  • participation aux journées de l’étudiant, animation de groupe de parole d’étudiants ;
  • participation, notamment cette année dans deux centres, au retour de stage en établissement.

Durant deux ans il y a eu également un demi-poste de COP au centre de Versailles dont le rôle était à la fois la réception de demandeurs d’information et de conseil avant de postuler pour l’IUFM, mais aussi de conseil auprès des personnes engagées dans la formation mais s’interrogeant sur leur parcours ou leur orientation. Le support budgétaire a été supprimé au bout de deux ou trois ans.

 

A ma connaissance, l’académie de Versailles était la seule où il existait une équipe de COP coordonnée au niveau académique. Dans la plupart des autres académies, les activités de formation étaient individuelles, soit par des « contrats individuels » avec tel ou tel conseiller, ou avec le CIO proche du centre de formation.

Où en est-on aujourd’hui avec les ESPE ? Comment est organisée, si elle l’est, la formation à l’orientation des enseignants ?

Un prochain post portera sur les évolutions concernant la formation initiale des enseignants que l’équipe a pu observer au cours de ces années de formation.

 

Bernard Desclaux

 

[i] Dubost, Jean. L’Intervention psychosociologique. Presses Universitaires de France, 1987

[ii] J’y reste deux ans, puis je suis nommé directeur au CIO de Pontoise. Mais ayant engagé beaucoup d’autres activités dont la formation des professeurs principaux) Madame Machelot me demande de les poursuivre, et obtient une décharge auprès de la MAFPEN pour la poursuite de ces pilotages d’activités.

[iii] Il se trouve aujourd’hui dans l’académie de Créteil dans l’équivalent de la DAFPEN et à la Mission des Innovations.

[iv] Après s’être impliquée dans l’équipe de formateurs éducation à l’orientation, elle a obtenu un congé formation et a suivi un DESS sur la formation au CNAM.

[v] C’est à partir de ce groupe que j’ai constitué l’équipe qui interviendra dans le champ de l’éducation à l’orientation.

[vi] A l’époque directeur de CIO (Cergy) il devient chercheur honoraire associé au Centre de recherche sur le développement et le travail du CNAM, coordonne les travaux du Groupe de recherche et d’étude sur l’histoire du travail et de l’orientation (GRESHTO)

[vii] Directeur de CIO à l’époque, il fut IEN-IO du 91 puis responsable de la formation des directeurs de CIO à l’ESEN.

[viii] Les sites des rectorats sont désormais totalement tournés vers le public, et les parties « professionnelles » sont protégées des usagers.

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One Response to “L’intervention des conseillers d’orientation en formation initiale des enseignants”

  1. Jean Le Duff Says:

    J’ai intégré les services d’orientation une vingtaine d’années avant vous. Je pense que notre génération assura cette mutation de l’orientation fondée essentiellement sur des évaluations psychotechniques vers une orientation fondée sur un individu devenu acteur de sa vie et de son projet. Évidemment, ni l’organisation des services et du système scolaire, ni les moyens alloués n’étaient à la hauteur d’une telle visée. Déjà vers la fin des années 80, un collègue inspecteur, pas socialement révolutionnaire disait: » une bonne orientation pour l’administration c’est prévoir une chaise par élève et s’arranger pour que pour la rentrée suivante il y ait un élève sur chaque chaise ».

    Aujourd’hui, il me semble que la visée administrative est encore pire. Le ministère considère que tout le monde ne peut pas tirer parti du système éducatif. Ce n’est donc pas nécessaire d’y mettre trop d’argent. Les compensations familiales pour les familles qui en ont les moyens compenseront les insuffisances du système éducatif. La conception dominante des dominants aujourd’hui c’est l’acceptation d’un volant de marginalisation. Il y a 30 ans si le système éducatif fonctionnait comme une colonne de distillation fractionnée, les dominants faisaient comme si c’était une faiblesse à traiter. Aujourd’hui ce n’est même plus un problème pour eux.

    Dans un tel contexte, l’intervention des PsyEN-EDO vers les profs aura-t-elle pour objectif de diffuser quelques ficelles pour que le fonctionnement algorithmique ne soit pas perturbé, ou bien, finiront-ils à convaincre que l’orientation positive ne peut être réalisée que dans la mesure où l’on parvient à faire du jeune tout au cours de sa formation une personne consciente du monde dans lequel il vit, des dynamique en jeu dans la réalité dont il a pris conscience et de l’horizon d’insertion citoyenne, sociale et professionnelle qu’il peut viser. Lui accordera-t-on à ce jeune le droit à l’erreur et aux chemins de détour.

    Je suis de la génération qui a pu cheminer grâce aux apports innovants du programme du Conseil National de la Résistance. Que reste-t-il aujourd’hui de cette dynamique? Je ne suis pas sûr que nos collègues d’aujourd’hui aient vraiment conscience de ce que fût l’évolution sur le terrain des services d’orientation, combien la capacité créatrice et d’initiative de nos collègues à bouleverser les règles. Les actions de terrain précédèrent souvent les textes. Il m’est arriver de soutenir l’idée que pour les PsyEN-EDO, l’intérêt général était constitué de la somme des cas particuliers qu’ils avaient contribué à faire évoluer positivement quand l’administration se contentait de vérifier que tous les élèves avaient une chaise pour s’asseoir.

    J’assume de n’être peut-être qu’un vieux « con… Ce que je sais, c’est qu’une société qui réduit les personnes au rang d’algorithme se fout de l’humain. Un exemple: autrefois on parlait de « qualification ». La personne qualifiée est capable de prendre en charge une tache de son origine à son aboutissement, de définir les étapes et les modalités de la marche à suivre. Aujourd’hui on parle de compétence. La compétence c’est la capacité de se soumettre au pied levé aux commandes du système fonctionnel où on a pris place. Être PsyEN-EDO est-ce seulement être compétent et se comporter en algorithme ou bien leurs pratiques impliquent-elle une véritable qualification.

    Vous déciderez bien sûr si ce « coup de gueule » mérite d’être publié.

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