Commentaires de Damien Canzittu I

Ayant transmis le texte de l’article précédent (Expérimenter une école réellement orientante) à Damien Canzittu celui-ci m’a répondu en formulant plusieurs précisions importantes. Il a accepté que je les publie.

J’ajoute que l’Université de Mons a mis en place un site très intéressant sur l’approche orientante . Vous y trouverez de nombreuses ressources et plusieurs interventions de Damien Canzittu.

L’état actuel de la question, et l’organisation politique belge

« Peut-être, faut-il nuancer : les réformes actuelles (le Pacte pour un enseignement d’excellence) préconisent une approche éducative de l’orientation (elles citent l’approche orientante comme exemple), mais rien n’est décidé… si ce n’est que « localement », certains pouvoirs organisateurs d’enseignement l’ont déjà intégrée dans leur projet éducatif et pédagogique (et donc, les équipes éducatives qui sont employées par ces pouvoir organisateurs sont dans l’obligation de la mettre en place). »

« … il faut tenir à l’esprit qu’en Belgique, l’enseignement est une compétence des Communautés (Communauté française, Communauté flamande et Communauté germanophone) et que l’état central (qui n’est pas nommé ministère) garde trois domaines de compétences : la fixation du début et de la fin de l’obligation scolaire, les conditions de délivrance des diplômes et le régime des pensions des personnels. Les pouvoirs organisateurs (qui relèvent du public ou du privé) sont constitués d’une ou plusieurs personnes physiques, morales ou privées et ont la responsabilité de plusieurs écoles (minimum 1 ; il existe donc des pouvoirs organisateurs résumé à une seule école).

 Pour revenir à la mise en place de l’approche orientante, celle-ci s’est d’abord développée dans un pouvoir organisateur particulier, celui de la Province de Hainaut (vous trouvez ce type d’information sur le site approcheorientante.be). Ensuite, d’autres pouvoirs organisateurs ont suivis : la Province de Brabant wallon, la Province de Liège et la Ville de Liège.

En ce qui concerne la Communauté française (aussi confondue avec la Fédération Wallonie-Bruxelles), il n’y a pas véritablement d’implantation de l’approche orientante. Toutefois, dans les travaux récents du Pacte pour un enseignement d’excellence (mis en place par la Communauté française), il est stipulé que les écoles sont encouragées à développer une approche éducative de l’orientation comme l’est l’approche orientante. Cela reste donc une intention. Surtout que la dernière déclaration de politique communautaire a postposé (pour cause budgétaire, selon les politiques) d’un an certaines réformes majeures reprises dans le Pacte, comme celle concernant l’allongement de la formation initiale des enseignants, par exemple. Par contre, le tronc commun sera allongé d’un an (passant de 2 à 3 ans) au secondaire. Et l’orientation a malheureusement été peu développée. Je cite, par exemple, la RTBF :

« Les écoles qui le souhaiteront pourront toutefois organiser des « activités orientantes » durant cette troisième année afin de mieux préparer les élèves qui le désirent à poursuivre par après leur scolarité dans l’enseignement qualifiant. Ces activités orientantes pourront représenter tout au plus 4 à 5 périodes de 50 minutes par semaine. ».

Le texte final de cette déclaration de politique communautaire n’est pas encore accessible, mais a priori, il ne tend pas à développer une approche orientante réelle… »

 

Ma remarque à propos du statut de l’expérimentation en France et en Belgique serait donc à nuancer fortement. Il semble bien que dans les deux pays, les « Etats » se tiennent à distance des expérimentations qu’ils lancent.

L’absence de l’approche sociologique

A propos de mon regret concernant l’absence d’une approche « sociologique » sur l’organisation de l’accompagnement de l’expérience et l’analyse des résistances, Damien Canzittu indique :

 

« Je comprends bien cette remarque. En fait, l’analyse plus poussée a été réalisée à diverses reprises et à divers moments. Plusieurs rapports de recherche ont été rédigés, mais, ils ne sont pas accessibles… si ce n’est dans nos locaux… qui font état de l’accompagnement et notamment de l’intégration des concepts de l’approche orientante par les différents acteurs de l’éducation, et particulièrement les enseignants et les membres des centres psycho-médico-sociaux (donc psychologues pour la majorité).

Je n’ai pas fait figurer cette partie dans la thèse pour des soucis pratiques… de longueur, surtout.

 

Ce que je peux vous dire, de façon très rapide, c’est qu’au niveau des résistances, finalement, elles sont peu présentes en ce qui concerne la « philosophie » de travail. Les enseignants et les membres des CPMS (qui constituent l’organe premier de l’orientation en Belgique francophone) ont tous des avis très positifs sur les propositions d’intégration de l’orientation dans leurs pratiques et sont également demandeurs d’une structuration plus « solide » ou plus marquée en ce qui concerne le travail collaboratif. En fait, les résistances sont apparues principalement quant à l’impression chez ceux-ci de manquer de temps et de moyens leur permettant d’intégrer « en douceur » et progressivement cette philosophie dans leur enseignement. C’est véritablement cela qui a posé le plus de questions. Pour être un peu plus complet, je devrais rajouter que certains enseignants ont également rejeté l’idée même de travailler l’orientation dans leur discipline. Néanmoins, leur nombre est très réduit (sans chiffre précis, je dirais peut-être 5 enseignants sur… plus de 30 ou 50 écoles visitées).

Je peux aussi ajouter qu’un élément déterminant (le plus prégnant peut-être) est l’appui ressenti par les équipes pédagogiques et réel des directions dans la mise en place des projets. Ceux-ci étant pilotés, au tout début, sur la base du volontariat (les directions d’établissement ont eu l’opportunité d’entamer ou non, en 2009, ce projet), ces projets ont été particulièrement influencés par le « bon vouloir » des personnes… et le turnover a contraint à un ensemble de ralentissements et de redondances inévitables (ce qui a induit aussi dans une certaine mesure les absences de réponse que vous mentionnez).

 

Quelques éléments de réponse se retrouvent d’ailleurs dans l’ouvrage « comment rendre une école orientante » sorti en 2017 aux éditions deboeck : https://www.deboecksuperieur.com/ouvrage/9782807307124-comment-rendre-une-ecole-reellement-orientante

 

Un autre point que les analyses ont permis de mettre en lumière est l’intérêt des élèves pour l’intégration du travail de l’orientation (notamment par la connaissance de soi, du monde scolaire et professionnel) dans les cours… ce que je ne développe pas non plus dans la thèse.

Je prévois d’ailleurs de compléter celle-ci dans les mois qui arrivent, sous forme d’articles ou d’ouvrages. »

 

L’observation de l’importance de l’implication des équipes de directions dans le processus signalée par Damien Canzittu est importante !

 

Je poursuivrais ma lecture « critique » de la thèse dans de prochains articles en espérant que nos échanges se poursuivrons.

 

Bernard Desclaux

 

 

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This entry was posted on dimanche, septembre 22nd, 2019 at 10:09 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Commentaires de Damien Canzittu I”

  1. Jean Le Duff Says:

    Faut-il vraiment une école orientante? J’ai la faiblesse de penser que l’école doit placer le jeune dans des conditions nécessaires et suffisantes pour connaître la réalité aussi précisément que ce soit possible et pour parvenir à mieux prendre conscience de lui même et de ses rapports à la société et au monde réel. Qu’il faille aussi tenir conseil avec lui et ceux qui l’accompagnent tout au long de son évolution, bien entendu mais je m’interroge sur la prétention à « orienter ».

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