Evolutions du conseil de classe en Belgique

En explorant le site Approche orientante de l’Université de Mons en Belgique, signalé par Damien Canzittu, j’ai trouvé sa « Présentation au Conseil de l’Education et de la Formation (septembre 2018) : le conseil de classe en Fédération Wallonie-Bruxelles ». Son commentaire me permettra de reprendre ma réflexion sur ce sujet. La comparaison de la pratique du conseil de classe entre nos deux pays me permets de percevoir quelques points essentiels caractérisant cet objet sociologique.

La réglementation du conseil de classe

Une première différence s’impose me semble-t-il. Le conseil de classe, en France me semble très encadré par du réglementaire. Des obligations de fonctionnement sont formulés régulièrement dans des circulaires, et depuis fort longtemps (1890) : moments de la tenue, personnes y participants, objectifs, pouvoir et responsabilité des différents acteurs et surtout pouvoir de « décision d’orientation ». Sur ce dernier point j’ai plusieurs fois écrit que ce pouvoir absolue sur autrui (l’élève) s’était trouvé déconstruit petit à petit par la réduction du champ décisionnaire et par la réglementation de la contestation des décisions (les procédures d’appel)[1].

Dans la présentation qu’en fait Damien Canzittu, il apparait qu’il existerait un pouvoir « absolu » de la part du conseil de classe quant aux décisions d’orientation. Il ne fait aucune référence à la possibilité pour les familles de contester ces décisions. Il insiste d’ailleurs dans son introduction sur l’éventualité des entretiens avec l’élève et la famille.

L’implication

Le descriptif fait  par Damien Canzittu semble indiquer une faible implication des personnels y participants. Le conseil serait ressenti comme une démarche administrative, et non pas pédagogique. L’intérêt professionnel de l’enseignant ne s’y retrouverait pas. Sur ce point je pense que nombre d’enseignants français éprouvent ce même sentiment.

Mais je pense que ce constat vient de la réduction du conseil de classe à sa fonction décisionnelle. En fait il assure bien d’autres fonctions qui doivent exister également en Belgique, que j’appelle les fonctions non-attribuées qui assurent une régulation du fonctionnement de l’établissement scolaire. Cinq fonctions s’y exercent et sans être prévues par les textes :

– la mise en visibilité du travail des enseignants ;
– l’appréciation de la compétence des autres acteurs ;
– la régulation des activités individuelles
– l’atténuation des offenses.

J’ai  développé ces points dans mon article : « A quoi sert le conseil de classe ? ».

Les évolutions

Côté français je dirais que les évolutions actuelles semblent différentes selon l’étage scolaire. Le collège conserve sa fonction triage, et surtout le ministère actuel relance le redoublement et renforce le pouvoir du chef d’établissement en la matière. Par contre au Lycée, la réforme supprime la fonction orientation en supprimant les filières et en laissant le choix des spécialités et options aux élèves (en tout cas sur le papier). De plus avec l’application de la réforme du lycée, des questions « pratiques » se posent quant à la tenue des conseils de classe qui devraient rassembler un nombre très important d’enseignants.

Les évolutions belges, évoquées par le Pacte pour un enseignement d’excellence sont intéressantes à commenter. Je partirais tout d’abord de deux constats sur l’état actuel des conseils de classe évoqués par Damien Canzittu. Le champ de l’argumentation des décisions est particulièrement étroit. Pour l’essentiel il s’agit de la performance scolaire. Globalement tant que l’élève réussit, il est autorisé à poursuivre dans la voie « normal », générale. Une  orientation professionnelle est évoquée en cas de difficulté scolaire. Dès lors les élèves ne sont pas sollicités à réfléchir à leur avenir professionnel avant que le problème se pose. On trouve également se principe de base en France. J’en avais tiré le principe qu’un élève « moyen » ne devait surtout pas évoquer un intérêt professionnel au risque de se trouver orienter ! « Je sais pas quoi faire » est en fait le meilleurs passeport pour rester en formation générale….

Le deuxième constat porte sur la corrélation entre la position sociale et le type de formation proposée, ceci étant imagé par le graphe suivant :

Si avec ça l’école ne participe pas à la reproduction sociale…

Venons en maintenant aux évolutions proposées, évoquées par le Pacte Belge.

Il y a une insistance particulière sur la collaboration nécessaire entre les acteurs du conseil de classe. Je pense que cette insistance, répétée, vise à sortir le conseil de classe de sa conception administrative constatée plus haut.

Une deuxième ligne de modification serait l’enrichissement de l’argumentaire. Collaboration cohérence, évaluation (autre que la notation), l’outillage, l’appel au point de vue d’acteurs non-enseignants, tout cela va dans ce sens.

Tout ceci irait vers une « orientation réfléchie », une « orientation active » de la part de élève car tout ceci engagerait à réfléchir à l’orientation des élèves avant le moment du conseil de classe décisionnaire de fin d’année. Ainsi les conditions minimales pour « une école orientante » seraient réunies d’après Damien Canzittu.

Bernard Desclaux

 

[1] Voir par exemple ces deux articles : « Apprendre à s’orienter, d’hier à aujourd’hui (IV), ou la déconstruction de l’autorité sur autrui » et « Les chantiers de l’orientation »

 

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This entry was posted on samedi, septembre 28th, 2019 at 10:52 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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