La place des PyEN dans le continuum Bac -3 / bac +3

Depuis une trentaine d’années, l’Etat s’est engagé à la suite de l’objectif 80% d’accès niveau bac, puis 50% niveau L. Il se trouve ainsi confronté à la nécessité d’organiser le continuum lycée-enseignement supérieur et une expression s’est imposée, « bac -3 / bac +3 ». Pour assurer cette continuité la notion d’accompagnement à l’orientation est mise en avant. Mais qu’en est-il réellement et notamment quelle place est réservée aux PsyEn, les anciens conseillers d’orientation-psychologues ? Les annonces de suppression de postes qui arrivent dans diverses universités sont très inquiétantes.

La continuité

La revue de l’AFAE a posé les enjeux de la réforme du lycée et de la mise en place de Parcoursup dans un numéro[1]. Le Café pédagogique en a fait une présentation[2] très intéressante mais sans aborder la question de l’aide à l’orientation qui est pourtant un des points faibles de l’Université française. Pour l’essentiel l’aide à l’orientation des étudiants s’est concrétisée par la généralisation des  Cellules d’Accueil, d’Information et d’Orientation en 1973 à partir de l’expérience de Geneviève Latreille. Elles ont été transformées en Service Commun Universitaire d’Information et d’Orientation par décret en 1986. Dès le début, des conseillers d’orientation furent mobilisés par le ministère pour travailler à mi-temps le plus souvent en université, l’autre temps en CIO permettant en retour l’information de leurs collègues. Ces moyens furent toujours très réduits. A la fin des années 80 j’ai travaillé avec une collègue à Nanterre-Paris X qui avait un effectif approchant les 40 000 étudiants. A nous deux nous réalisions à peine 700 entretien l’année.

Jusqu’à la fin des années 80 des postes étaient explicitement désignés sur cette mission, obtenus par mutation. Les collègues s’investissaient sur de longues années avec une continuité de leur mission. Et puis au début des années 90, ces postes spécifiques furent supprimés. Les moyens furent attribués au CIO proche de l’université, le directeur de CIO ayant la responsabilité de décider de leurs utilisations. Dans certains cas la mission fut poursuivie, mais dans d’autre cas les directeurs conservèrent ces moyens pour répondre au besoin de l’explosion de la scolarisation dans le secondaire.

Ces dernières années, la situation est très diverse et semble dépendre de la politique rectorale. On a trois formes d’organisation que l’on peut repérer dans ces politiques. Dans certains cas, on a regroupé les postes dans un CIO autonome, qui reçoit le public étudiant, et qui intervient dans les universités de l’académie. Le CIO des enseignements supérieurs de la Sorbonne à Paris en est un exemple. D’autres académies sont restés sur le modèle antérieur, un ou deux postes étant attribués au CIO voisin de l’université, pour y travailler à mi-temps au CIO et à mi-temps à l’Université. Dans ces deux politiques, c’est l’académie qui investit ses propres moyens dans cette activité. Mais dans un troisième modèle il en est tout autrement. L’académie met à disposition de l’université des personnes, mais qui seront rémunérés par celle-ci.

 

Les ruptures

Si on prône depuis assez longtemps la continuité lycée-enseignement supérieur, on doit constater sur le plan organisationnel une longue hésitation. LE Ministère qui regroupait le primaire, le secondaire, le professionnel, le supérieur, a souvent éclaté en plusieurs ministères ou en un attelage curieux et plus ou moins réussit d’un ministère affublé de secrétariats d’Etat. Aujourd’hui, pour mettre en œuvre la continuité votée par une loi, nous avons l’avantage (sic) d’avoir deux ministères !

Au fil du temps le traitement de l’orientation au sein des universités fut pris de divers points de vue. Conseil et information sont les actions sans doute les plus centrales. Le conseil individuel fut développé en priorité par les conseillers d’orientation. Les Cellules ont mis en place des espaces publics d’accès aux documents d’information (bien avant que les CIO développent l’auto-documentation), mais aussi elles ont fait pression auprès des départements universitaires pour produire une documentation utile et compréhensible par les lycéens. Et depuis plusieurs années les Services communs ont été engagés à s’occuper de l’insertion de leurs étudiants à la fois dans un but informatif (comment ça se passe ? évaluer l’insertion réelle des étudiants à l’issue de formation), mais aussi dans un but d’aide et d’accompagnement.

Tout ceci est une forme d’aide périphérique pourrait-on dire, et la question de l’orientation s’est aussi posée, parfois au cœur même de la formation universitaire. Et la même  Geneviève Latreille fut également à l’origine de cette préoccupation plus éducative. J’ai participé à Nanterre à cette expérience durant plusieurs années que je relate dans un  article de ce blog[3]. Et plus globalement j’ai proposé une distinction fondamentale entre l’organisation de l’éducation à l’orientation au sein du secondaire et du supérieur, sur la base des modules PPE (projet personnel de l’étudiant) développés dans de nombreuses universités[4].

Les  PSY-EN en université sont aujourd’hui très impliquées dans les projets de services. Ces personnels  assurent un travail d’ingénierie en orientation remarquable dans les dispositifs de réorientation, de OUI-SI autour de la réussite en licence, participent activement aux journées nationales du réseau. Leur regard et les compétences acquissent devraient être capitalisés  par le SAIO dans le cadre du PAF  et dans des dispositifs partagés sur le lien secondaire supérieur. Leur mise à disposition devrait s’inscrire dans une feuille de route partagée entre les universités et les acteurs du secondaire. Les bilans d’activités montrent une diversité impressionnante d’action et de pratiques qui s’exercent dans des contextes forts différents et supposant de multiples partenariat. Cette expérience doit être particulièrement intéressante et explique que de nombreux PsyEN choisissent le détachement dans le corps des IGE en orientation et insertion professionnelle pour pouvoir exercer leurs missions dans une cadre renouvelée de l’orientation professionnelle tout au long de la vie (conseil en évolution professionnelle).  

Ainsi aujourd’hui, aux entretiens de conseil s’ajoutent bien d’autres activités : les ateliers de réorientation, le suivi du dispositif réorientation dans ParcourSup,  le suivi spécifique pour les étudiants en PACES quand c’est le cas, le suivi des publics spécifiques : étrangers, réfugiés, les personnes en situation de handicap, celles en situation sociale fragile, l’accompagnement du public en reprise d’études (DAEU et capacités). On voit que pour une part ces activités sont liées à des politiques publiques et à l’exercice de procédures « administratives » nécessaires à l’application de la loi. Ceci les éloigne d’une certaine manière de l’aide à  l’orientation générale, mais cela les rend en même temps indispensables au bon fonctionnement de l’université. Lors de la crise sanitaire ces personnels ont poursuivi leur travail en distanciel.

 

Dès lors comment comprendre que non seulement l’application des politiques publiques dépende des décisions rectorales très variables selon les académies, mais plus encore que certains rectorats soient en train d’annoncer la suppression de la mise à disposition de ces moyens ! On a là un très mauvais signe.

 

Bernard Desclaux

[1] N° 160 de la revue de l’AFAE, Bac – 3/bac + 3, de nouveaux enjeux de formation pour les élèves et les enseignants, décembre 2018, Coordinateurs : Bernard DIZAMBOURG et Françoise MARTIN-VAN DER HAEGEN

[2] Bac -3 / bac +3 : Qu’est ce qui bouge vraiment ?  http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/02/04022019Article636848593008969026.aspx

[3] Voir mon article « De l’orientation en milieu universitaire » http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2011/02/23/de-lorientation-en-milieu-universitaire/

[4] De l’orientation dans le secondaire et à l’Université http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2017/03/13/de-lorientation-dans-le-secondaire-et-a-luniversite/

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This entry was posted on mardi, juin 16th, 2020 at 10:55 and is filed under Orientation, Système scolaire. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

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