Réponses à Jacques Vauloup, Orientation scolaire vs Orientation professionnelle

Dernière réponse à Jacques Vauloup à la suite de sa présentation[1] de mon livre[2] où  Il a formulé cinq points à mettre en débat. Cet article répondra au cinquième et dernier point.

Le premier a été traité dans l’article , le deuxième ici , le troisième et le quatrième . Il y a beaucoup commentaires sur les précédents. N’hésitez pas à poursuivre ces échanges par les vôtres sur mon site ou celui de Jacques.

Orientation scolaire vs Orientation professionnelle

Il me semble fort paradoxal, dans un ouvrage consacré à l’orientation scolaire, de surfer sans s’y arrêter sur l’orientation professionnelle. Deux citations en tout et pour tout dans un ouvrage de 262 pages : un paragraphe, page 41, consacré aux temps historiques, un paragraphe consacré, page 160, à la compétence régionale et aux délicates associations de travail entre les différents intervenants en établissement. Or, si depuis sa création en temps qu’orientation professionnelle entre les deux guerres mondiales du 20è siècle, l’orientation, avec la massification scolaire des années 1960, s’est largement scolarisée, quel sens aurait aujourd’hui pour un individu en devenir, pour un adolescent ou une jeune adulte, une orientation scolaire qui se déprendrait totalement de l’orientation professionnelle ou la penserait séquentiellement comme un après la scolarité, voire comme un ailleurs ? Cela supposerait bien entendu que l’orientation tout au long de la vie puisse devenir autre chose qu’un vœu pieux et le Parcours avenir, le mal nommé, un mot creux. Les chemins de l’orientation professionnelle (Latreille, 1984) ne commencent-t-ils pas à l’école et n’ont-ils pas à voir avec les procédures d’orientation ?

Retour aux origines

Je rappelle simplement pour commencer que ce que j’appelle « procédures d’orientation scolaire » désigne une réglementation administrative et non l’ensemble des pratiques d’aide et d’accompagnement exercé par les différents personnels auprès des élèves et des familles.

Et si on remonte aux origines de la procédure, il s’agissait pour le ministère de réglementer le passage en classe supérieure dans les lycées. Est-ce que cela a changé ? La procédure concerne toujours le passage dans la/les classes supérieures. Et comme le rappelle André Caroff, la circulaire en question de 1890 s’est retrouvée reproduire quasiment dans les mêmes termes jusqu’en 1969. Et il ajoutait malicieusement que cette répétition montrait sans doute l’incertitude de son application réelle dans le fonctionnement des établissements qui devaient sans doute jouir d’une très grande autonomie quant à leur pouvoir sur les élèves et les familles en l’absence de réel contrôle extérieur. Lorsque les conseillers d’orientation professionnelle sont intégrés dans le secondaire, c’est par l’intégration totale au ministère de l’éducation nationale du secrétariat à l’enseignement technique (la formation professionnelle) dont ils dépendent. Et beaucoup se demandent bien à quoi ils vont servir. Il faudra attendre grosso modo les nouvelles procédures des années 70 pour être « intégrés » dans le fonctionnement de la procédure. C’est le professeur principal, fonction créé en 1959, qui est chargé de la procédure d’orientation.

Donc à quoi servent-ils ?

Dans cette période de l’entre-deux de l’OSP, pas encore totalement scolaire et toujours un peu professionnelle, à quoi servent les COSP par rapport à la procédure ? Pour l’essentiel, au sein des conseils de classe, le COSP avec ses tests collectifs permet au chef d’établissement et aux enseignants se trouver confortés dans leurs jugements. Lorsque je commence en septembre 78 en région parisienne, cette fonction « inconsciente » est toujours bien réelle. Une appréciation différente de celles des notes était très peu acceptée. Le référent sur lequel s’appuyer pour décider de l’orientation était bien le scolaire et ses notes.

Mais une autre fonction était bien utile. La fonction des conseillers d’OP de connecteur entre le primaire et le professionnel (apprentissage et scolaire) a permis à la procédure de fonctionner. A l’époque l’affectation par l’inspection académique n’était pas encore ni instituée ni opérationnelle. La procédure consistait à faire le tri entre ceux considérés comme « capables » de poursuivre la voie « normale », ceux qui étaient « autorisés à redoubler, et enfin ceux qui étaient rejetés de l’enseignement. Pour ceux-ci, aucune orientation professionnelle particulièrement n’est envisagée, le conseil n’est pas engagé à se prononcer sur cette question. Le Ministère pourtant très tôt a demandé aux chefs d’établissement de se préoccuper de ces élèves, mais ceci en dehors de la procédure. Il s’agit d’une attention « sociale » et non « administrative ». Ce seront donc les Centre d’OSP, les directeurs et les conseillers qui s’occuperont du « placement » de ces élèvent rejetés de l’enseignement « normal ». J’utilise bien le terme de « normal » car il s’agit bien de l’institution d’une norme sociale. Les foires aux dossiers seront organisées pendant très longtemps dans les centres. Et elles perdureront bien après la mise en place de l’affectation et ensuite de l’utilisation de la gestion par l’informatique. Aujourd’hui encore, des commissions physiques de distribution-choix de dossiers sont organisées pour des spécialités rares de formation. Pour ma part, jusqu’au début des années 80 je me rappelle d’une activité de la rentrée : décrocher son téléphone au CIO pour convaincre un chef d’établissement de prendre un élèves non-affecté.

Avec les nouvelles procédures d’orientation

Les nouvelles procédures renversent si on peut dire le sens des procédures. Elles s’ouvrent par la demande, par le choix d’orientation de la famille. L’institution ne fait que « répondre » à ces choix. Mais s’il y a choix, il y a alors nécessité d’informer. Le choix scolaire de la classe suivante doit être justifié par une motivation professionnelle qui, elle-même, doit s’appuyer sur une connaissance concernant cet horizon professionnel, ceci étant entendu dans une évolution profonde de la structuration de la société et du travail. Une bonne partie donc de l’activité des conseillers bascule dans la réponse à la demande d’information. Mais pour ce qui concerne la procédure d’orientation, les trois questions et réponses restent les mêmes. Le choix de la formation professionnelle se fait en dehors de la procédure d’orientation. C’est dans le dossier d’affectation, rempli par la famille, que la/les demandes se formulent (formation et établissement). Et il en est toujours ainsi à ce jour. A ce dossier est adjoint les bulletins scolaires, la décision d’orientation, et une appréciation ou un avis du chef d’établissement.

Donc

Je suis donc bien d’accord avec Jacques pour s’interroger sur cette orientation scolaire qui reste séparée d’un réel travail à propos de l’orientation tout au long de la vie, qu’elle soit professionnelle ou plus largement humaine tout simplement. Si le Parcours avenir et toutes les tentatives d’éducation à l’orientation qui se sont succédées en France, ne sont restés que des vœux pieux, c’est bien entre autre parce qu’elles nécessitaient la suppression des procédures d’orientation dans notre système scolaire.

Bernard Desclaux

[1] Les procédures d’orientation mises en examen par Bernard Desclaux  http://propos.orientes.free.fr/dotclear/index.php?post/2020/07/10/Bouquin-Desclaux

[2] Bernard Desclaux, ORIENTATION SCOLAIRE : LES PROCÉDURES MISES EN EXAMEN. Quel débat dans une société démocratique ? Préface de Claude Lelièvre, Collection : Orientation à tout âge, 2020. https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=65959

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This entry was posted on lundi, août 24th, 2020 at 10:36 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

One Response to “Réponses à Jacques Vauloup, Orientation scolaire vs Orientation professionnelle”

  1. jeanmarie Quairel Says:

    Démonstration convaincante de l’incompatibilité des procédures d’orientation avec une approche « éducative » : L’absence du pouvoir de décision accordé à la personne qui doit choisir sa formation, rend impossible, ou en tous cas « inaudible » toute transmission d’informations à l’intéressé. Il me semble donc qu’une première étape, avant la suppression des procédures, pourrait ètre « le dernier mot à la famille », malgré les limites de cette disposition…ça ne peut pas ètre pire qu’aujourd’hui .

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