La promotion du mentorat par l’Europe

Le jeudi 11 novembre 2021, à Bruxelles, le Parlement européen a adopté un rapport présenté par la Commission de la culture et de l’éducation : sur l’espace européen de l’éducation : une approche globale commune[1]. Le Collectif Mentorat qui fédère depuis 2019 « en son sein l’ensemble des organisations d’intérêt général et à lucrativité limitée agissant en faveur du mentorat »[2] a signalé, sur son site[3], le vote du Parlement européen en insistant : « Par le vote d’un rapport d’initiative sur l’Espace Européen de l’Éducation, c’est la pratique du mentorat et la reconnaissance de ses bénéfices qui sont reconnues par le Parlement Européen. »

J’ai donc attaqué la lecture de ce rapport pour en tirer quelques constats.

Contextes

Un premier constat en creux : ce rapport n’a pas été signalé et commenté dans la presse française, ni générale, ni spécialisée, me semble-t-il à ce jour. Le Ministère en fait une présentation détaillée sur son site[4]. Et le Centre Inffo propose également un article (réservé aux abonnés) de présentation de ce rapport[5].

Plus sérieusement, la tonalité générale s’affirme dès le premier argument formulé dans les Motifs de cette résolution. L’Éducation, et la formation se conçoivent selon le principe de l’offre aux personnes :

« souligne l’importance d’une éducation de qualité, abordable et inclusive, accessible à tous tout au long de la vie, et que l’initiative EEE devrait offrir aux apprenants de l’Union des possibilités plus nombreuses et de meilleure qualité d’étudier, de se former, de poursuivre des recherches et de travailler où qu’ils se trouvent, accroître la mobilité de l’apprentissage, faciliter un dialogue soutenu et significatif avec les acteurs concernés, et cultiver un environnement dans lequel les compétences, les qualifications, les diplômes et les titres sont reconnus et valorisés dans toute l’Europe; » p 7

Les États doivent donc concourir à l’amélioration de l’accessibilité, à l’étendue de l’offre de formation, et à sa qualité.

Le mentorat reconnu

Le mentorat apparaît dans deux paragraphes. Tout d’abord parmi les « Mesures et considérations sectorielles », au paragraphe 36, p. 13, proposées par le Parlement Européen aux États de l’Union européenne :

« encourage les États membres à mettre en œuvre la recommandation du Conseil de 2018 relative aux compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, afin de favoriser l’accomplissement de progrès dans l’ensemble des huit domaines clés, par exemple en offrant aux jeunes apprenants la possibilité d’effectuer au moins un stage pratique en entreprise pendant leurs études, de mieux reconnaître les compétences acquises grâce à un apprentissage non formel et informel, et de rendre plus flexibles les parcours d’apprentissage pour les apprenants de tous âges; plaide pour la mise en place d’un cadre européen en matière de compétences sociales et civiques qui valorise, mette en avant et reconnaisse les bénéfices de pratiques telles que le mentorat et la supervision des activités de jeunesse ; »

Et ensuite dans les SUGGESTIONS, la n° 13 (p 29) plusieurs pistes apparaissent :

« met l’accent sur l’expérience, les connaissances et les compétences acquises grâce à des modes d’apprentissage informels et non formels, par exemple par le volontariat ou l’apport d’une aide ou de soins informels; note que la reconnaissance formelle de ces compétences pourrait contribuer à ouvrir davantage de débouchés sur le marché du travail; insiste sur les avantages à court et long terme du mentorat au sein des systèmes éducatifs, des entreprises et de la société dans son ensemble; encourage les États membres à inciter les associations et les entreprises à utiliser des programmes de mentorat assortis de politiques et de ressources complètes; encourage la Commission à promouvoir le mentorat et à collaborer avec les États membres à la mise en place d’une certification et d’un label pour le mentorat ; »

En France

Comme en écho, deux mouvements se développent en France.

Du côté de la société civile, un mouvement de fédéralisation des diverses associations et organismes pratiquant le mentorat s’organise. Le Collectif Mentorat, devenu association, anime notammment ce mouvement. On peut trouver une liste impressionnante de ces organismes sur une des pages de son site ainsi que son projet[6].

Et du côté de l’État, le Ministère du travail et de l’emploi est le support de l’opération « 1 jeune 1 solution » lancée en 2020. La plateforme « 1 jeune 1 solution »[7] met en relation les entreprises avec des jeunes cherchant un emploi, une formation ou une mission, ainsi que vers le mentorat. Les entreprises sont invitées à s’engager dans ce mouvement, le Collectif Mentorat les accompagneront. L’État créé donc des dispositifs en subventionnant des acteurs de la société civile.

Ces deux mouvements s’étaient déjà organisés et étaient soutenus cette-fois par le Ministère de l’Éducation nationale avec le programme des Cordées de la réussite[8].

Et l’orientation ?

Elle n’apparaît qu’une seule fois dans tout le rapport, dans la suggestion n° 16 (p 29, même page que pour le mentorat).

« invite les États membres à mettre en place des systèmes duaux d’apprentissage et des systèmes de formation professionnelle de qualité, fondés sur des programmes d’études flexibles et une orientation professionnelle solide, et en rapport avec les besoins du marché du travail ; »

La question de l’orientation ne semblerait se poser que dans un « secteur » du système éducatif et de la formation, dans celui de la formation professionnelle au sens large incluant l’apprentissage, la formation scolaire initiale et la formation continue des adultes.

 

De là à en déduire que les États sont invités à se consacrer à développer une orientation strictement professionnelle, d’un côté, et de l’autre à favoriser le mentorat, en garantissant sa qualité, mais tout en délaissant l’accompagnement à l’orientation à divers organismes de la société civile. L’Europe se détournerait de la démarche éducative en orientation préconisée par la résolution du Conseil de l’Union européenne de 2004 ?

 

Bernard Desclaux

 

[1] RAPPORT sur l’espace européen de l’éducation: une approche globale commune (2020/2243(INI)), à lire sur le site ou à télécharger : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/A-9-2021-0291_FR.html

[2] https://www.lementorat.fr/qui-sommes-nous/

[3] Le Parlement Européen reconnaît le rôle essentiel du mentorat pour lutter contre les inégalités et appelle à valoriser les compétences acquises par les mentors https://www.lementorat.fr/2021/11/15/le-parlement-europeen-reconnait-le-role-essentiel-du-mentorat-pour-lutter-contre-les-inegalites-et-appelle-a-valoriser-les-competences-acquises-par-les-mentors/

[4] Communication de la Commission européenne « Achever l’Espace Européen de l’Éducation d’ici 2025 » https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/communication-de-la-commission-europeenne-achever-l-espace-europeen-de-l-education-d-ici-2025-46481

[5] Le mentorat, un sujet européen  https://www.centre-inffo.fr/site-centre-inffo/actualites-centre-inffo/le-quotidien-de-la-formation/articles-2021/le-mentorat-un-sujet-europeen

[6] https://www.lementorat.fr/qui-sommes-nous/

[7] https://www.1jeune1solution.gouv.fr/

[8] https://www.education.gouv.fr/les-cordees-de-la-reussite-permettre-aux-eleves-de-batir-et-de-concretiser-un-projet-d-orientation-306210

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This entry was posted on vendredi, novembre 26th, 2021 at 11:17 and is filed under Orientation. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

2 Responses to “La promotion du mentorat par l’Europe”

  1. jeanmarie Quairel Says:

    En tous cas il est clair qu’une Orientation pilotée par les besoins du marché du travail semble s’imposer dans cette approche …Une orientation forcément dirigiste donc, loin de l’idée suivant laquelle une personne libre de ses choix et de ses décisions, est apte à trouver sa place en harmonie avec l’intérêt général et commun .

  2. bernard-desclaux Says:

    Non, je ne suis pas aussi sûr que toi Jean-Marie. Il n’y a pas d’orientation forcément dirigiste préconisée par l’Europe.

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