Les Lettres, filière d’excellence

Tout a été fait depuis des décennies pour « tuer » les littéraires. Au point qu’un Centre d’études doit, pour être reconnu, s’appeler un laboratoire. Au point qu’un livre – qui est l’aboutissement, le couronnement du travail d’un littéraire – compte moins dans l’évaluation d’un chercheur en lettres et sciences humaines que la publication d’une série de petits articles, comme c’est l’usage dans les disciplines strictement scientifiques où la «découverte » est collective et résulte de l’accumulation des multiples travaux des uns et des autres. Il fallait à tout prix « faire scientifique ». Singer les scientifiques. Le mot même de « chercheur », devenu aujourd’hui le mot générique qualifiant tous les universitaires « enseignants – chercheurs » s’inscrit dans ce mimétisme réducteur. Or on peut être un « savant » sans être un « scientifique ».

Les choses changent, semble t-il. Notre Président de la République a décidé de revaloriser la filière L. C’est formidable. C’est une révolution. Et la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Valérie Pécresse, vient de déclarer  à l’AFP qu’il est « évident qu’il faut revaloriser les filières littéraires. Aujourd’hui nous sommes un des seuls pays du monde, et je le déplore, où les filières littéraires ne sont pas toujours synonymes d’excellence et n’ouvrent pas à tous les métiers ».

Que d’épreuves sont dressées contre les littéraires dès l’enseignement secondaire ! Combien de fois me suis-je élevé, en tant que professeur et en tant que père de famille, face à ce complot contre l’intelligence consistant à mettre dès le plus jeune âge les élèves dans des « tuyaux », et systématiquement, pour les « meilleurs » d’entre eux, dans le « tuyau scientifique ».

Or si l’on veut que les entreprises françaises s’intéressent vraiment aux  littéraires, il faut évidemment  que ceux-ci ne soient pas assimilés d’abord à un rebut. Faire des lettres, ce n’est pas un échec. Et d’un autre côté, l’on aura gagné la bataille, quand faire des lettres et s’intéresser aussi à l’entreprise, ce ne sera pas vu, non plus, comme un échec.

Je concède qu’il y a encore bien du chemin à parcourir ! Mais restons optimistes. Les choses changent. En haut de la pyramide, puisque le Président de la République a donné le signal. Mais regardez ce qui se passe aussi dans un lycée d’une ZEP de Seine et Marne. Un jeune professeur de lettres, Augustin d’Humières, recrute, avec un incroyable succès, des élèves en grec ancien. Il faut lire son livre  Homère et Shakespeare en banlieue (chez Grasset). Car s’il y a eu un complot latent contre les lettres, il y a eu une guerre ouverte contre le grec et le latin ! Et cela laisse forcément des traces. J’ai encore vu tout récemment un ex PDG d’une grande entreprise, à qui je disais que j’étais à la fois associé de PricewaterhouseCoopers et professeur de grec ancien, me regarder comme si j’étais un imposteur ou un mythomane, en tout cas un usurpateur !

Be Sociable, Share!

3 thoughts on “Les Lettres, filière d’excellence”

  1. Bonjour Bernard Deforge,
    Que ça fait du bien de lire ce message !
    Merci et bon vent encore en 2010 !
    Bernard Allaire
    (Nantes)
    carte d’identité (façon de dire):
    ex chargé de cours ressources humaines Univ Créteil et Nanterre (de métier psychologue).
    Pour la malice: fan d’Arsène Lupin et Boileau Narcejac. Voir le site.
    Pour la littérature « poète à 16h… » (Il faudra donc attendre encore un peu: il est 10h43 ce jour 06-01-10, épiphanie…)
    PS: j’ai reçu comme un coup de poing en plein plexus votre « celui qu’il aimait ». Quelle audace, quelle vigueur et quelle poésie ! De cela aussi MERCI.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *