L’événement d’un non-événement
Le Professeur Nian Cai Liu, professeur de chimie a l’Université des Communications de Shanghai (Université Jiao Tong), initiateur en 2003 de l’Academic Ranking of World Universities -communément appelé en France le classement de Shanghai- est, si la légende mondialement répandue qui le concerne est véridique, un chercheur chinois très sympathique : il aurait dès 1999, dans son modeste labo, partagé avec quelques collègues et avec le soutien des dirigeants de l’Université Jiao Tong, la préoccupation légitime et louable de savoir à quel niveau de qualité se situait sa propre université par rapport aux autres universités chinoises, puis -et c’est cette deuxième étape qui nous intéresse- par rapport aux grandes universités étrangères. Pour ce faire, le Professeur Nian Cai Liu et ses collègues ont déterminé un certain nombre de critères, parmi lesquels le nombre d’anciens étudiants et d’enseignants nobélisés ou médaillés Fields, le nombre d’articles publiés dans les revues anglophones “Nature” et “Science”, le nombre de recherches citées, etc.![]()
On mesure évidemment combien ces préoccupations et ces critères, qui sont exclusivement ceux des “sciences dures”, sont éloignés de ce qu’est la vraie recherche dans les disciplines littéraires; et la perspective s’inscrivant en outre dans une mondialisation anglo-saxonne, on mesure aussi combien naturellement pâtiraient de ce classement les universités françaises, allemandes, etc., toutes disciplines confondues, mais singulièrement les disciplines littéraires évidemment.
Ce qui en définitive aurait dû n’être qu’un non-événement agite follement depuis 2003 la planète universitaire, voire la planète politique. Comment expliquer cela? Par la conjonction de deux caractéristiques de notre époque : le règne du quantitatif, du chiffrable et du classable, et la communication universelle bêlante. Chaque année la presse nous abreuve de tels classements, fondés sur des critères discutables ou invérifiables, dans des domaines sensibles tels que la santé, l’enseignement, etc. Je me souviens d’un classement des universités françaises publié voici un certain temps chaque année par un hebdomadaire, dans lequel à chaque fois l’Université des lettres de Strasbourg était placée à un rang médiocre; quand on y regardait de près, on comprenait que ce qui faisait justement la qualité de cette université -à savoir rigueur, exigence et sélectivité- la conduisait précisément en queue de peloton !
Le mal est fait. L’opération de communication lancée par l’Université des Communications Jiao Tong de Shanghai a parfaitement réussi. On comprend dès lors que le gouvernement chinois, dont l’objectif avoué est de conduire d’ici 2020 un certain nombre d’universités chinoises à un très bon classement mondial, suive de très près l’opération du Professeur Nian Cai Liu.
Le classement de Shanghai s’est maintenant imposé avec la complicité de la presse mondiale et de la communauté internationale des “complexés” naïfs. On verra donc bientôt apparaître des universités chinoises dans ce classement, et je mets ma main à couper que l’Université Jiao Tong sera un jour du nombre !
Nous sommes à cent lieues ici de la reconnaissance des efforts accomplis par de grands savants pour le déchiffrement et la publication de papyrus, pour l’interprétation des mœurs et des rites des Ashuars ou, restons en Chine, pour l’étude et la connaissance de l’œuvre de Confucius.
Comptage, chiffrage, science (au sens de “science dure”), et langue anglo-américaine. Le talisman pour exister. Je soupçonne le bon Professeur Nian Cai Liu de savoir tout cela parfaitement.






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Je ne vais pas défendre le classement de shanghai dont les auteurs reconnaissent volontiers qu’il défavorise les universités Françaises ou même Allemande.
On ne va pas épiloguer sur la pertinence de tel ou tel critère, car cela serait un débat sans fin.
Le classement se fait selon des critères clairement établi : à ceux qui le considèrent de savoir ou non si cela correspond à l’idée qu’il se font d’un bon établissement.
On peut râler parceque ce classement n’a pas vraiment de sens, mais on ne trompera personne, on râle parce que on est blessé dans notre orgueil.
Bonjour,
C’est Université Jiaotong (ou Jiao Tong) de Shanghai.
Ce classement ne fait pas le moindre de bruit en Chine. Les jours où il est sortie, et pendant que toute la presse en France en fait de l’écho, je n’ai pas trouvé une trace sur ce classement dans la presse chinoise. Par contre, la presse chinoise parle plus le classement Anglaise (par Times Higher Education rankings). Peu de collègues chinois à qui j’en parle connaissent même l’existence de ce classement fait par L’université Jiaotong de Shanghai. C’est pour vous dire le peu d’intérêt que porte le milieu universitaire chinois sur ce classement.
Une chose positive en France: il incitera, du moins je l’espère, le gouvernement à porter plus d’intérêt sur le développement universitaire en France; les universités françaises se trouvent souvent dans des états déplorables. En comparant avec les autres universités dans le liste, ce classement traduit bien l’état des universités françaises dans lequel elles se trouvent. Le plus inacceptable est de chercher des excuses pour ne pas reconnaître nos propres faiblesses.
Juste une question (à peine provocatrice) : combien d’étudiants de Shangaï ou de Berkeley obtiennent-ils chaque année un CAPES ou une agrégation ?
Simplement pour rappeler que le nombre de thèses soutenues en France dans les disciplines d’enseignement, et notamment d’enseignement littéraire, est nécessairement inférieur à ce qu’il peut être dans nombre d’autres pays, l’accès à l’emploi se faisant dans ces domaines sur la base d’un concours qui de facto dispense de soutenir une thèse.
Ce qui ne vise pas pour autant à légitimer la tendance actuelle qui consiste de plus en plus à définir pour la préparation et la soutenance des thèses de SHS des normes telles qu’elles risquent d’évincer les collègues professeurs du second (ou premier) degré, et de renforcer la tendance à multiplier les travaux de jeunes chercheurs n’ayant pas eu le temps de mûrir et s’inscrivant docilement dans les pas de leurs maîtres.
[...] Le classement de Shangaï : l’événement d’un non-événement ? « Ce qui en définitive aurait dû n’être qu’un non-événement agite follement depuis 2003 la planète universitaire, voire la planète politique. Comment expliquer cela? Par la conjonction de deux caractéristiques de notre époque : le règne du quantitatif, du chiffrable et du classable, et la communication universelle bêlante. Chaque année la presse nous abreuve de tels classements, fondés sur des critères discutables ou invérifiables, dans des domaines sensibles tels que la santé, l’enseignement, etc. Je me souviens d’un classement des universités françaises publié voici un certain temps chaque année par un hebdomadaire, dans lequel à chaque fois l’Université des lettres de Strasbourg était placée à un rang médiocre; quand on y regardait de près, on comprenait que ce qui faisait justement la qualité de cette université -à savoir rigueur, exigence et sélectivité- la conduisait précisément en queue de peloton ! ». [...]