C’est loin d’être simple, même quand, comme Julia, on a ajouté à son hypokhâgne, Sciences Po Lille et ESCP.
Si vous êtes vous aussi dans ce cas, n’hésitez surtout pas à réagir !
Julia, hypokhâgneuse, diplômé de l’IEP de Lille et de l’ESCP :
« Je suis diplômée de Sciences Po Lille, relations internationales et de l’ESCP (médias). Ancienne de classe prépa littéraires, je suis arrivée sur le marché du travail en novembre 2008, quelques semaines après l’éclatement de la bulle financière et la faillite de Lehman Brothers. A cette époque, je rentrais de sept mois de stage de journalisme à Jérusalem. J’étais sûre de moi et de ma capacité à trouver un emploi rapidement, à rebondir, sûre de mon CV. J’ai commencé à envoyer des CV, activement. Un peu partout, sans savoir réellement ce que je voulais faire. Ma seule certitude à ce moment-là, était de ne plus vouloir faire journaliste.
Ont suivi huit longs mois de chômage : questionnements existentiels, inscription à Pôle Emploi, RSA, découragement intense, voir grosse déprime, dévalorisation personnelle, sentiment de désespoir…puis plusieurs projets sont apparus : participation à une simulation diplomatique pour étudiants internationaux, écriture d’un roman parlant des jeunes pendant la crise, voyages à l’étranger (à Berlin pour améliorer mon allemand) puis décision finale de faire un stage. J’ai la chance d’avoir mes parents qui m’hébergent et m’aident financièrement (je ne touche que 400E / mois en stage).
Avec le recul je pense que mes difficultés à trouver un emploi sont dues à :
- la crise,
- le manque de clarté de mon profil/CV : j’ai plusieurs casquettes, on ne sait pas vraiment ce que je veux faire.
Ma nouvelle stratégie : affiner le plus possible mon profil, rencontrer des personnes exerçant différents métiers pour appréhender leurs missions (enquêter pour savoir ce qui me correspond le mieux), continuer à écrire mon roman pour évacuer mes doutes et ma peur de l’avenir (créer), être patiente. »






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Bonjour,
Je ne suis pas du tout dans le cas de Julia et je vois dans son témoignage de quoi décourager toute une génération de littéraires issus de l’université. Tous les ingrédients d’un parcours universitaire d’excellence sont réunis par Julia, et voilà qu’elle ne trouve pas d’emploi ! Imaginez la conséquence sur ceux qui n’ont QUE un diplôme universitaire ! Alors cela me mets en colère parce que je vois moi dans son parcours d’insertion professionnelle, et elle le reconnait elle-même, qu’elle ne sait pas “réellement ce que je voulais faire”. Comment trouver des interlocuteurs ? que leur démontrer sur les compétences, le potentiel qu’elle a si elle ne sait pas pour quoi FAIRE elle approche cette organisation ?
Là est la clé, et elle le dit en fin d’article : affiner son profil, enquêter les professionnels.
Ce que je voudrais dire c’est que notre rôle n’est pas de pointer ce qui va encore ajouter du découragement au découragement. Notre rôle est d’accompagner l’émergence de l’expression des pistes professionnelles qui intéressent, séduisent, motivent le jeune diplômé pour qu’il prenne en main ses démarches et ne s’accroche pas uniquement à d’hypothétiques annonces. Explorer ce qui attire avant de se mettre des obstacles.
Les services d’insertion professionnelle à disposition des étudiants et diplômés travaillent en ce sens depuis de nombreuses années, en cohérence et en partenariat avec l’Apec.
Apprendre à se valoriser en cohérence avec un-des objectifs professionnels, voilà ce qu’il faut à tout jeune diplômé, pour éviter ce gachis d’énergie dont nous avons tant besoin.
Bien que n’ayant pas terminé mes études, je partage largement les inquiétudes de Julia : je suis en M2 Recherche de Science Politique à Lille et en dehors de la thèse (dont le financement reste très aléatoire), je ne peux que me faire du souci quant à mon avenir professionnel. Je commence tout juste ma recherche d’emploi et en dehors des emplois “étatiques”, je ne vois pas quel entreprise aujourd’hui, dans les logiques de recrutement actuelles (même si des initiatives particulières existent comme l’opération Phénix) pourraient s’intéresser à moi!
J’ai la chance d’avoir des parents qui me soutiennent pleinement (dans mes projets d’étude et dans leur financement) et une copine qui elle trouvera sans doute plus rapidement du travail, mais sans cela il y aurait de quoi être désespéré…
Je suis historien de formation et je travaille en entreprise depuis maintenant plus de dix ans.
Mon parcours universitaire est simple : cursus universitaire sans problème jusqu’en maîtrise (obtenue en 1996), deux ans de préparation aux concours d’enseignement au bout desquels j’échoue, passage à l’IAE (cycle CAAE) mais je n’ai pas obtenu mon diplôme en fin de formation.
J’ai galéré pour trouver un emploi. Non seulement le fait d’être littéraire ne fut pas un atout, mais aussi les démarches faites dans le cadre de l’ANPE n’ont pas été d’une grande efficacité… J’ai cependant réussi à m’en sortir mais il n’y a pas de miracles : il faut savoir se remettre en cause (vite), prendre des risques et accepter beaucoup plus de choses que la moyenne… Voilà ce que je tire de mon expérience :
1/ Il faut savoir commencer à des postes sous-qualifiés et mal payé. J’ai postulé à des postes où l’on demandait uniquement un niveau d’études parce que les recruteurs ne prenaient jamais en compte mon passage à l’IAE. J’étais d’abord et avant tout un littéraire qui devait toujours prouver plus que les autres que j’étais capable de remplir une fonction dans l’entreprise, malgré les différents stages et emplois saisonniers occupés pendant mes études…
2/ Il faut parfois passer par la case CDD avant d’obtenir un CDI, car c’est le seul moyen pour acquérir une expérience quelconque et faire la preuve que l’on sait s’adapter au monde de l’entreprise.
3/ Ne pas espérer sur votre niveau d’études (il ne sert à rien) ; à niveau d’études égal, un master d’école aura plus de poids qu’un master universitaire car les recruteurs ne connaissent pas l’université… Devenir cadre rapidement avec un bac+5 universitaire, il ne faut pas trop espérer. Attention au déclassement à moyen terme et au long de la vie professionnelle, beaucoup de diplômés de l’Université n’arriveront jamais à un statut cadre…
4/ Montrer qu’on est capable de remplir ses fonctions aussi bien que les autres… Il faut avoir un mental très fort : être littéraire en entreprise, c’est d’abord avoir un profil « atypique » qui reste suspect dans beaucoup de milieux professionnels. J’ai travaillé pendant 8 ans dans une banque et j’ai toujours dû faire face à l’incompréhension d’une partie de mes collègues et de ma hiérarchie… Mon passage à l’IAE n’a été d’aucune utilité face à mes recruteurs car ils ne voyaient en moi qu’un « ex-futur prof »… J’ai dû commencer au bas de l’échelle en tant que guichetier-vendeur en agence bancaire et mon évolution ultérieure au sein de la banque n’a rien changé quant aux aprioris d’une partie de ma hiérarchie. Il a fallu que je change d’entreprise et intégrer une société où les parcours atypiques n’étaient pas considérés comme une tare. Il y en a mais elles ne sont pas légions. Il faut donc s’orienter vers des secteurs et des métiers où la pratique et l’expérience priment sur la formation. C’est difficile mais c’est possible.
5/ S’autoformer, se poser plus de questions que les autres sur son employabilité, ne pas hésiter au bout de quelques années à faire valoir ses droits au dif, ne pas hésiter à reprendre une formation qualifiante sur son temps libre (sans pour autant en parler à sa hiérarchie)…
6/ Se créer progressivement des réseaux à travers les réseaux sociaux sur la toile. Ce n’est pas la panacée, surtout quand les associations d’anciens étudiants sont inconnues dans les facs de lettres/sciences humaines mais cela reste faisable sur du long terme.
Mon parcours est ce qu’il est. J’ai réussi à m’en sortir mais je garderai cependant un goût d’amertume quand je pense à l’investissement que j’ai pu avoir et les réalités de l’emploi. Qu’il y ait des opérations du type Phénix, c’est une bonne chose mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt (combien d’entreprises partenaires auraient-elles recruté des littéraires sans passer par cette opération ?)… Je regrette néanmoins que les facs de lettres/sciences humaines ne se sentent pas véritablement impliquées dans le devenir professionnel des étudiants autre que des concours d’enseignants. Une fac de lettres/sciences humaines n’est pas seulement une « fabrique à enseignants » mais je ne sais pas si l’Université l’a véritablement compris jusqu’à présent… Il est par ailleurs dommage que des gens comme moi ne soient pas sollicités par les universités d’une manière ou d’une autre pour faire part de nos expériences concrètes du marché de l’emploi car je pense que nous aurions beaucoup à leur apporter…