Une pétition bien maladroite

Sébastien Morlet, Maître de Conférences à l’Université de Paris 4, a lancé sur le site Mesopinions.com (où l’on pétitionne à tout va !) une pétition intitulée « Pour le maintien des Humanités au lycée et à l’université ». Même si cette pétition est maladroite et mélange tout, elle mérite l’attention, car elle est un cri désespéré.

Le cri désespéré d’un enseignant de langues anciennes qui se sent trahi par sa tutelle. Comment admettre en effet que ces disciplines -matrices de notre langue et de notre culture- soient mises par le Ministre de l’Education Nationale sur le même plan que les Arts du Cirque ? Semblablement, on ne peut qu’approuver M.Morlet lorsqu’il écrit que « c’est l’offre de cours qui suscite la demande et non l’inverse (voir l’exemple que j’ai déjà cité d’Augustin d’Humières). Il est juste aussi de dire que les épreuves du concours du CAPES doivent évaluer avant tout « le savoir disciplinaire ».

Mais dans cette démarche si sincère et authentique, pourquoi faut-il que M.Morlet introduise maladroitement des éléments étrangers à sa cause ? Pourquoi y mêler l’affaire de l’Histoire en terminale S ? Le lobby puissant des historiens ne s’est jamais soucié des attaques subies depuis des décennies par les langues anciennes ! Et aussi pourquoi faire preuve d’une telle agressivité à l’égard de l’économie et des entreprises de notre pays, en écrivant : « Nous n’acceptons pas que (les Humanités) puissent être sacrifiées dans la formation ou dans les concours de recrutement (…) pour permettre l’introduction dans le tronc commun de matières nouvelles comme l’économie. L’école doit introduire à la vie de l’esprit, non à la vie des entreprises »? Une telle attitude, sectaire et tristement archaïque, ne peut que contribuer à donner des « Humanités » une image passéïste, et contribuer -hélas !- à leur déclin.

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Article du on Mercredi, décembre 23rd, 2009 at 18:23 dans la rubrique Non classé. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

4 commentaires “Une pétition bien maladroite”

  1. Philippe Cibois dit:

    Défendre le latin au lycée est une bonne chose mais cela ne dispense pas de réfléchir sur son enseignement et de se poser des questions sur ce qui se fait en amont, au collège. En effet environ un quart des élèves du collège prennent l’option latin en 5e : en 3e il en reste les ¾ mais seulement 16% en seconde, 9% en première et 6% en terminale (Panel 95 cf http://enseignement-latin.hypotheses.org/ ). Ce constat appelle comme conséquence que l’option latin sur les trois année de collège devrait former un tout cohérent et non pas être pensée comme une première étape puisque seulement une infime partie poursuit jusqu’au bac. Par ailleurs, si l’offre était plus attrayante (et elle peut l’être), la poursuite de l’option au lycée serait mieux assurée : de nombreux témoignages montrent en effet que les élèves de 5e sont contraints de suivre l’option latin jusqu’à la fin des trois années de collège, ce qui manifeste que ce qu’on leur propose n’est pas très motivant. Il faut donc revoir les finalités de cet enseignement : les associations de professeurs de latin (CNARELA) ont tenté de le faire mais il faut aller plus loin.

  2. Sébastien Morlet dit:

    Le commentaire malhonnête et diffamatoire qui est proposé sur ce blog n’appelle qu’une simple explication de texte. B. Desforges aurait dû citer le passage en entier et en proposer une lecture littérale, au lieu de faire dire à la pétition ce qu’elle ne dit pas :

    Nous n’acceptons pas qu’elles puissent être sacrifiées dans la formation ou dans les concours de recrutement des enseignants pour des prétextes budgétaires et idéologiques, et pour permettre l’introduction dans le tronc commun de matières nouvelles, comme l’économie. L’école doit introduire à la vie de l’esprit, non à la vie de l’entreprise.

    On comprendra facilement qu’il n’y a là nulle attaque contre « les entreprises de ce pays », et encore moins contre l’économie en tant que telle. Ce que nous stigmatisons, c’est la politique qui consiste à imposer l’économie comme matière obligatoire à tous les élèves (un point qui en lui-même mérite pour le moins la réflexion !), au détriment (et c’est le second problème) des Humanités. Ce n’est bien sûr en aucun cas une façon d’attaquer l’enseignement de l’économie. Comment sans mauvais esprit voir autre chose dans ce passage que ce qui y est dit explicitement ? Et qui mélange tout ici ?

    Je ne vois pas ce qui autorise un si mauvais lecteur (ou un si mauvais esprit ?) à accuser les auteurs de ce texte d’être agressifs et sectaires. Ces accusations sont fatigantes et surannées. Il faudra trouver mieux la prochaine fois, quand on prétend être moderne. Il n’y a rien d’archaïque à vouloir défendre un trésor. Ce n’est pas le passé pour le passé qui nous intéresse. Je laisse à ceux qui pensent que l’école doit introduire à la vie de l’entreprise la responsabilité de leur position.

    Puisque B. Desforges se permet de donner une leçon, je me permets à mon tour de le féliciter d’avoir écrit un texte si beau, si fin, et si plein d’idées profondes.

  3. Aminata dit:

    Permettez Monsieur S. Morlet de réagir face à votre commentaire quelque peu désobligeant.
    Si votre pétition n’a pas été trasmise dans son ensemble, il n’en reste pas moins que le message de défense des Humanités, s’il n’est pas le même, reste en tout et pour tout aussi vif.
    Etudiante en master de lettres classiques, je me sens de la même manière concernée par le traîtement des Humanités tout au long de la scolarité. Mais il me semble qu’adopter l’économie comme une matière obligatoire (au moins en seconde générale) ne peut être une mauvaise chose, et même traduirait une sorte d’adaptation à la société dans laquelle nous vivons. Et rien ne nous oblige à adhérer à la modernisation de la société au détriment des Humanités voyez-vous!
    Je ne rentrerai pas dans le détail de mes études, là n’est pas le propos. Mais je peux vous affirmer que l’esprit des lettres classiques peut très bien s’inscrire dans cette modernité, et au contraire nous pouvons le mettre au service de cette société et lui donner un nouveau souffle!
    Et pour parler de réactions agressives et sectaires, Mr. Morlet, je pense que nous pouvons vous retourner le compliment. Nous pourrions juger de vos capacités d’homme de lettres devant votre manque d’observation. Enfin Mr. Morlet, n’écorchez pas le nom de Mr. Deforge pour ensuite lui donner des leçons! Qu’avez-vous fait, vous, mise à part votre pétition pour défendre les lettres classiques? Car si Mr. Cibois propose de trouver des solutions en amont, Mr. Deforge , lui semble se préoccuper de la situation en aval et trouve des solutions (notamment avec son projet Phénix, Merci Mr. Deforge!).

  4. Olivier dit:

    Les lettres et les sciences humaines sont en crise car les enseignants de ces matières dans le secondaire ont cautionné de facto la sélection par les mathématiques et les sciences exactes depuis plus de quarante ans (et cela commence dès les conseils de classe).

    Quant au corps enseignant du supérieur, il a purement et simplement transformé les facultés de lettres et sciences humaines en « boîtes à profs ». A force de ne considérer que l’agrégation et de négliger tout le reste, à force de ne s’intéresser qu’aux débouchés liés à l’enseignement et ce malgré quelques tentatives d’ouverture vers des métiers liés au patrimoine culturel (qui sont des fabriques à chômeurs à bac+5 dans un pays qui a fait de la culture une affaire aux mains du seul secteur public), l’université est en train de tuer d’elle-même l’ouverture à un savoir disciplinaire cohérent au profit d’une préparation académique au seul métier d’enseignant du secondaire.

    En faculté d’histoire aujourd’hui, le latin et le grec ne sont pas enseignés comme des matières obligatoires. Comment veut-on former des étudiants à la critique historique sans connaissance des langues anciennes !!! Certains semblent avoir oublié que l’étude des sources doit se faire avant tout sur les textes originaux et non sur des traductions… L’enseignement du latin est confiné au latin de l’époque romaine mais il n’y a rien concernant l’enseignement du latin médiéval et moderne, ou latin juridique…Ainsi pour J. Berlioz : « Alors que la langue majoritaire de l’Occident médiéval reste le latin jusqu’à une époque tardive, le fait que son enseignement soit optionnel, et parfois inexistant, le fait qu’il demeure fort menacé dans certaines universités, voilà qui présente un danger pour la médiévistique française. » (cf. http://lamop.univ-paris1.fr/W3/lamop9CT.html ) Les sciences auxiliaires sont négligées (paléographie, diplomatique, codicologie…), les langues étrangères aussi…

    Par contre, certaines facultés ne font qu’encourager les enseignements de géographie, science qui n’a plus rien à voir avec les sciences historiques (on n’est plus au temps de Vidal de la Blache…) tout en ne se préoccupant pas du reste cité plus haut.

    Résultat : faire des études d’histoire, c’est devenir professeur dans le secondaire ; aucun crédit ou intérêt pour tout autre fonction, visibilité nulle sur le marché du travail, voire même caricaturale chez les employeurs, indifférence (voire mépris ?) des enseignants pour tout autre forme d’insertion professionnelle …

    Alors oui, il est grand temps que les facultés de lettres et de sciences humaines se recentrent sur la transmission d’un savoir de haut niveau, sans complaisance en matière de sélection (sont-elles faites pour mener 50% d’une classe d’âge à un niveau bac+3 ?…). Il est grand temps qu’elles ouvrent leurs cursus à des enseignements techniques et professionnels et que les enseignants se posent enfin de vraies questions sur la valeur de leur enseignement et des diplômes universitaires face à ceux des « grandes » écoles. L’Université est en concurrence avec les grandes écoles depuis plus de quarante ans ; ces dernières le savent mais pas l’université….Dans un contexte économique où les parcours professionnels sont déjà et seront de plus en plus hétérogènes, il est navrant de voir des mentalités de castes, d’Ancien Régime et de France des notables avoir encore le haut du pavé dans tous les domaines…

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