Vers une échelle des bonnes pratiques

Jeudi dernier 18 février s’est tenu au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche un colloque intitulé : « Sciences humaines : de nouvelles ressources pour l’entreprise ». Il faisait suite au rapport remis récemment à la Ministre par le Conseil pour le développement des Humanités et des Sciences sociales, dont j’ai déjà parlé ici.

On peut dire, sans excès d’optimisme, que les choses avancent dans le bon sens. Ce qui, voici quelques années, paraissait de l’ordre du voeu pieux, devient petit à petit réalité. Les esprits de nos concitoyens peuvent commencer à admettre qu’être littéraire ne cantonne pas à des carrières dans l’enseignement et la recherche. Ce colloque en témoigne : des chefs d’entreprise ont dit pourquoi les « littéraires » ont leur place dans l’entreprise, et des jeunes littéraires, recrutés notamment grâce à l’opération Phénix que j’ai l’honneur de coordonner, ont montré qu’ils se félicitaient aujourd’hui de leur choix.

A titre personnel, je ne peux que me réjouir de voir reconnues la pertinence de l’opération Phénix et l’opiniâtreté des partenaires qui y sont engagés. N’est-ce pas la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche en personne qui a déclaré lors de ce colloque que « l’opération Phénix a joué un rôle pionnier pour mettre en place un recrutement de qualité » et que « la grande force de l’opération Phénix, c’est qu’elle constitue une référence : elle fixe l’étalon des bonnes pratiques de l’insertion professionnelle en sciences humaines et sociales ».

La Ministre souhaite maintenant que ces pratiques se généralisent, et, filant la métaphore de l’oiseau de feu, que « Phénix prenne un nouvel envol ». L’idée est de fixer dans une charte l’ensemble des bonnes pratiques, et que se constitue un « Comité de labellisation ». Prenons-en acte et veillons à ce que ce comité se mette en place rapidement. A titre de contribution aux réflexions qui pourraient faciliter le déploiement national du système Phénix, je renvoie au texte que j’ai mis sur ce blog en octobre dernier :

 » Comment offrir des débouchés dans l’entreprise aux étudiants de lettres et sciences humaines ?

Le schéma bâti pour Phénix est une réponse à cette question : en effet les diplômés de sciences humaines et sociales seront employables s’ils acquièrent à côté de leur cursus « académique » une compétence en matière de connaissance des entreprises et des grandes questions, économiques, financières, stratégiques qui structurent l’ existence de ces entreprises.

Cette compétence peut être acquise à la fois :

- par une évolution des universités dans leur ouverture générale aux entreprises (rencontres, forums, stages,etc.),

-par la mise en place d’une formation spécifique (validée par un diplôme) qui pourrait être suivie soit tout au long du cursus licence-master soit à l’issue du master.

La question à trancher est de savoir qui doit organiser cette formation; diverses pistes sont

possibles :

- les entreprises : ce que fait aujourd’hui expérimentalement le groupe Phénix (et l’expérience est manifestement réussie, et probante),

- les universités elles-mêmes, via les PRES, pour leurs propres étudiants,

- des universités plus spécialisées en économie : voir ce que fait à partir de cette année l’Université Paris-Dauphine, s’inspirant ouvertement de la formation Phénix (Master « Humanities and management », formation de 400h ouverte aux titulaires d’un Master littéraire),

- une institution spécifique au plan national qui pourrait être organisée sous la forme d’un réseau de centres d’apprentissage.

Munis de leur diplôme universitaire académique et d’un diplôme spécifique (Economie et Entreprises), les diplômés littéraires de l’Université pourraient alors être un réel vivier de recrutement pour les entreprises,  qui devront s’engager de leur côté à modifier leurs réflexes et à se tourner naturellement aussi vers ces diplômés, et non plus presque exclusivement vers les diplômés des écoles de commerce. »

On peut imaginer que les bonnes pratiques ne soient pas toutes du niveau de l’exigence de l’opération Phénix, et que le simple intérêt réciproque témoigné entre chefs d’entreprise et étudiants en lettres et sciences humaines lors de forums organisés par les Universités soit un premier degré de bonnes pratiques.

Constituer une échelle de bonnes pratiques me paraît être une piste à creuser. N’oublions pas que ce qui est entrepris ici constitue en France une véritable révolution culturelle. On ne passera pas d’un coup du degré presque zéro à l’excellence !

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Article du on Mercredi, février 24th, 2010 at 14:18 dans la rubrique Insertion professionnelle, Phénix, Universités. Pour suivre les flux RSS de cet article : RSS 2.0 feed. Vous pouvez laisser un commentaire , ou un trackback sur votre propre site.

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