Réponse à Pierre Dubois

Pierre Dubois, ancien professeur de sociologie à Marne la Vallée, n’aime pas l’opération Phénix. Son hostilité ne me surprend pas, car il l’a déjà clairement et à diverses reprises exprimée. Je ne veux nullement ici polémiquer avec lui, mais simplement répondre point par point à ses remarques et accusations.

« Bilan négligeable, pour ne pas dire nul », affirme-t-il en reprenant les chiffres des recrutements que nous publions nous-mêmes sur notre site operationphenix.fr. Nous n’avons jamais prétendu procéder à une opération de masse, mais au contraire nous avons voulu réaliser sur quatre ans une opération expérimentale, visant à démontrer que les étudiants en lettres et sciences humaines sont effectivement employables par les entreprises. A la fin de ces quatre années nous aurons recruté plus de cent diplômés de master (certaines entreprises plus d’une dizaine par an, et PwC 34 sur trois ans), et nous pouvons dès à présent faire un bilan très positif de la réussite des recrutés des deux premières années dans leur poste. Il ne s’agit nullement d’une opération « poudre aux yeux », mais d’une opération « ouvrez les yeux ». Il ne s’agit nullement d’une opération de communication, mais d’une opération de démonstration.

Quel est le budget de fonctionnement ? De communication ? Quel est le coût par étudiant recruté ? Est-ce de l’argent bien utilisé ?

Il n’y a ni budget de fonctionnement, ni budget de communication, puisque Phénix n’est pas une structure, mais la réunion informelle d’entreprises partenaires unies autour de quelques principes exprimés dans une charte. Le seul coût comptabilisé est celui de la formation (environ 7 000 euros par jeune recruté, pris en charge par l’entreprise qui le recrute et en partie par les OPCA de façon variable selon la branche professionnelle à laquelle appartient l’entreprise). Il est clair qu’en termes de temps et d’efforts cette opération est lourde pour les entreprises, mais c’est un choix raisonné qu’elles ont fait, considérant que l’enjeu pour les années à venir le méritait.

Une formation de 350 heures : par qui est-elle assurée ? Qui la finance ? L’argent de la formation professionnelle continue ? Pourquoi cette formation n’est-elle pas intégrée au master lui-même ?

La formation est gérée par un organisme agréé de formation professionnelle « SynopsisPhénix » créé et financé par les entreprises partenaires (voir réponse précédente). Les formateurs sont principalement des enseignants des universités partenaires ; quelques formateurs appartenant aux entreprises partenaires assurent aussi des travaux dirigés. Je n’ai personnellement jamais cessé de dire qu’à terme, ce type de formation devra être  assuré par les universités elles-mêmes.

Une formation en alternance. Sous quel statut : celui du contrat de professionnalisation, largement aidé financièrement par l’Etat. Pas difficile dans ce cas de recruter en CDI

Effectivement, il s’agit de contrats de professionnalisation (voir réponses précédentes). Mais tous les jeunes recrutés en contrat pro ne sont pas recrutés en CDI, loin s’en faut ! Le recrutement en CDI dans le cadre de l’opération Phénix est donc bien un plus.

Un salaire de 31 000 euros bruts annuels… Largement aidé par l’Etat. Le recrutement d’un étudiant Phénix (hors coût de l’opération de prestige) est donc moins coûteux qu’un recrutement ordinaire.

Cette affirmation est sans fondement. Les entreprises partenaires recrutent aussi des jeunes, en dehors de l’opération Phénix, dans le cadre de contrats pro.

Plus gravement, des étudiants Phénix recrutés dénoncent en public l’absence de formation professionnelle reçue au cours de leurs études universitaires. Un président d’université partenaire Phénix m’a dit avoir été profondément choqué par le mépris de certains étudiants à l’égard de l’université qui les a formés.

Je n’ai personnellement entendu aucun jeune recruté dans le cadre de Phénix exprimer une telle opinion. Ils sont au contraire très fiers de leur formation universitaire. Si le Président que vous évoquez est si choqué, personne ne l’oblige à maintenir son université dans le partenariat Phénix, qui est basé sur le volontariat et l’adhésion sincère.

Enfin, l’opération Phénix est réservée aux étudiants de master recherche. Petit problème : la distinction entre master recherche (conduisant en principe au doctorat) et le master professionnel a été abolie par la réglementation. Les 90 000 diplômés de master n’en ont que faire des 30 recrutements annuels de l’opération Phénix !

Oui, c’est vrai. Mais quand l’opération a été  lancée, la distinction existait clairement. Et aujourd’hui existent au sein des masters des parcours « recherche » et des parcours « pro ». L’opération Phénix s’adresse donc aux jeunes étudiants de master 2 inscrits dans ces parcours « recherche », puisque le principe de base de Phénix est d’ouvrir une passerelle vers l’entreprise aux jeunes qui en général n’y ont jamais accès. Quant aux 90 000 diplômés de master qui « n’ont que faire de Phénix », comme je l’indiquais, les partenaires de l’opération n’ont pas vocation à résoudre les problèmes d’emploi de l’ensemble de ces diplômés. Phénix est un laboratoire qui montre que le rapprochement entre universités et entreprises est possible. C’est son objectif.

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One thought on “Réponse à Pierre Dubois”

  1. Certains préfèrent attendre et critiquer, d’autres préfèrent imaginer et tenter…

    Lorsque nous aurons découvert la baguette magique et son mode d’emploi, nous pourrons nous étonner que tout ne tourne pas immédiatement rond mais en attendant ce jour merveilleux, est-ce qu’avancer pas à pas n’est pas la seule stratégie possible ?

    Initier un partenariat, c’est déjà un bon exemple de coopération.
    Avoir opéré ce rapprochement entre entreprises et universités, un beau résultat. Cesser de qualifier les littéraires d’irrémédiables improductifs – et le démontrer en les accompagnant – une preuve d’ouverture d’esprit.

    Ah oui, mais trop peu d’étudiants concernés ! Il faut bien commencer par quelque chose : trop peu, c’est toujours mieux que zéro.

    Donc, bravo !

    Petite suggestion : intégrer dans l’enseignement scientifique plus de philo et de communication, en tant qu’outils de réflexion, participerait peut-être aussi au rapprochement des genres.

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