Réponse à Pierre Dubois

Publie par bdeforge le avril 27th, 2010 dans la categorie Phénix Tags:  •  1 Commentaire

Pierre Dubois, ancien professeur de sociologie à Marne la Vallée, n’aime pas l’opération Phénix. Son hostilité ne me surprend pas, car il l’a déjà clairement et à diverses reprises exprimée. Je ne veux nullement ici polémiquer avec lui, mais simplement répondre point par point à ses remarques et accusations.

“Bilan négligeable, pour ne pas dire nul”, affirme-t-il en reprenant les chiffres des recrutements que nous publions nous-mêmes sur notre site operationphenix.fr. Nous n’avons jamais prétendu procéder à une opération de masse, mais au contraire nous avons voulu réaliser sur quatre ans une opération expérimentale, visant à démontrer que les étudiants en lettres et sciences humaines sont effectivement employables par les entreprises. A la fin de ces quatre années nous aurons recruté plus de cent diplômés de master (certaines entreprises plus d’une dizaine par an, et PwC 34 sur trois ans), et nous pouvons dès à présent faire un bilan très positif de la réussite des recrutés des deux premières années dans leur poste. Il ne s’agit nullement d’une opération “poudre aux yeux”, mais d’une opération “ouvrez les yeux”. Il ne s’agit nullement d’une opération de communication, mais d’une opération de démonstration.

Quel est le budget de fonctionnement ? De communication ? Quel est le coût par étudiant recruté ? Est-ce de l’argent bien utilisé ?

Il n’y a ni budget de fonctionnement, ni budget de communication, puisque Phénix n’est pas une structure, mais la réunion informelle d’entreprises partenaires unies autour de quelques principes exprimés dans une charte. Le seul coût comptabilisé est celui de la formation (environ 7 000 euros par jeune recruté, pris en charge par l’entreprise qui le recrute et en partie par les OPCA de façon variable selon la branche professionnelle à laquelle appartient l’entreprise). Il est clair qu’en termes de temps et d’efforts cette opération est lourde pour les entreprises, mais c’est un choix raisonné qu’elles ont fait, considérant que l’enjeu pour les années à venir le méritait.

Une formation de 350 heures : par qui est-elle assurée ? Qui la finance ? L’argent de la formation professionnelle continue ? Pourquoi cette formation n’est-elle pas intégrée au master lui-même ?

La formation est gérée par un organisme agréé de formation professionnelle “SynopsisPhénix” créé et financé par les entreprises partenaires (voir réponse précédente). Les formateurs sont principalement des enseignants des universités partenaires ; quelques formateurs appartenant aux entreprises partenaires assurent aussi des travaux dirigés. Je n’ai personnellement jamais cessé de dire qu’à terme, ce type de formation devra être  assuré par les universités elles-mêmes.

Une formation en alternance. Sous quel statut : celui du contrat de professionnalisation, largement aidé financièrement par l’Etat. Pas difficile dans ce cas de recruter en CDI

Effectivement, il s’agit de contrats de professionnalisation (voir réponses précédentes). Mais tous les jeunes recrutés en contrat pro ne sont pas recrutés en CDI, loin s’en faut ! Le recrutement en CDI dans le cadre de l’opération Phénix est donc bien un plus.

Un salaire de 31 000 euros bruts annuels… Largement aidé par l’Etat. Le recrutement d’un étudiant Phénix (hors coût de l’opération de prestige) est donc moins coûteux qu’un recrutement ordinaire.

Cette affirmation est sans fondement. Les entreprises partenaires recrutent aussi des jeunes, en dehors de l’opération Phénix, dans le cadre de contrats pro.

Plus gravement, des étudiants Phénix recrutés dénoncent en public l’absence de formation professionnelle reçue au cours de leurs études universitaires. Un président d’université partenaire Phénix m’a dit avoir été profondément choqué par le mépris de certains étudiants à l’égard de l’université qui les a formés.

Je n’ai personnellement entendu aucun jeune recruté dans le cadre de Phénix exprimer une telle opinion. Ils sont au contraire très fiers de leur formation universitaire. Si le Président que vous évoquez est si choqué, personne ne l’oblige à maintenir son université dans le partenariat Phénix, qui est basé sur le volontariat et l’adhésion sincère.

Enfin, l’opération Phénix est réservée aux étudiants de master recherche. Petit problème : la distinction entre master recherche (conduisant en principe au doctorat) et le master professionnel a été abolie par la réglementation. Les 90 000 diplômés de master n’en ont que faire des 30 recrutements annuels de l’opération Phénix !

Oui, c’est vrai. Mais quand l’opération a été  lancée, la distinction existait clairement. Et aujourd’hui existent au sein des masters des parcours “recherche” et des parcours “pro”. L’opération Phénix s’adresse donc aux jeunes étudiants de master 2 inscrits dans ces parcours “recherche”, puisque le principe de base de Phénix est d’ouvrir une passerelle vers l’entreprise aux jeunes qui en général n’y ont jamais accès. Quant aux 90 000 diplômés de master qui « n’ont que faire de Phénix », comme je l’indiquais, les partenaires de l’opération n’ont pas vocation à résoudre les problèmes d’emploi de l’ensemble de ces diplômés. Phénix est un laboratoire qui montre que le rapprochement entre universités et entreprises est possible. C’est son objectif.

Universités vs entreprises se méfier des oppositions faciles

Publie par bdeforge le mars 30th, 2010 dans la categorie Humeur, Universités Tags: , ,  •  Pas de commentaires

Retour sur le colloque du 18 février  “Sciences humaines : de nouvelles ressources pour l’entreprise”.

Un point m’a frappé dans les échanges qui ont eu lieu lors du colloque du 18 février dernier. Un lieu commun a été répété, sans que personne réagisse : le monde de l’entreprise est difficile, brutal, inhumain, tandis que le monde universitaire est idéalisé; monde nourri et vivant des valeurs humanistes, il serait un lieu parfait d’épanouissement humain. Donc les jeunes issus de l’université ont devant les yeux un choix pipé entre un monde cruel (l’entreprise) et un monde bienveillant (l’enseignement et la recherche).

L’un des banquiers participant au débat s’est complu dans cette présentation du monde violent de l’entreprise, tandis que l’attitude benoite qui est d’usage dans l’Université a empêché les Présidents d’université présents d’aller contre cette idée reçue.

Car c’est évidemment une idée reçue, et comme toute idée reçue elle est fausse. Il ne s’agit pas de dire que le monde de l’entreprise est un monde gentil, bien sûr que non. Il faut simplement dire que le monde du travail est dur, y compris à l’Université. Peuvent en témoigner les jeunes chercheurs qui postulent à des fonctions de Maître de conférences convoqués à de multiples auditions dans des conditions bien souvent indignes. Pour reprendre une formule qui a fait mouche jadis, les Universités comme les entreprises publiques n’ont pas le monopole du cœur!

Une bonne nouvelle : le Comité de labellisation des bonnes pratiques en matière de recrutement d’étudiants en lettres et sciences humaines annoncé lors du colloque par la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, est en cours de constitution. Les bonnes idées font leur chemin.

Vers une échelle des bonnes pratiques

Publie par bdeforge le février 24th, 2010 dans la categorie Insertion professionnelle, Phénix, Universités Tags: , , , , , ,  •  Pas de commentaires

Jeudi dernier 18 février s’est tenu au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche un colloque intitulé : “Sciences humaines : de nouvelles ressources pour l’entreprise”. Il faisait suite au rapport remis récemment à la Ministre par le Conseil pour le développement des Humanités et des Sciences sociales, dont j’ai déjà parlé ici. Lire la suite »

Bonne année 2010 !

Publie par bdeforge le janvier 19th, 2010 dans la categorie Phénix Tags: , , , , , , , , ,  •  Pas de commentaires

A la fin de la semaine dernière, deux événements qui ont coïncidé me font grand plaisir, en eux-mêmes mais aussi justement parce qu’ils ont coïncidé.

Tout d’abord la troisième promotion Phénix -la promotion Claude Lévi-Strauss, puisque c’est ainsi qu’elle s’est judicieusement baptisée- a achevé ses 350 heures de formation, et les jeunes promu(e)s rejoignent maintenant définitivement leur entreprise. Bon vent et pleine réussite à eux et à elles! Comme leurs prédécesseurs des deux promotions précédentes (la promotion Léonard De Vinci 2007 et la promotion Benjamin Franklin en 2008), ce sont elles et eux les meilleurs ambassadeurs de Phénix.

Au même moment le Conseil pour le développement des humanités et des sciences sociales, installé au début de l’automne dernier par Valérie Pécresse, a remis son rapport à la Ministre, rapport public et consultable sur le site du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche (www.enseignementsup-recherche.gouv.fr). Ce que j’en retiens à titre personnel - outre l’intérêt spécifique porté aux humanités et aux sciences sociales, à leur valeur formatrice et aux qualités particulières des jeunes formés dans ces disciplines -, c’est que l’opération Phénix, lancée en 2006-2007 par quelques partenaires (entreprises et universités) audacieux et déterminés, est à présent officiellement reconnue, puisque tous ” les acteurs de l’insertion professionnelle” sont aujourd’hui invités à réfléchir à l’extension de dispositifs de type Phénix, projet qualifié de “pionnier”, tandis que le concept de professionnalisation des formations, qui voici quelques années était presque sacro-saint dans les sphères pédagogiques de l’enseignement supérieur, tombe de son piédestal et voit sa pertinence absolue nuancée : la transmission des savoirs et de la recherche fondamentale dans nos disciplines est clairement reconnue comme le cœur de l’Université, tandis que des pistes non cercitives sont ouvertes pour valoriser les compétences des étudiants en lettres et sciences sociales et faciliter leur insertion professionnelle dans tous les secteurs de la société, y compris en entreprise. Voilà de quoi apaiser les enseignants-chercheurs en lettres et sciences humaines que le concept de professionnalisation appliqué aux cursus de leurs disciplines inquiétait à juste titre.

Tout ceci est un bel encouragement pour les partenaires (entreprises et universités) engagés dans Phénix et précisément en ce moment dans la mise en place de la quatrième opération, l’opération Phénix 2010. Façon de nous souhaiter à tous une bonne année.

Une pétition bien maladroite

Publie par bdeforge le décembre 23rd, 2009 dans la categorie Non classé Tags: ,  •  4 Commentaires

Sébastien Morlet, Maître de Conférences à l’Université de Paris 4, a lancé sur le site Mesopinions.com (où l’on pétitionne à tout va !) une pétition intitulée “Pour le maintien des Humanités au lycée et à l’université”. Même si cette pétition est maladroite et mélange tout, elle mérite l’attention, car elle est un cri désespéré. Lire la suite »

Petit billet d’humeur sur la question de l’Histoire en Terminale S

Publie par bdeforge le décembre 14th, 2009 dans la categorie Humeur Tags: , , , , , ,  •  Pas de commentaires

L’affaire de l’Histoire en Terminale S : beaucoup de bruit pour rien ! A partir du moment où il s’agit de rééquilibrer les filières, donc de redorer le blason de la filière L et de cesser de faire de la filière S la filière prétendument royale - sans pour autant y supprimer l’enseignement de l’Histoire, mais en le rendant simplement optionnel, ce qu’ont occulte évidemment les pétionnaires corporatistes - je ne peux qu’approuver cette reforme.

L’Histoire bien sûr est essentielle à la formation des hommes, mais aussi les langues fondatrices de notre culture (latin et grec), mais aussi la musique, l’histoire de l’art, l’histoire des religions, la littérature, la philosophie, etc. Corporations délaissées, levez toutes vos drapeaux ! Exigez que vos disciplines soient toutes en Terminale S des matières principales !

Trouver un premier emploi quand on est littéraire…

Publie par bdeforge le décembre 2nd, 2009 dans la categorie Insertion professionnelle Tags: ,  •  5 Commentaires

C’est loin d’être simple, même quand, comme Julia, on a ajouté à son hypokhâgne,  Sciences Po Lille et ESCP.

Si vous êtes vous aussi dans ce cas, n’hésitez surtout pas à réagir ! Lire la suite »

En lisant Le Monde Education

Publie par bdeforge le novembre 24th, 2009 dans la categorie Universités Tags: , , , , ,  •  Pas de commentaires

En rangeant dossiers et documents de ces dernières semaines, je retrouve et feuillette “Le Monde Education” daté du 11 novembre.

Numéro très intéressant, où j’ai découvert que les Directeurs des Grandes Ecoles appellent l’Etat au secours! Toujours l’Etat, toujours l’Etat! Lire la suite »

A propos du classement de Shanghai 2009

Publie par bdeforge le novembre 12th, 2009 dans la categorie Universités Tags: ,  •  6 Commentaires

L’événement d’un non-événement

Le Professeur Nian Cai Liu, professeur de chimie a l’Université des Communications de Shanghai (Université Jiao Tong), initiateur en 2003 de l’Academic Ranking of World Universities -communément appelé en France le classement de Shanghai- est, si la légende mondialement répandue qui le concerne est véridique, un chercheur chinois très sympathique : il aurait dès 1999, dans son modeste labo, partagé avec quelques collègues et avec le soutien des dirigeants de l’Université Jiao Tong, la préoccupation légitime et louable de savoir à quel niveau de qualité se situait sa propre université par rapport aux autres universités chinoises, puis -et c’est cette deuxième étape qui nous intéresse- par rapport aux grandes universités étrangères. Pour ce faire, le Professeur Nian Cai Liu et ses collègues ont déterminé un certain nombre de critères, parmi lesquels le nombre d’anciens étudiants et d’enseignants nobélisés ou médaillés Fields, le nombre d’articles publiés dans les revues anglophones “Nature” et “Science”, le nombre de recherches citées, etc. Lire la suite »

Les Lettres, filière d’excellence

Publie par bdeforge le octobre 21st, 2009 dans la categorie Les Lettres Tags: ,  •  3 Commentaires

Tout a été fait depuis des décennies pour « tuer » les littéraires. Au point qu’un Centre d’études doit, pour être reconnu, s’appeler un laboratoire. Au point qu’un livre - qui est l’aboutissement, le couronnement du travail d’un littéraire - compte moins dans l’évaluation d’un chercheur en lettres et sciences humaines que la publication d’une série de petits articles, comme c’est l’usage dans les disciplines strictement scientifiques où la «découverte » est collective et résulte de l’accumulation des multiples travaux des uns et des autres. Il fallait à tout prix « faire scientifique ». Singer les scientifiques. Le mot même de « chercheur », devenu aujourd’hui le mot générique qualifiant tous les universitaires « enseignants - chercheurs » s’inscrit dans ce mimétisme réducteur. Or on peut être un « savant » sans être un « scientifique ».

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