Quand la communication de crise des établissements de l’enseignement supérieur s’internationalise

Sur un marché très concurrentiel au plan international, l’image d’une université ou d’une école est un enjeu majeur. Les plus grandes y veillent jalousement. L’exercice devient de plus en plus difficile, et les dangers et crises peuvent arriver par les voies les plus improbables ou étonnantes, dépassant le cadre pur de l’université. En voici un exemple avec Yale, ou comment faire face à la crise et comment s’en sortir.

Il y a un siècle, Hiram Bingham, un explorateur américain soutenu par l’Université de Yale, a découvert les ruines de la citadelle légendaire inca de Machu Picchu, jusqu’ici connue seulement par les  agriculteurs locaux. Il fouilla le site et sauvegarda quelques 46.000 pièces, allant de la céramique à la métallurgie aux ossements humains, qu’il a réexpédiés à Yale pour  des analyses et exposition. Leurs exportations furent autorisées par le président du Pérou de l’époque, mais auraient dû rester temporaires. Au lieu de cela, les expositions sont restées à Yale depuis cette époque.

Alan García, président du Pérou depuis 2006, a poursuivi une campagne lancée par son prédécesseur, Alejandro Toledo, afin de convaincre l’université de rendre les objets. Avec un objectif de les ramener pour le centenaire de juillet prochain célébrant la première expédition de Bingham. Mr García a récemment dirigé une marche de protestation à Lima, capitale du Pérou, et a publié une lettre qu’il a adressée à Barack Obama pour lui demander d’intercéder dans cette situation. Les Péruviens ont organisé des manifestations, ont appelés au boycott de Yale et organisé des campagnes d’affichages sauvages pour appeler au retour des biens. L’ampleur des cette campagne anti Yale s’est ressentie au-delà des frontières du Pérou. De nombreux médias internationaux s’en  sont fait l’écho  dans le monde.

Yale

(Source photo: The Economist)

Aussi devant la pression, Yale a envoyé Ernesto Zedillo, ancien président du Mexique qui dirige un centre de recherche à l’université, au Pérou pour rencontrer Mr García. Mr Zedillo  a promis que l’université rendrait la collection en plusieurs étapes au cours des deux prochaines années. Mr García a immédiatement rendu publique cette offre verbale, tout en donnant crédit à Yale pour la préservation de la collecte et l’empêchant d’être dispersée entre des mains privées.

En vertu de l’accord, 370 des plus beaux  objets seront retournés à temps pour être exposés lors du centenaire. La nouvelle demeure de la collection sera située  à l’université principale de Cusco, l’ancienne capitale Inca. La stratégie est que Yale collaborera à la création d’un centre de recherche à Cusco pour le reste des objets auxquels ses chercheurs auront accès.

La plupart des dizaines de milliers d’objets n’ont d’intérêt que pour les chercheurs spécialisés. Mais le reste va ajouter une nouvelle attraction dans un pays où le tourisme se développe rapidement, avec le Machu Picchu comme destination principale.

L’accord peut aussi envoyer un message aux collectionneurs moins honorables du reste du monde, qui continuent d’acheter des objets illégalement exportés qui font partie de la richesse du Pérou et de son patrimoine culturel.

Retrouvez moi sur Twitter @b_fournier et visitez le site de mon agence Noir sur Blanc

Tags:

One Response to “Quand la communication de crise des établissements de l’enseignement supérieur s’internationalise”

  1. Dubois Says:

    J’aime bien cette histoire !

Leave a Reply