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Qu’est-ce que le savoir universitaire ?

Ce blog, créé sur l’amicale suggestion de L’Étudiant, est pour moi un prolongement direct du mouvement des universitaires pour défendre leur statut et contre la dégradation de la formation des professeurs, résultat inévitable et programmé la « masterisation », de l’avis beaucoup d’entre nous. Je le rédige en mon seul nom, mais je me reconnais dans quelques affiliations : je suis membre de l’association Qualité de la science française (qsf), j’ai participé aux actions du Collectif pour la défense de l’université (dont le site est en cours de création), au lancement de la pétition « Refonder l’université » et, enfin, au « Cercle des professeurs disparus » imaginé par mon collègue Alain Caillé, professeur à Paris La Défense (on ne dit plus « Nanterre »).

C’est cette « casquette » que j’aimerais plus particulièrement revêtir pour inaugurer ces réflexions : dans mes premiers billets, je commencerai par ne pas parler de l’état des réformes et du mouvement, de l’analyse du système d’enseignement supérieur et de son évolution (l’actualité nous rattrapera bien assez tôt!). J’aborderai la question politique des fins de l’université par le détour d’une réflexion plus générale, mais aussi plus fondamentale, celle de la culture universitaire : qu’est-ce que le savoir universitaire ? Quelles valeurs le guident ? Comment se rapportent-elles à la culture tout court ? Par exemple, que veut dire exactement le mot « excellence », qui bourgeonne aujourd’hui dans nos institutions ? Que reste-t-il des valeurs de transmission et de mise en valeur du patrimoine scientifique, du désintéressement, de l’encyclopédisme, à l’heure de l’hyperspécialisation et de la professionnalisation ? La notion de discipline est-elle encore opératoire, compte tenu de la balkanisation des savoirs ? Et si elle est caduque, que perdons nous avec elle ?

J’espère vous convaincre que cette question philosophique est une clé pour comprendre la politique universitaire.

Une vue globale

Les transformations de l’université et de la production des savoirs exigent de repenser la culture universitaire, de la même façon que le noyau des difficultés et des incertitudes qui affectent l’école réside ultimement dans une crise de la culture scolaire. Ce sera le second fil conducteur de ce blog : au XXème siècle, l’université et l’école ont été des univers séparés et à certains égards rivaux. Une toute autre réalité, une toute autre logique se sont imposées dans les dernières décennies du siècle. Les frontières se brouillent. L’université s’est massifiée à la suite de l’enseignement secondaire. Ce dernier est désormais inachevé pour la plupart des élèves et voué à se prolonger à l’université. Le schéma a deux étages d’une éducation élémentaire solide fournissant le socle d’approfondissements scientifiques ou professionnels est caduc ; pas seulement parce que le niveau « baisse » ou plutôt change, mais aussi parce que la distinction entre savoir scolaire et savoir universitaire est devenu trop obscure pour orienter les institutions. Même les styles pédagogiques, autrefois très typés, du secondaire et du supérieur échangent aujourd’hui leurs traits : développement des projets et pénétration de « l’innovation » au lycée d’un côté, accroissement des besoins d’encadrement et de travail « scolaire » chez les étudiants (au passage, c’est la clé du succès phénoménal des prépas, et on aurait bien tort de le brocarder, car c’est, en gros, et contrairement à un préjugé fréquent, y compris chez mes collègues, une formation démocratique et de qualité). En résumé, secondaire et supérieur, même combat. C’est pourquoi je cèderai régulièrement la plume à un professeur de lycée, afin que son expérience et son point de vue contribuent à une vue globale de la question de l’éducation.

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