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Claude Thélot

Lycée: une réforme modeste, qui va dans la bonne direction, à évaluer sur le terrain

J’ai indiqué dans un précédent billet que la réforme du lycée devait, à mes yeux, être limitée et, dans ce cadre limité, se juger principalement à partir de trois critères : l’aide fournie au lycéen pour forger un projet d’éducation et le réaliser ; l’attention à la maîtrise des connaissance et compétences (et pas seulement à leur transmission), en particulier pour favoriser son entrée et sa réussite dans le supérieur ; une offre éducative plus « colorée » (qu’il choisira mieux grâce au premier critère) et dans laquelle, puisqu’elle répondra davantage à ses goûts et capacités, il devrait réussir mieux, non seulement grâce au deuxième critère, mais aussi parce qu’il s’y sentira mieux et travaillera davantage.

Dans l’ensemble les intentions affichées, qui sont à juste titre modestes, respectent assez bien ces trois critères, de sorte que la réforme, sur le papier, me semble aller dans le bon sens. En matière éducative, tout est dans l’exécution ; aussi le jugement final à porter sur cette réforme doit dépendre de ce qui se passera réellement dans les lycées au cours des trois ou quatre ans qui viennent. Mais l’accent mis sur l’orientation, l’explicitation, dans l’emploi du temps du lycéen, d’heures d’accompagnement (pour préciser son projet, pour l’aider à maîtriser telle ou telle chose, pour approfondir telle autre), la possibilité pour les lycéens volontaires (il faudrait aider le volontariat en certains cas) de bénéficier d’un tuteur, le maintien des TPE en première (mais j’aurais souhaité le rétablissement de TPE optionnels en terminale), sont de très bonnes mesures, et il est à souhaiter que dans tous les lycées elles se concrétisent au service des lycéens.

La « coloration » plus nette des séries du lycée ne s’exprime pas avec toute l’ampleur que j’aurais souhaitée. Mais elle me semble du moins apparaître en terminale. Que la filière scientifique soit plus scientifique et moins générale est une condition capitale du rééquilibrage des séries, et notamment de l’émergence d’excellences littéraire, économico-sociale, technologique industrielle de gestion, etc. Si l’on peut « tout » faire en filière scientifique, il n’y a plus de filière scientifique il n’y a qu’une filière de bons élèves et la diversification des excellences n’est qu’un mot creux. C’est dans ce contexte qu’il faut situer le fait que dans le projet l’histoire-géographie est une option en terminale scientifique. Je suis d’accord avec ce choix (et on aurait pu aller au-delà, par exemple, rendre la seconde langue optionnelle pour ne conserver qu’une langue vivante obligatoire pour les scientifiques, gage à la fois d’un allègement de leur emploi du temps, et d’une maîtrise accrue). La pétition du week end dernier qui conteste ce choix avance le lien entre citoyenneté et histoire. Lien indubitable, au moins en théorie (il faudrait ici voir la réalité des classes et de l’enseignement et évaluer si ce lien supposé a des effets), mais qui vaut pour tous les futurs citoyens et qui doit donc prendre surtout son plein effet lors de la scolarité obligatoire. Dans le projet actuel, la présence de l’histoire-géographie déborde de beaucoup l’enseignement obligatoire, puisqu’elle est présente en seconde et dans le tronc commun de première (le ministre a même indiqué que c’est au cours de ces deux années de lycée qu’on ferait ce qu’on fait lors des trois ans aujourd’hui, ce qui devra être évalué). Il n’y a pas de raison forte que l’histoire-géographie soit longtemps enseignée dans toutes les filières (et d’ailleurs pourquoi ne le demanderait-on pas alors dans les différentes filières du supérieur ?), et je crois donc nettement préférable de donner la priorité à l’émergence d’excellences diversifiées, donc à la coloration des filières, la scientifique et les autres, sur leur thème dominant. D’ailleurs le cas de l’histoire-géographie n’est nullement le seul à illustrer cette nécessaire coloration. Il faut sans doute aussi y associer, même si on en parle moins, la suppression, en terminale ES, de la possibilité de suivre en option et en plus des cours obligatoires une des deux langues vivantes. Tout cela a pour contrepartie, en quelque sorte, une revalorisation de la série littéraire, dont il faut saluer l’effort de coloration justement dans ce qui me paraît le plus prometteur et susceptible d’attirer des élèves et les rendre excellents, plus que les autres, le domaine des langues étrangères : un enseignement de littérature étrangère en langue étrangère (j’aurais préféré de « littérature et civilisation » étrangère), un approfondissement de la première ou de la seconde langue, peuvent pour beaucoup de lycéens aboutir à 7 heures et demie de cours par semaine sur une langue en première, et 6 heures et demie en terminale. L’option peut d’ailleurs, pour d’autres, consister non pas en un approfondissement d’une langue, mais en l’apprentissage d’une troisième, autre façon de se distinguer.

Choisir, c’est aussi éliminer, et c’est grâce à ce choix, qui en même temps privilégie et écarte, que le lycéen sera plus à l’aise, compte tenu de ses goûts et de ses compétences, et donc travaillera davantage et réussira mieux.

 

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