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Claude Lelièvre

L’apprentissage de nouveau à l’ordre du jour

Le 24 mars 2009, le chef de l’Etat a annoncé vouloir doubler les effectifs des formations en alternance. Et, à la mi-décembre, Nicolas Sarkozy a précisé que 500 millions d’euros du grand emprunt seront consacrés à l’apprentissage. Ce n’est pas le première fois, loin s’en faut, que des chefs de l’exécutif annoncent leur ambition de doubler le nombre des apprentis en France. Il y a une vingtaine d’années, fin décembre 1991, Edith Cresson, Premier ministre d’un gouvernement socialiste, tente même de radicaliser le principe de l’alternance : “ La mixité du temps passé dans l’établissement de formation et dans l’entreprise doit devenir la règle, et ceci pour toutes les formations, qu’elles soient professionnelles, techniques ou générales ”. Concrètement, le document préparatoire gouvernemental écrit en février 1992 prévoit que, dans les cinq ans à venir, le nombre d’apprentis soit plus que doublé ( et passe de 230000 à 500000 ). Mais la droite gagne les législatives. Et Edouard Balladur, devenu Premier ministre, fait voter dès octobre 1993 “ une loi quinquennale sur l’emploi ” qui prévoit des dispositifs pour un fort développement de l’apprentissage.

 

Si l’on en juge par les statistiques, cette loi a eu indéniablement des effets sensibles. Le nombre des apprentis, qui était de 220000 en 1993, un nombre à peu près constant depuis le début des années 1980, passe à 360000 en cinq ans. Certes, leur nombre n’a pas été doublé, mais il y a eu une progression appréciable, de l’ordre des deux tiers.

Il faut cependant bien voir que la progression a été très différenciée selon les niveaux de qualification. Le niveau le plus faible, le niveau V, qui correspond au CAP et au BEP, celui que l’on a généralement en tête lorsque l’on parle d’apprentissage, n’a guère progressé en effectifs. Ce sont les autres niveaux de qualification qui ont pratiqué nettement plus la voie de l’apprentissage, ou, pour être plus clair, la voie de l’alternance. En effet, le taux de progression en effectif a été d’autant plus grand que les qualifications visées étaient plus élevées.

 

A quoi peut-on raisonnablement s’attendre, à la suite de la relance de l’apprentissage prévue ? Depuis cinq ans, c’est la stagnation. S’il y a relance, ce qui est le plus probable, ce sera l’amplification de ce que l’on a constaté de 1993 jusqu’à 2005, très bien résumé dans l’édition 2007 de “ L’état de l’Ecole ” : “ Les effectifs d’apprentis n’ont vraiment décollé qu’après 1993, avec la diffusion de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Le nombre d’apprentis a baissé très légèrement au niveau V ( CAP ) ; il a doublé au niveau IV ( BP et bacs professionnels ) ; il a triplé au niveau III ( BTS ) ; et il a été multiplié par cinq au niveau II ( grâce notamment à l’ouverture des licences professionnelles) ”. En définitive, le pronostic peut être a priori très favorable pour l’apprentissage à un niveau de qualification élevée ( un apprentissage que l’on peut sans doute appeler, pour être plus clair, l’alternance ). Il en va tout autrement pour ce que l’on appelle plus communément les apprentis , l’apprentissage proprement dit, au niveau V , qui, lui, stagne obstinément voire régresse légèrement depuis trente ans. Mais, dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas vraiment des mêmes enjeux sociaux et économiques. Il serait sage, pour être à la hauteur de la situation et des enjeux, de ne pas les confondre.

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