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Jean-François Fiorina

Quotas de boursiers ? Vrai débat, faux procès

L‘année 2009 s’est terminée sur fond de polémiques et de débats en tous genres : taxe carbone/taxe professionnelle, identité nationale, grippe aviaire… 2010 démarre en fanfare sur la question du blocage de l’ascenseur social et de l’éventuelle imposition de quotas de boursiers dans l’enseignement supérieur[1].

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur, estime qu’un quota de 30% serait souhaitable, un chiffre qui n’a pas fait du tout écho au sein de la Conférence des grandes écoles… Il s’agit là pourtant d’une vraie question mais également d’un faux procès intenté aux Grandes Ecoles de la République qui ne sont pas les plus frileuses en matière d’ouverture à toutes les formes de diversité. Le problème est plus global.

Le constat est sans appel. Notre pays a un problème en matière d’égalité des chances. La part relative des boursiers a diminué dans les filières sélectives depuis les années 1980. Et en venir aux quotas,  face à l’urgence, ne peut être qu’une solution temporaire, un cataplasme sur une jambe de bois. Sur le long terme, c’est bien la question de la qualité de notre système éducatif qui se pose. Une baisse généralisée des niveaux impactera forcément la qualité des diplômes et les meilleurs éléments partiront, dès lors, à l’étranger. Que faire ?

Ne pas toucher à la sélection qui reste un élément essentiel mais qui ne suffit plus. Les concours d’aujourd’hui doivent tenir compte des changements sociaux, culturels et économiques intervenus dans la société depuis deux décennies. Je défends l’optique de concours adaptés. Les valeurs qu’ils véhiculent, effort, mérite, égalité, constituent l’ADN de notre modèle. Les grandes écoles de management ont montré la voie avec le concours Passerelle, une alternative à la filière classique des prépas, sans remettre en cause le principe de la sélection. Réduire ces efforts à de vaines polémiques électoralistes me semble dangereux. D’autant que la Nation produit un réel effort financier via les plans campus ou le grand emprunt en direction de son enseignement supérieur. Il faut un débat national sur ces questions pour refonder le pacte républicain. C’est une urgence.

Augmenter les exigences de niveau des étudiants et les conditions d’accès à l’Université. Cette réforme doit tenir compte du besoin des entreprises, de la situation économique et sociale du moment, de la révolution numérique. Elle doit permettre à chacun d’être identifié et sélectionné selon ses capacités et ses souhaits. Objectif : construire un système de qualité qui n’exclut plus.

C’est également par une ingénierie pédagogique de pointe et individualisée que passe la solution. Si « Clémentine» peut citer Aristote dans le texte, elle doit aussi passer de la théorie à la pratique. Quant à « Pierrick », issu d’une filière technique, ce sera plutôt une aide à la conceptualisation dont il aura besoin. Et « Marek » d’une aide globale incluant culture générale et langues étrangères pour qu’il puisse conserver sa motivation. Comment imaginer leur avenir au vu des bouleversements intervenus ces vingt dernières années ? L’objectif est de les préparer au monde de demain que nous ne maîtrisons pas, même si quelques fondamentaux s’imposeront : une vie active allongée, des changements de parcours à bien négocier, un monde globalisé et numérisé, une retraite tardive… Autre réforme à engager parallèlement, celle de la Recherche sur laquelle il faut s’appuyer pour découvrir et tester de nouveaux modèles d’organisation et de pédagogie, offrir aux entreprises un réel support pour leur stratégie.

Prise de conscience. Quand je parle de réforme de l’enseignement supérieur pour une meilleure égalité des chances, j’entends d’abord une prise de conscience globale, des grandes écoles aux universités, en passant par les IUT et les IEP. Et de la nécessité de travailler étroitement avec l’Education nationale. Comment imaginer, par exemple, une réforme de l’accès à l’enseignement supérieur sans réformer très profondément l’orientation scolaire dès le lycée comme  déjà abordé dans un article précédent ? Comment ne pas oublier des populations peu médiatisées comme ce fils d’agriculteur du Nivernais qui, lui ne bénéficiera d’aucun quota ou cet étudiant non boursier dont les parents subissent de plein fouet un ou plusieurs licenciements ? Parcelliser à outrance les populations n’a plus de sens.

Et les financements ? Là encore, les plus grandes disparités cohabitent entre les grandes écoles publiques ou privées et les universités. Un Etat qui dépense en moyenne 10 K€ pour un étudiant ne devrait-il pas donner un chèque à chacun, un « voucher » à utiliser pour le cursus qu’il souhaite comme le propose Thierry Grange, directeur de Grenoble Ecole de Management ? L’égalité des chances passe aussi par l’égalité économique. Une manière de responsabiliser chacun devant ses choix.

On le voit bien un grand débat sur la place de l’enseignement supérieur, son rôle et ses modes de financement, aurait été bien plus productif et si utile pour la Nation qu’une polémique de plus. En cette année de coupe du monde de football, peut-on considérer que la réussite d’une équipe passe par un système de quotas ?


[1] Pourcentage moyen d’élèves boursiers dans l’Enseignement supérieur : 20,7 % pour les ESC (par contre HEC et Essec à 12,3 %). 22,9 %  en école d’ingénieurs (par contre l’École Centrale Paris à 13,67 %, Polytechnique à 11,03 % ou les Mines Paris à 9,47 %). Source : ministère de l’Enseignement supérieur/AFP.

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