Dans un précédent billet, je me réjouissais de la publication, bien qu’elle fût tardive, de la livraison annuelle de L’Etat de l’Ecole. Depuis, je l’ai lue. Et j’ai découvert, stupéfait, qu’à part une indication sur le coût, issue du compte de l’éducation, elle ne couvrait plus le supérieur (ni d’ailleurs la formation continue) ! Ainsi cette publication est-elle tronquée par rapport à ce qu’elle était depuis 18 ans. C’est d’autant plus grave que L’Etat de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, nouvelle publication née l’an dernier, et qui détaille un certain nombre d’indicateurs du supérieur et de la recherche, elle, n’est toujours pas publiée, alors qu’elle devrait l’être depuis au moins 3 ou 4 mois. Décidément on a du mal à comprendre dans la sphère éducative (au sens large : y compris le supérieur…) la nécessité de diffuser à temps des éléments de connaissance et d’évaluation du système éducatif (expression qui a toujours été comprise comme recouvrant le supérieur, et il serait nécessaire qu’il en soit toujours ainsi).

A vrai dire, au-delà de cette question déjà désagréable des délais de diffusion, ce découpage en deux publications reflète les structures gouvernementales et le désaccord des deux ministres madame Pécresse et monsieur Darcos, et de leurs cabinets respectifs. Car on a aussi tronqué la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), en lui ôtant les études et l’information sur le supérieur pour confier ce champ à une sous-direction créée dans le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est une erreur, pour deux raisons. D’abord, on sait qu’une des grandes difficultés de notre système éducatif tient à la transition entre le secondaire et le supérieur, de sorte qu’il faut développer des connaissances et analyses sur cette transition, ce que le découpage en deux unités ne peut qu’entraver. Ensuite, le système d’information lui-même repose sur des outils (concepts, nomenclatures, fichiers, etc.) communs aux trois niveaux, primaire, secondaire et supérieur ; découper la structure qui en est responsable ne peut que réduire les économies d’échelle et accroître les risques de divergence.

Les deux ministères auraient dû s’entendre pour conserver une seule direction de l’information et de l’évaluation, pour qu’elle dépende d’un des deux et soit mise à la disposition de l’autre. C’est la solution qui avait été retenue sagement il y a dix ans (entre 1993 et 1995) lorsque, comme aujourd’hui, il y avait deux ministères. Il serait très souhaitable que l’on revienne sur ce découpage et que l’unité de la DEPP, à disposition des deux ministères, soit reconstituée. Les désaccords ridicules entre cabinets (l’un d’entre eux n’est plus aujourd’hui, ce qui est une circonstance favorable pour revenir au statu quo ante) n’auraient jamais dû avoir ce genre d’effet.

Comme je pense qu’il faut procéder à une certaine réorganisation de l’administration centrale du ministère de l’éducation, cette reconstitution de la DEPP devrait prendre place dans ce mouvement plus général. Je reviendrai dans le prochain billet sur les principaux axes que cette réorganisation devrait revêtir. En attendant, et pour renouer avec le début de ce billet, il faut absolument que L’Etat de l’Enseignement supérieur et de la Recherche soit diffusé. Il n’a que trop tardé.

Share and Enjoy:
  • Digg
  • Sphinn
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Mixx
  • Google

One comment for “Reconstituer l’unité du système d’information et d’évaluation”

1

Chronique signalée et commentée dans la revue de blogs n°11
http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/01/24/revue-de-blogs-n%c2%b011/
Cordialement

janvier 24th, 2010 at 20:29

Laeave a Reply