Catégories
Pierre Dubois

Dauphine et les droits d’inscription

Après la polémique sur les quotas de boursiers dans les CPGE et les grandes écoles, en voici une autre : le montant des droits d’inscription : lire le dossier fort complet d’EducPros. La question de fond est : quelle doit être la contribution des familles au financement des études supérieures de leurs enfants, sachant que la dépense pour l’éducation est supérieure à 10.000 euros par an pour un étudiant inscrit en master universitaire et que les droits d’inscription en master sont actuellement fixés par l’Etat à 232 euros par an ?

L’éducation est un investissement collectif indispensable pour le pays et, à ce titre, elle doit être financée majoritairement par la dépense publique. Mais l’éducation est aussi un investissement individuel, “rentable” sur le marché du travail et il est donc logique que les individus bénéficiaires y contribuent, et significativement plus qu’aujourd’hui.

C’est pour cela que, depuis de nombreuses années, j’écris que je suis en faveur de l’augmentation modulée des droits d’inscription parce que c’est une mesure juste et qui permet la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Lire ma chronique : “Droits d’inscription“.

Valérie Pécresse n’excelle pas seulement dans la communication d’effets d’annonce. Elle verse de plus en plus dans la démagogie politique, les élections régionales approchant  : augmentation du nombre de boursiers à “taux zéro” ; contrôle pointilleux des droits spécifiques votés par certaines universités et attaqués par l’UNEF ; poursuite de l’hostilité à l’augmentation des droits d’inscription dans certains des masters de Dauphine, droits pourtant votés à deux reprises, en 2008 et en 2010, par le conseil d’administration de l’université ; obtention en urgence, l’an dernier, d’un jugement du Conseil condamnant Dauphine (chronique et photos sur Dauphine : cliquer ici).

A vrai dire, Valérie Pécresse n’a pas osé, dans sa loi LRU, donner l’autonomie aux universités sur deux points : la possibilité de sélectionner les étudiants à l’entrée et celle de fixer les droits d’inscription. L’autonomie des universités est morte sur les fonds baptismaux de la LRU. Il fallait oser pour donner aux universités la possiblité de lutter à armes égales avec les Grandes écoles privées, dans la compétition entre les meilleurs.

Dauphine est dans les meilleurs dans son champ et il faut lui laisser les coudées franches. Et ce d’autant plus que les droits d’inscription votés en CA prennent en compte les inégalités sociales de revenus. Il faut lire et relire la décision du CA, reprise dans le communiqué de presse du 2 février 2010 : cliquer iciLa décision ne s’applique qu’à certains des masters de l’université, dénommés ”diplômes de l’établissement”. Les droits d’inscription sont modulés selon les revenus des familles : exonération pour les boursiers et droits d’inscription de 4.000 euros en Master 2 pour les familles qui ont un revenu fiscal déclaré supérieur à 80.000 euros par an. Il faut rappeler que ces familles ont 1/2 part fiscale pour leurs enfants à charge ; quelle économie d’impôt pour ces familles ? Il ne faut pas être hypocrite !

Les droits d’inscription pour les diplômes d’université (d’établissement), dits “DU”, sont fixés librement par le Conseil d’administration. Des exemples ! J’ai été élu, dans ma vie professionnelle, au conseil d’administration dans 3 universités successives. Autant les administrateurs ont souvent voté contre les droits dits spécifiques n’osant pas affronter les syndicats étudiants, autant ils n’ont jamais levé le petit doigt (les syndicats étudiants non plus) contre les droits élevés demandés pour des DU. Un exemple en vigueur cette année  : “5.200 euros pour un DU“.

Si Dauphine dit clairement que les masters concernés par les nouveaux droits d’inscription n’attendent plus de soutien financier de l’Etat (ce doit être le cas pour les DU), alors oui ! Il faut soutenir Dauphine et son Président, Laurent Batsch. La CPU devrait être la première à le faire ! Dauphine a ouvert une brèche dans le tabou du montant des droits d’inscription. L’UNEF mais aussi les Partis de gauche devraient prendre le contrepied de la droite et avoir le courage d’apporter aussi leur soutien, au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur et d’une contribution accrue des familles les plus aisées.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *