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Philippe de Lara

À propos des droits d’inscription

Les réactions suscitées par les politiques tarifaires de SciencePo et de l’université Paris-Dauphine remettent à l’ordre du jour la question des droits d’inscription à l’université. C’est une question importante pour les ressources des universités. Elle met en jeu le problème de la concurrence inéquitable entre les universités (droits faibles et réglementés) et les autres établissements d’enseignement supérieur (droits fixés librement, le plus souvent largement supérieurs à ceux des universités), mais aussi la qualité de la relation entre les étudiants et « leur » université.. Mais les cas spectaculaires de SciencePo et de Dauphine ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt.

Pour commencer, il ne faut pas perdre du vue de vue qu’il y a une grande marge entre la quasi gratuité et les tarifs à 5 chiffres que certains établissements pratiquent ou essaient de pratiquer sur des niches captives (du type devenir trader en 12 ECTS). Les universités devraient pourvoir fixer si elles le souhaitent les droits à un niveau significatif (avec un ajustement des bourses approprié). De nombreux arguments peuvent être mobilisés dans ce débat, mais deux raisons de principe l’emportent selon moi :

1) ce qui est gratuit ne vaut rien;

2) il n’y a pas d’autonomie sans ressources propres.

On peut ajouter des arguments secondaires : par exemple, sur les fraudeurs à la sécurité sociale, ou sur les effets contre redistributeurs du faible niveau des droits, qui revient à faire financer les étudiants par les impôts et taxes de ceux qui ne font pas d’études supérieures, mais ces deux raisons de principe me semblent suffisantes. Des droits substantiels (sans être exorbitants) seraient une ressource plus saine que des contrats et autres partenariats qui ne peuvent concerner que des segments très étroits de la recherche. De sorte que leur redistribution dans l’université aux disciplines « pauvres », si même elle a lieu, fera et fait déjà l’objet de chantages présidentiels inévitables, en l’état désastreux de la gouvernance universitaire (je sais, je dis toujours la même chose, mais c’est parce que c’est toujours la même chose). A quand des deals du genre: je rendrai leurs locaux aux langues anciennes, mais il me faudra un rapport sur les nanostructures chez Cicéron?

Augmenter les droits, ce n’est pas seulement fournir des ressources propres (dans les deux sens du terme !) aux universités, c’est améliorer le lien entre les étudiants et leur université, lui donner  toute sa dimension d’engagement et de devoirs réciproques, aujourd’hui en péril, à cause de la faiblesses des droits et donc des moyens pédagogiques… et à cause des conditions de l’orientation des étudiants (désorientation serait un terme plus approprié), ce qui nous amène au thème du billet suivant.

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