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Claude Thélot

FAIRE VRAIMENT réussir TOUS les élèves

Des occupations professionnelles m’ont empêché ces dernières semaines d’alimenter ce “blog”. Je m’en excuse auprès de mes lecteurs et le reprends aujourd’hui. J’essaierai de tenir un rythme plus régulier.

Je voudrais, pour cette reprise, commenter le récent rapport de la Cour des comptes sur le système éducatif public. C’est un bon rapport. Comme toujours avec la Cour, le diagnostic est sûr, à l’aune de « l’objectif de la réussite de tous les élèves » et dans les limites qu’elle s’assigne elle-même (n’étant pas compétente pour juger de l’acte éducatif), mais dans le cas de l’Ecole, il est assez connu, et l’on ne doit donc pas s’attendre à y trouver beaucoup d’inattendu. Il est essentiel que la Cour, avec la qualité d’investigation qui lui est propre et sa notoriété, fasse un tel diagnostic. Mais il ne surprendra guère nombre d’experts, et là n’est sans doute pas l’essentiel.

L’essentiel, y compris lorsqu’on compare ce rapport à beaucoup d’autres travaux de la Cour, c’est le soin qu’elle a apporté à ses recommandations. Je … recommande donc d’entrer dans la lecture du rapport par les recommandations, d’y réfléchir, et, si elles vous convainquent et que vous ayez un quelconque pouvoir dans le système éducatif, de contribuer effectivement à leur mise en œuvre. Même si certaines peuvent être un peu discutables ou théoriques, elles forment un ensemble d’orientations qui, appliquées avec détermination, permettraient à notre Ecole de progresser et donc d’inverser la tendance actuelle, qui est hélas, si l’on en croit un faisceau convergent d’évaluations sur les résultats des élèves, plutôt décroissante. Il est vrai que le ministère de l’éducation, dans sa réponse, soutient qu’il s’y est engagé et que la Cour sous-estime cette évolution récente. Possible sur certains aspects, mais d’une part le constat est tout de même là, d’autre part certaines des réformes essentielles ne paraissent pas ouvertes.

Ces 13 recommandations ne sont pas à prendre en bloc ou à laisser. On peut avancer plus sur la réalisation de certaines et moins sur celle d’autres. Sur au moins une, la troisième, la Cour aurait dû être plus précise : s’il est sans doute souhaitable (au regard des comparaisons internationales notamment) d’accroître les moyens donnés à l’enseignement primaire, la recommandation, telle qu’elle est exprimée, me semble discutable pour deux raisons. D’abord, la formulation aurait dû beaucoup plus définir les contreparties attendues de cet effort. Car l’exigence légitime de l’opinion et l’état de nos finances publiques justifient, me semble-t-il, qu’il n’y ait pas de distribution de moyens publics sans contreparties très précises en termes de résultats, l’ensemble constituant une sorte de contrat. Il n’y a pas de raison de faire une exception pour l’enseignement primaire. Et préciser que cet accroissement doit se faire « en privilégiant le traitement de la difficulté scolaire » me parait une contrepartie trop vague. Seconde raison de ma réserve, l’idée de renforcer spécifiquement l’école primaire reflète le choix que le rapport a fait de réfléchir au sein de la distinction primaire/secondaire, ce qui me semble critiquable (cf. ci-dessous).

La Cour, sagement, n’a pas hiérarchisé ses recommandations, mais il est certain, aux yeux de tout lecteur, qu’elles le sont de fait. Je pense en particulier que la première, qui demande une forte diversification des moyens entre établissements, la huitième, qui appelle à une réforme du service des enseignants du second degré, et les deux dernières qui, sans citer le mot (ce que je regrette), plaident pour une gestion et une conduite « dérogatoires » en faveur des établissements les plus confrontés à la grande difficulté scolaire sont capitales. Ce sont elles qui devraient être d’abord mises en oeuvre, ne serait-ce d’ailleurs que parce que cela est certainement difficile. Il faut ici insister (mais la Cour le sait) sur la nécessité que, d’ici 18 mois-2 ans, elle retourne dans le système éducatif pour voir le degré d’avancement des réformes qu’elle a recommandées et qu’elle sache, si ce degré (notamment sur les plus importantes) était faible, le dire avec vigueur et même indignation : car c’est l’avenir de notre jeunesse, et donc de notre pays, qui est en jeu.

Bon, le rapport me semble pourtant, à la réflexion, devoir ou pouvoir être critiqué sur plusieurs points. J’en retiens deux, importants.

En premier lieu, à nouveau la Cour ne traite pas du privé sous contrat. On se souvient qu’elle s’est déclarée incompétente (cf. mon billet du 21 décembre dernier), ce qui est tout de même curieux, et à vrai dire anormal. D’ailleurs, le rapport, du coup, offre une petite difficulté logique : on y détaille et critique les résultats d’ensemble de l’Ecole française, et on ne réfléchit aux améliorations que de l’enseignement public. Il importe que la Cour revienne rapidement sur cette idée et intègre dans ses analyses, aussi bien la comparaison entre les deux segments qui participent au service public de l’éducation (l’enseignement public et, depuis la loi Debré, c’est-à-dire depuis 50 ans, l’enseignement privé sous contrat), que le contrôle des moyens que l’Etat consacre à l’enseignement privé sous contrat. On a tout à gagner à cet effort de transparence et d’analyse comparée.

Ensuite, pour un rapport qui, à juste titre, part de l’objectif de la réussite de tous les élèves et des moyens de s’en approcher, on n’a pas assez pris une « perspective de l’école obligatoire », celle qui, notamment à travers la maîtrise du socle commun de connaissances et de compétences, favorise ou handicape la réussite ultérieure, durant les autres segments du système éducatif. Ainsi, la Cour oppose, très traditionnellement (et c’est bien la réalité, mais c’est elle qu’il convient de modifier, précisément) enseignement primaire et enseignement secondaire, alors que ce que j’appelle la « perspective de l’école obligatoire » aurait dû la conduire à opposer, au moins en partie et pour certains sujets, primaire-collège d’une part à lycée ou à lycée-supérieur d’autre part. Ce qui aurait conduit à des réflexions et des réformes possibles ou souhaitables beaucoup plus profondes que l’amélioration (nécessaire et que la Cour évoque) de la transition entre CM2 et sixième. Par exemple : organisation de l’enseignement obligatoire (relations entre écoles et collège local, intérêt d’un établissement public du premier degré, ou même d’un établissement de la scolarité obligatoire, etc.) ; enseignement (enseignants polyvalents en début de collège, possibilités de « métissages »- des professeurs des écoles enseignant en collège, des certifiés en primaire, au moins pour une part, ceci pour faciliter la transition précisément-, accompagnement plus continu des élèves, etc.) ; moyens (affectation, voire accroissement à l’ensemble de l’école obligatoire, et non seulement à l’école primaire dans ce cas – cf. ma remarque ci-dessus-, autonomie d’utilisation, etc.). Ce ne sont que quelques exemples et je ne prétends nullement que les questions soient simples à traiter, ni même, parfois, à poser. Mais s’être coulée, presque naturellement et peut-être s’en sans rendre entièrement compte, dans le clivage existant primaire/secondaire (et avoir plutôt privilégié le secondaire) empêche la Cour, dans ce rapport, d’aborder et d’appeler à réformer l’« école obligatoire » prise en bloc, ce qui est pourtant capital s’agissant de la réussite de tous les élèves.

Une étude du privé sous contrat et une comparaison avec le public. Une étude et une réflexion sur l’école obligatoire. Voilà deux rapports pour l’avenir. Il ne suffit donc pas que la Cour aille voir dans les 18 mois-2 ans qui viennent les suites données à ses recommandations actuelles. Il serait très précieux qu’elle poursuive et étende ses investigations au moins dans ces deux directions.

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