Catégories
Pierre Dubois

La CPU. Mort annoncée ?

Page d’accueil du site de la CPU : “la Conférence des Présidents d’Université représente les intérêts communs des établissements qu’elle rassemble”… “Acteur du débat public sur l’enseignement supérieur et la recherche en France, elle est l’interlocuteur incontournable des pouvoirs publics sur la question universitaire”. Faux et de plus en plus faux !

Un président d’université me disait en mars : “La CPU est devenue un Rotary Club. Nous avons plaisir à nous rencontrer non pas pour prendre des positions communes – c’est impossible -, mais pour échanger sur les bonnes pratiques : “comment tu fais ?”, “moi, je fais comme cela !”. Est-ce un hasard si la CPU ne publie jamais les comptes-rendus de ses bureaux et de ses assemblées générales ? Transparence oblige, ils permettraient pourtant de savoir qui sont les Présidents assidus ou absentéistes. Il n’y a pas (pas encore et heureusment) de jetons de présence qui inciteraient à une forte participation.   

Avec la loi LRU, la CPU est devenue une association 1901 reconnue d’utilité publique (cliquer ici). Auparavant, le Président de la CPU était le Ministre et le ”chef” de la CPU n’en était que le 1er Vice-Président. Depuis 2007, le 1er vice-président est devenu Président : c’est Lionel Collet qui a été élu à cette fonction. Est-il plus indépendant de la Ministre que ses prédécesseurs ? Je dirais : de moins en moins pour ne pas dire non.

La preuve. La CPU n’a en effet publié aucun communiqué sur le décret du 16 juin 2010, décret “instituant une prime d’administration et une prime de charges administratives attribuées à certains personnels de l’enseignement supérieur” (cliquer ici). En espèces sonnantes et trébuchantes, cela veut dire quoi ? Tout président touche une indemnité annuelle de fonction de 20.000 euros. Le décret permet de majorer de 50% cette indemnité en cas de passage aux responsabilités et compétences élargies : on en est à 30.000 euros ; tant pis pour les présidents – la moitié de la CPU – dont les universités ne passeront aux RCE qu’en 2012. Diviser pour régner !

Et ce n’est pas tout car l’article 1 II signe la mort de la CPU en tant qu’association des universités indépendantes du Ministre : “en outre, les montants individuels de prime peuvent être augmentés, par décision du ministre chargé de l’enseignement supérieur, dans la limite de 20 % du montant de la prime majoré, en fonction de la réalisation d’objectifs et des résultats d’indicateurs fixés et notifiés en début d’année par ce même ministre“. Cet article doit être contesté en urgence par la CPU. S’il ne l’est pas la CPU est morte ! Mais restons pour l’instant au raz des paquerettes : 30.000 euros + 20% = 36.000 euros par an, 3.000 euros par mois.

Michel Abhervé sur son blog d’Educpros et Bertrand Monthubert (PS) sur le sien ont déjà attiré vertement et avec raison critiqué ce décret : “une nouvelle étape dans la vassalisation des universitaires“, “une curieuse conception de l’autonomie universitaire“. Je voudrais y ajouter deux effets pervers de ce décret assassin pour les Présidents.

Premier effet pervers : une délégitimation des présidents dans leur propre université. Prenons le cas de Lionel Collet, président de la CPU. Il est PU/PH, professeur des universités praticien hospitalier, i.e. qu’il perçoit un salaire double de celui des professeurs d’université de même grade. Je suppose qu’il est en classe exceptionnelle des professeurs, qu’il a eu l’honnêteté de ne pas concourir à la Prime d’excellence scientifique (PES) et qu’il n’exagère pas en matière d’avantages en nature (voiture de fonction, carte bancaire pour assurer ses déplacements et ses invitations au restaurant). S’il bénéficie des 3 volets d’indemnité définis par le décret, son revenu mensuel dépassera les 13.000 euros nets. Si je me trompe, le Président de la CPU peut mettre en ligne sur le site de l’association qu’il préside sa déclaration de revenus pour 2009.

Mais là n’est pas le problème ! 13.000 euros par mois pour un président d’université, ce n’est pas énorme eu égard à ses responsabilités, aux salaires de certains footballeurs et de certains hommes politiques “cumulards”. C’est par contre énorme par rapport son Directeur général des services (ex-SGEPES, secrétaires généraux des universités). Leur association s’est satisfaite d’un décret qui portait leur fin de carrière à l’indice B, échelles Lettres. Un écart de salaire, primes incluses, de 1 à 3 entre le Président et son directeur général des services n’est pas admissible. Si la CPU ne conteste pas le décret du 16 juin, elle ne s’étonnera pas de la fronde annoncée des directeurs généraux des services. Fronde accentuée par le fait que le Président ne peut pas être “viré” par le Conseil d’administration et que le directeur des services peut être “viré par le président”. 

Second effet pervers du décret. Tout président normalement constitué pense à son après-présidence. Première possibilité : se fair réélire pour un second mandat et c’est déjà de gagné ! Deuxième possibilité et pour éviter une chute importante de revenu (3.000 euros par mois, ce n’est pas rien !) : se trouver absolument une place qui permette le maintien du revenu. Dans le jeu des “chaises musicales”, les possibilités sont sans cesse croissantes : le jeu s’est ouvert avec la création des PRES et pas seulement. Un dernier exemple éloquent : Jean-Robert Pitte (chronique : “Pitte, l’Orienteur“) : combien touche un DIO ?

Cette chronique pourrait être, sera perçue comme “populiste”. Cette accusation devient commune en effet : lire le “Canard enchaîné” de cette semaine. Ma demande à l’égard de la CPU n’en est pas moins ferme : 1. que la CPU publie les comptes-rendus de toutes ses réunions avec la liste des présidents présents. 2. que la CPU rejette haut, fort et rapidement le décret du 16 juin.

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *