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Pierre Dubois

Critiquer les Comités de sélection

La campagne de recrutement 2010 des professeurs et maîtres de conférences, hors “postes au fil de l’eau“, est terminée : les Conseils d’administration, réunis en formation restreinte aux conseillers de même grade, ont validé ou non les propositions des Comités de sélection. J’ai déjà, avec d’autres, dressé un bilan critique de ces comités (CdS) (cliquer ici). L’article du Code de l’Education sur les CdS pourrait d’ailleurs être déclaré contraire à la Constitution ; le Conseil constitutionnel doit en effet l’examiner en tant que “question prioritaire de constitutionnalité“.

Le Conseil d’administration de Strasbourg, réuni en formation restreinte, n’a pas retenu la proposition de deux Comités de sélection de la section 19 (sociologie). Je reviendrai dans ma prochaine chronique sur cette “affaire”. Un des deux postes non validés est celui de Professeur, emploi n°1656, profil : “Sociologie de la ville, des territoires et de l’environnement”. Composition du CdS : cliquer ici). Je me suis demandé si les 4 autres comités pour les emplois mis au recrutement en section 19 avaient des membres extérieurs en commun. La réponse est ”non”, et c’est assez logique car le Comité fait appel à des experts extérieurs proches du profil de poste.

De ce constat, on peut déduire deux critiques de fond sur les CdS. Ils sont bien plus coùteux que les anciennes commissions de spécialistes (les membres extérieurs étaient les mêmes quels que soient les profils de postes). Les 5 CdS de Strasbourg ont mobilisé 31 membres extérieurs différents, ce qui a occasionné 62 déplacements (un pour la sélection sur dossier, un pour l’audition des candidats sélectionnés). Ces experts sont venus de tous les coins de France (et pas seulement de Paris) ; leurs déplacements et leurs déjeuners sont pris en charge par l’université. Le coût : au moins 10.000 euros… rien que pour les postes de sociologie.

Ce coût direct ne prend pas en compte les charges indirectes : le temps (donc le salaire) des personnels des ressources humaines et des services financiers : ils doivent convoquer aux réunions, collecter les pièces (les billets de train) pour opérer les remboursements adéquats ; et dieu sait qu’ils doivent faire de nombreux rappels pour obtenir des dossiers complets ! Bref, les comités de sélection entraînent des surcoûts fort importants et des charges de travail accrues pour les personnels des services financiers (et vraisemblablement des retards dans les remboursements !).

Avec les CdS, les universités subissent des dépenses contraintes. On ne peut donc dire qu’ils accroissent leurs marges de manoeuvre financières, comme cela était sensé se produire avec le passage aux RCE ! Strasbourg, passée aux RCE le 1er janvier 2009, va très vite s’apercevoir du gouffre financier produit par les CdS… C’est de fait aussi une incitation financière à ne plus recruter de fonctionnaires, mais à faire appel à des enseignants associés contractuels !

Deuxième critique de fond des comités de sélection, critique qui ne m’était pas encore “sautée aux yeux” et qui est devenue évidente au vu de la composition des 5 comités de sélection de Strasbourg. Les comités de sélection sont porteurs de la destruction des disciplines, des formations qu’elles assurent en licence et en master. Les Commissions de spécialistes – les professeurs en étaient tous membres – avaient une vision d’ensemble des besoins et ce sur plusieurs années : elles cherchaient à recruter des enseignants-chercheurs en fonction des services d’enseignement à assurer, du développement éventuel de nouvelles formations et bien évidemment de la recherche. Les CdS, composés pour chaque poste à pourvoir, ne peuvent avoir de vision d’ensemble des besoins d’enseignement et de recherche. Ils recrutent selon les besoins des centres de recherche : le président du CdS est le directeur du labo ou un de ses collègues qui veille à recruter selon les besoins de son seul labo. 

“L’affaire de Strasbourg” illustre parfaitement cette question cruciale pour l’avenir de l’enseignement de chaque discipline. Les deux labos de sciences sociales de l’université se sont mis d’accord pour se partager les 4 postes à pourvoir (le 5ème étant affecté à l’IUT), définir les profils (2 postes pour chacun). Les deux labos ont ensuite proposé au conseil scientifique la composition de chaque comité de sélection. Qui s’est préoccupé de l’avenir des formations ?

Sans le vouloir, le CA de l’université, qui n’a pas suivi les propositions des 2 comités organisés autour d’un des deux labos, a fait surgir une nouvelle critique de taille contre les CdS : “ils vont faire crever les disciplines, les identités qu’elles permettent de construire, la diffusion organisée des savoirs qu’elles assurent dans les formations universitaires”.

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