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Pierre Dubois

Shanghaï 2010 et les PRES

Le cru 2010 du classement de Shanghaï est arrivé : cliquer ici. Les universités françaises ne sont pas mieux classées que l’an dernier. “Classement de Shanghaï : les universités françaises piétinent. Les établissements anglo-saxons trustent toujours les 1ères places” (Les Echos). “Classement de Shanghaï : Paris 6, toujours première université française” (Le Monde).

3 universités françaises seulement parmi les 100 premières : Pierre et Marie Curie (39ème au lieu de 40ème en 2009), Paris Sud Orsay (45ème au lieu de 43ème), Ecole nationale supérieure d’Ulm (71ème au lieu de 70ème). 22 universités françaises dans les 500 premières contre 23 l’an dernier, “ce qui place la France au 6ème rang ex-aequo avec l’Italie et la Chine”.

En France, le classement de Shangaï, créé en 2003, est critiqué pour plusieurs raisons. Les critères qu’il prend en compte n’ont trait qu’à l’excellence scientifique dans les sciences “dures”, excellence identifiée par les prix, les médailles et les publications en langue anglaise. Le pays est pénalisé par l’organisation de son système d’enseignement supérieur et de recherche : éclatement de la recherche (et donc des publications) entre les universités, les grandes écoles et les grands organismes. Pour d’autres critiques, lire la chronique de ce blog : “Pamphlet contre Shanghaï“.

Il n’empêche. Le classement de Shanghaï s’est imposé et nul ne l’ignore désormais. La France en a implicitement tenu compte par la loi de programmation de la recherche de 2006. C’est cette loi qui a créé les PRES ; les directeurs de la recherche des PRES n’ont eu et n’ont de cesse que d’imposer une signature unique pour tous les membres du PRES. L’ambition de cet artifice comptable : “progresser” dans le classement de Shanghaï… Et puis il y a l’espoir des milliards du dit “Grand emprunt” : ils devraient doper la recherche. Visiblement pourtant, le pari des PRES n’a pas été gagné ou n’est pas encore gagné !

Valérie Pécresse y met pourtant du sien. En vain. Son “lobbying n’a pas porté ses fruits. La visite de la ministre de l’Enseignement supérieur à la Shanghai Jiao Tong University (SJTU), début juillet, pour rencontrer les concepteurs du célèbre classement ne se lit pas encore dans les lignes du palmarès”… ”C’est pour faire de la pédagogie que Valérie Pécresse était allée en juillet dernier au devant de l’équipe du professeur Nian Cai Liu, concepteur du classement. Elle y avait fait la promotion de sa réforme des universités” (Les Echos).

Repérons le classement des universités françaises en voie de fusion et de quelques universités “PRESsées”. Paris 6 Pierre et Marie Curie (39ème au classement) vient de se PRESser avec Paris 2 et 4 (Sorbonne Universités) ; cela ne devrait pas avoir d’impact direct sur son classement. Paris 11 Orsay (45ème) est PRESsée avec Versailles Saint-Quentin (classée dans la tranche 400-500) et avec Evry (non classée, Evry en voie d’être déPRESsée ?). Deux universités du PRES sont classées ; pas de signatures des publications sous une même institution ? L’espoir d’un bond en avant dans le classement pour Orsay : Paris-Saclay. L’ENS Ulm (71ème) vient de se PRESser (”PRES PSL“), entre autres, avec l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle (classée entre la 200ème et la 300ème place) : son classement pourrait s’améliorer un peu.

Si les enseignants-chercheurs de Paris 7 Denis Diderot (classé dans le groupe des 100-150) et de Paris 5 René Descartes (classé dans le groupe des 150-200) parviennent à signer sous le seul intitulé du PRES “Sorbonne Paris Cité“, un bond en avant dans le classement deviendrait certainement possible. Paris 6 dépassé dans le classement par Paris 5 et 7 ?

L’université fusionnée de Strasbourg est classée entre la 100ème et la 150ème place (5ème rang français). Quel classement pour les universités qui fusionneront le 1er janvier 2012 ? Université de Montpellier Sud de France : seule parmi les 3 universités, Montpellier 2 apparaît dans le classement (entre la 200ème et la 300ème place). Aix-Marseille Université devrait remonter dans le classement : l’université de la Méditerranée se situe entre la 200ème et la 300ème place et l’université de Provence entre la 300ème et la 400ème. Université de Lorraine : seule parmi les 4 établissements en voie de fusion, l’université de Nancy Henri Poincaré figure dans le classement (entre la 300ème et 400ème place).

A remarquer le classement intéressant de Paris-Dauphine, université de gestion mais qui possède une excellence scientifique en mathématiques : entre la 300ème et 400ème place. A noter enfin l’absence dans le classement de l’université Paris-Est, PRES créé pourtant dès 2007 : aucune de ses institutions fondatrices ne figure dans le classement alors qu’elles ont chacune un secteur scientifique dominant (Marne la Vallée, ENPC) et même un secteur médical (Paris 12 Val-de-Marne) (chronique : “Présider Paris-Est“).

Pour faire “monter” les universités françaises dans le classement de Shanghaï, les PRES démontrent leur impuissance ; ce classement les ignore ! La fusion est plus prometteuse : elle pourrait faire apparaître deux autres universités dans le club des 100 : Sorbonne Paris Cité (Paris 3, 5, 7) et peut-être Aix-Marseille Université. 5 à 10 campus d’excellence en France, comme l’ambitionne l’emprunt national ? Il est peu probable qu’on y parvienne car il n’est pas sûr que les milliards puissent être mis à disposition des centres de recherche (chronique : “l’avenir, c’est quand ?“).

Tenter la réforme des instituts d’enseignement supérieur (dédiés au cycle “Licence”) et de la création de 15 à 20 universités de recherche, dédiées aux masters et aux doctorats et intégrant les grandes écoles publiques et grands organismes de recherche ? Ce serait sans doute payant pour faire apparaître toutes ces universités dans le classement de Shanghaï. A quelle place ? A une place qui est celle de la France en recherche, i.e. celle d’un pays qui affiche des ambitions en recherche mais qui tarde toujours à les mettre en oeuvre réellement.

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