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Pierre Dubois

10 mois de cours : impossible

“Les universités vont avoir une année organisée sur dix mois, après un vote en ce sens de leurs conseils d’administration en juillet, a assuré mercredi 18 août sur RTL la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse“. Un hebdomadaire et un quotidien ont aussitôt déformé le propos : “Pécresse : les universités passent à 10 mois de cours” (Le nouvel Observateur). “Les étudiants français travailleront un mois de plus” (Le Monde). Organiser l’année sur dix mois ne signifie pas en effet faire 10 mois de cours !

Cette affaire des “dix mois” est liée à l’atrribution du dixième mois de bourse aux étudiants boursiers. Sarkozy l’avait promis. Pécresse, fidèle à son mentor, y a mis la condition du slogan : “travailler plus pour gagner plus”. 

Combien enseigne-t-on de mois par an à l’université ? Six, tout au plus. Le lecteur a bien lu : “six”, soit 26 semaines. Pour comprendre cette faible durée, il faut remonter dans l’histoire. Jusqu’au début des années 80, les professeurs devaient enseigner 3 heures par an durant 25 semaines (moins de 6 mois par an donc). Vint la loi de 84 et l’égalisation – désormais inscrite dans la loi – des charges de services d’enseignement des professeurs et des maîtres de conférences : 128 heures de cours magistraux ou 192 heures de travaux dirigés par an pour tous. 128 heures, c’était 4 heures par semaine durant 32 semaines (soit un peu plus de 7 mois par an).

Pourquoi les universités n’ont-elles jamais été capables d’organiser les 32 semaines de cours par an prévues pourtant par la loi de 1984 ? Plusieurs raisons. 1. Les étudiants (à la différence des élèves de terminale) ont droit à deux sessions d’examen (difficile de commencer l’année début septembre, sauf à reporter la 2ème session en juin). 2. L’instauration de la semestrialisation dans les années 90 a créé une session d’examen supplémentaire (entre le 1er et le 2nd semestre). 3. La durée des 3 sessions d’examen (hiver, printemps, automne) s’est allongée pour deux raisons. 3.1. Les modalités de contrôle des connaissances en licence comprennent de multiples compensations entre semestres et années ; il faut donc multiplier les plages horaires d’examens pour que les étudiants concernés n’aient pas de chevauchements. 3.2. L’explosion de l’offre de formation (nombre de diplômes), du nombre de matières au choix dans les diplômes a entraîné la multiplication des examens possibles ; pour éviter les chevauchements entre examens, il a fallu allonger le calendrier.

A ajouter aux raisons précédentes. Les enseignants préfèrent évidemment enseigner sur 24 semaines et non sur 32 ; certains se débrouillent même pour faire leur charge de service sur 12 semaine) ! Les personnels administratifs ont le droit de prendre leurs congés payés (un minimum de 10 semaines par an) et refusent légitimement de faire fonctionner les jurys après la 1ère semaine de juillet.

Les déclarations de Valérie Pécresse sont donc du “cinéma” : il s’est agi de sauver la face, de ne pas céder aux demandes étudiantes sans imposer une apparente contrepartie. La plupart des universités sont ouvertes onze mois et demi par an (fermeture la 1ère quinzaine d’août), ce qui veut dire que des salariés y travaillent. Les conseils d’administration des universités ont eu raison de voter ce que Pécresse leur a demandé de voter, les 10 mois de travail par an ! L’important était que les boursiers puissent percevoir un 10ème mois de bourse.

J’estime, pour ma part ayant vécu les deux systèmes (année et semestres) que le nombre de semaines de cours (12 ou 13 semaines par semestre) est insuffisant et pénalise les étudiants des milieux populaires. Il existe un moyen pour allonger l’année universitaire : supprimer la session de janvier, i.e. mettre fin à la semestrialisation et gagner ainsi 4 semaines de cours. Le bilan que je fais des semestres est fort négatif : 12 semaines de cours par matière est anti-pédagogique. C’est une question sur laquelle il faudra revenir ! Et on ne me dira pas que la mobilité des étudiants en Europe exige la semestrialisation. Non !

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