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Pierre Dubois

CPGE : casser le mur de béton

Je veux faire tomber les murs de béton qui séparent la logique universitaire de la logique des classes préparatoires” : Valérie Pécresse, en visite au lycée Gustave Monod d’Enghien-les-Bains, 3 septembre 2010. La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche s’est déplacée en banlieue pour inaugurer une classe préparatoire littéraire, partenariale entre le lycée et l’université de Paris 13 Villetaneuse.

Une CPGE partenariale ? Site du MESR : “Les élèves, inscrits dans les deux établissements, ont accès aux équipements et aux services de l’université et bénéficient des aspects positifs des deux systèmes de formation grâce à une équipe pédagogique mixte composée d’enseignants du lycée et de l’université”. Valérie Pécresse souligne “l’importance de rapprocher les universités des grandes écoles par des projets communs de ce type afin d’élargir les possibilités d’orientation des étudiants”.

Regardons ce projet de près et démontrons que la ministre ne réussit même pas à enlever un seul morceau du dit “mur de béton”, que cette initiative, au contraire, renforce la forteresse des CPGE et mobilise à leur profit les faibles moyens de l’université. Lisons attentivement le texte en ligne sur le site du MESR (ici) et également en ligne sur le site du lycée (ici). Analysons le pdfPartenariat, débouchés, emploi du temps“. 

Ce dispositif pionnier… combinera le meilleur des deux systèmes de l’enseignement supérieur : 1. L’encadrement, l’accompagnement individualisé, la poursuite des études dans plusieurs disciplines, l’apprentissage de la rigueur, ainsi que les petits effectifs qui caractérisent les classes préparatoires aux grandes écoles. 2. Une partie des cours dispensés par des enseignants-chercheurs de l’université au plus près des avancées actuelles de la recherche”.

Qui sont ces enseignants-chercheurs ? Je prends le pari que ce sont des PRAG en fonction à Paris 13. Ils seront heureux d’intégrer ces heures d’Hypokhâgne dans leur service (il est moindre par rapport celui des PRAG en classes supérieures) ; ils goûteront de se faire payer leur participation à la “commission de choix des futurs étudiants” et les heures de colles et de devoirs surveillés. Ces PRAG ne font pas de recherche ; les PRAG à même de faire profiter les étudiants des avancées de la recherche préparent ou ont soutenu un doctorat et visent à passer maîtres de conférences.

Valérie Pécresse vante la fluidité des parcours permise par ces classes partenariales. Ce n’est pas innovant : il y a toujours eu des accords permettant aux élèves des prépas littéraires de rejoindre l’université après une première ou une deuxième année, par le moyen de la validation d’études. Sur ce point, rien ne change : tous les élèves sont d’abord inscrits dans une filière sélective (la CPGE) et n’y paient pas de droits d’inscription ; ils prennent à titre secondaire une inscription dans l’UFR de lettres de l’université, inscription pour laquelle ils acquittent un droit de 50 euros seulement. L’université perd ainsi des droits d’inscription.

L’emploi du temps révèle que les enseignements ont lieu majoritairement dans le lycée (4 jours) et minoritairement dans l’université (1 jour : 1 heure optionnelle d’initiation à la paléographie, 1 heure de français, 2 heures de langue vivante, 2 heures d’EPS). L’université met à disposition ses installations sportives et ses bibliothèques spéacialisées. Qu’y gagne-t-elle ? Rien. Elle perd même une partie de son potentiel d’heures d’enseignement. Que gagne le lycée ? Tout. Au nom de la mutualisation, il capte, au profit des élèves d’hypokhâgne et khâgne, une partie des ressources de l’université ? Que gagnent les étudiants ? Des déplacements largement improductifs d’un établissement à l’autre ; pas davantage et pas moins de garanties d’accéder à une licence (les élèves des prépas littéraires sont les moins nombreux à intégrer une grande école).

Valérie Pécresse veut nous faire croire que ce “dispositif innovant” a pour “objectif de décloisonner les formations de niveau Licence afin de permettre une plus grande fluidité des parcours”. J’espère qu’elle ne croit pas à ce qu’elle dit. Il y aurait eu décloisonnement si des élèves inscrits en L1 universitaire sans sélection à l’entrée avaient été autorisés à suivre des cours supplémentaires en hypokhâgne !

Bien sûr, il y a, dans le texte ministériel, le couplet politiquement correct : “le recrutement des zones difficiles est privilégié”. Et un rappel : la CPGE partenariale “compète utilement la création de cycles préparatoires en licence, encore peu nombreux, tout en évitant la concurrence entre les deux systèmes”. Tiens, serait-ce une allusion à la création de CPGE dans les universités ? Où en est-on pour la réalisation de cette annonce.  

Valérie Pécresse, votre réforme des CPGE partenariales n’est qu’une mesurette : elle ne décloisonne pas les filières de l’enseignement supérieur ; elle renforce au contraire leur cloisonnement en permettant aux CPGE de capter sans contrepartie une partie des moyens matériels et humains des universités.

La réforme que porte ce blog est autre. Il s’agit de sortir les classes supérieures des lycées (CPGE et STS) et de les intégrer dans des Instituts d’enseignement supérieur (IES), établissements publics à créer. Il s’agit aussi de sortir le cycle “Licence” et les DUT de l’université et de les intégrer dans ces IES. Ces quelques 600 IES, répartis sur tout le territoire, mettraient ainsi en oeuvre deux parcours de licence en 3 ans : un parcours menant aux études universitaires (masters, écoles d’ingénieur, écoles de commerce et de management…) et un parcours menant à une licence professionnelle et au marché du travail. Madame la ministre, osez cette réforme : un mur de béton ne se casse pas avec des paroles !

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