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Claude Lelièvre

Le ”CPE”: contre-épreuve ou contre-exemple?

En ces temps de conflit sur les retraites, on invoque souvent le précédent du long conflit sur le  ‘’contrat première ébauche’’.  Il avait commencé – en mars 2006 – avec les étudiants, rejoints ensuite par les lycéens et les grandes centrales syndicales ; et il était destiné explicitement aux jeunes. Le conflit sur les retraites a commencé par les grandes centrales syndicales, rejointes ensuite par les lycéens ( et peut-être aussi par les étudiants ? ) ; et, avec l’apparition des jeunes dans la rue, est apparue également l’argumentation que la réforme était aussi faite pour eux ( voire d’abord pour eux ? ).

Retours dans le passé pour y voir plus clair. Il y a eu d’abord, classiquement, contestation sur les chiffres de la mobilisation étudiante ( ou lycéenne ). Puis, dès avant la mi–mars 2006 le ministre de l’Education nationale du moment ( Gilles de Robien ) a tenté de déplacer le débat sur « les dérapages », tandis que le président de l’Unef d’alors ( Bruno Julliard ) affirmait que « l’objectif du gouvernement est qu’il y ait des débordements ». « Je sens une lame de fond – ajoutait-il. Ma seule inquiétude est d’éviter que les propos provocateurs du gouvernement ne fasse dégénérer les choses ».
Le 15 mars, après des dégradations à la Sorbonne suite à une occupation momentanée, Gilles de Robien avertit que « ceux qui ont appelé au mouvement seront tenus pour responsables en cas de nouveaux dérapages » ; et son ministre délégué François Goulard, n’est pas en reste, estimant que « l’Unef essaie de gagner une surenchère absurde » et qu’ elle «  renoue avec l’époque où ses intérêts étaient strictement politiques » . En clair, comme l’explicite le journal « les Echos », « les organisations étudiantes qui ont soutenu l’occupation de la Sorbonne sont accusées d’être peu ou prou manipulées et de prendre leurs ordres auprès des partis de gauche et d’extrême gauche ». Le leader étudiant Bruno Julliard répond vertement : «  je savais que Gille de Robien était un mauvais ministre, parce que j’ai eu l’occasion de le constater en le rencontrant plusieurs fois : il ne connaît pas ses dossiers. Mais je ne savais pas que c’était un provocateur ».
Le conflit dure et s’amplifie. Fin mars, le ministre de l’Education nationale affirme dans un entretien au « Figaro » que « quelques cas d’enseignants ayant mis dans le carnet scolaire des enfants un message leur demandant d’aller manifester ont été identifiés ». Le Snes-Fsu rétorque que « les accusations du ministre ne correspondent à aucune réalité : les enseignants sont bien placés pour savoir que les lycéens ne se manipulent pas si facilement ». Et le Sgen-CFDT ironise : « Eurêka ! Le ministre a trouvé une explication à la mobilisation des jeunes. Il y aurait du pathétique dans l’attitude du ministre si la situation n’était pas aussi grave », en regrettant que « le ministre ignore le degré de conscience des jeunes ».

In fine, la « lame de fond » pressenti à la mi-mars par Bruno Julliard ayant eu lieu et ne s’étant pas démenti même après le vote de la loi, le chef de l’Etat Jacques Chirac est amené à ‘’promulguer la loi tout en ne la promulguant pas’’ ( en réalité, et au sus de tout le monde ). Abracadantesque !

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