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Pierre Dubois

Bordeaux 3. Taux de produisants

Suite des chroniques sur les publications et le plagiat (cliquer sur le TAG). Bordeaux, 2 novembre 2010. Patrice Brun, président de l’université Michel de Montaigne, et Jean-Yves Coquelin, vice-président en charge du CEVU, abordent tous deux, dans l’entretien que j’ai eu avec chacun d’entre eux, la question du taux de non-produisants dans les 16 unités de recherche, dont 6 unités mixtes, l’une étant commune avec Toulouse 2 et l’EPHE (liste des équipes).

L’université de Bordeaux 3 a une cellule d’aide au pilotage (cliquer ici et chronique à venir). Patrice Brun estime ses personnels fort compétents, mais il garde une certaine défiance vis-àvis des indicateurs. “Ils ne nous guident que peu”. Un exemple ? “L’AERES a identifié 20% de non-produisants. Pourquoi ce taux ? Quel est le profil ? Que peut-on faire ? Une première piste : le taux de non-produisants est plus fort chez les maîtres de conférences de plus de 50 ans. Il s’est passé quelque chose dans leur trajectoire professionnelle qui les a conduits à ne plus publier mais peut-on y remédier ? Il y a bien sûr aussi les enseignants-chercheurs qui ont accepté de prendre des responsabilités dans l’université”. Normal qu’ils ne donnent pas la priorité à la recherche ! Combien d’enseignants-chercheurs à Bordeaux 3 : 426 (page 12 du Bilan social de l’année 2008-2009), dont 43,7% sont âgés de plus de 50 ans.

Jean-Yves Coquelin est VP CEVU depuis 2009 et siège dans ce conseil depuis 5 ans (CV en ligne). Il a la quarantaine et ne cache pas qu’il est “non-produisant”. Maître de conférences dans le département Arts du Spectacle depuis 1999. Il explique : 1 professeur, 3 maîtres de conférences et 2 professeurs associés enseignent à 150 étudiants. Les 4 enseignants-chercheurs se partagent la responsabilité de telle ou telle formation ou du département : ils ne peuvent y échapper. Le VP n’a aucune honte à dire que ses recherches (”étude des rapports entre les dimensions esthétique et politique de l’art théâtral contemporain”) passent au second plan. “J’investis pour ma part dans l’enseignement et dans la cité“. Son CV précise : “Très engagé dans la vie culturelle,… Jean-Yves Coquelin est actuellement membre du comité d’experts auprès de la Direction générale des affaires culturelles Aquitaine et Président des Colonnes de Blanquefort, scène conventionnée et cinéma”. Une autre des raisons possibles de la faiblesse de l’activité de recherche des non-produisants : peu nombreux ou seuls spécialites dans leur discipline au niveau local, ils ne trouvent pas d’équipe de recherche ou se retrouvent isolés dans une équipe qu’ils ont souvent été contraints de rejoindre. Pour Jean-Yves Coquelin, ce qui est sûr cependant : “il ne faut pas leur demander d’enseigner plus ; il faut les accompagner, les aider”. 

Une situation similaire chez les maîtres de conférences de l’IUT de Figeac (”PRAG, PRCE, MCF, ASU en tensions“). “Tensions entre les maîtres de conférences eux-mêmes, entre les anciens qui ont pris des responsabilités localement, qui tentent de se fédérer en équipe de recherche (mais comment avoir une thématique et une problématique communes quand on appartient à une dizaine de disciplines différentes ?) et les nouveaux recrutés, qui donnent certes des gages d’investissement local pour être recrutés, mais qui n’ont de cesse que de garder des relations étroites avec leur laboratoire à Toulouse car leur avenir y est lié et qui deviennent donc des turbo-profs”.

D’où sort ce taux de 20% de non-produisants ? Pour les UMR qui comportent plusieurs universités, Il est impossible à calculer à partir des taux de produisants qui figurent dans les rapports de l’AERES sur les unités de recherche (liste des rapports d’évaluation), rapports de 2010, en vue du contrat quinquennal 2011-2015. L’AERES fait en effet une évaluation de la production collective (aucun nom d’individu non produisant n’est heureusement mentionné). Le taux de produisants est calculé ainsi : nombre d’enseignants-chercheurs et de chercheurs des EPST qui ont publié 2 publications de rang A au cours des 4 dernières années / nombre d’enseignants-chercheurs et de chercheurs. Il faut remarquer que les chercheurs à temps plein sont comptabilisés ; il ne figurent toutefois pas dans le bilan social de l’université ; il serait logique qu’ils y soient. Les publications des doctorants ne sont pas prises en compte par l’AERES.

Je n’ai pas lu tous les rapports de l’AERES. J’ai par contre regardé les taux de produisants dans les différentes unités mixtes de recherche et dans plusieurs équipes dites d’accueil (certaines ont un taux de produisants équivalent à celui des meilleures UMR). EEE, Europe, Européanité, Européanisation (UMR avec le CNRS) : 18 enseignants-chercheurs et 3 chercheurs, taux de produisants non calculé (le tableau indique 9 produisants seulement) ; pas de note globale non plus. IKER, Centre de recherches sur la langue et les textes basques (UMR avec l’université de Pau et le CNRS) : seulement 3 enseignants-chercheurs et 3 chercheurs mais un taux de produisants de 100% ; note globale de l’unité : A. ADES, Aménagement, Développement, Environnement et Société (UMR avec Bordeaux 2 et le CNRS) :  62 enseignants-chercheurs (dont 34 de Bordeaux 3) et 53 publiants soit 85,5%. ; note globale de l’unité : A. IRAMAT, Institut de recherche sur les archéomatériaux (UMR avec le CNRS, l’université d’Orléans, l’université de Technologie de Belfort-Montbéliard) : 9 enseignants-chercheurs, 12 chercheurs, et un taux de produisants de 100% ; à noter 13 produisants dans les personnels autres que les enseignants-chercheurs et les chercheurs. Note globale de l’unité A. 

Et la pépite de l’université, Ausonius, Institut de recherche sur l’Antiquité et le Moyen Age (site de l’UMR avec le CNRS et site propre de l’Institut). Son taux de produisants atteint 98% pour 34 enseignants-chercheurs et 5 chercheurs ; note globale de l’unité : A+. Conclusion de l’AERES. “Ausonius est une unité de recherche de référence, tant au niveau régional, national qu’international. C’est un des fleurons de l’université de Bordeaux III. Points forts : un très bon ancrage régional, un grand rayonnement international, des cofinancements variés et importants, une pluridisciplinarité maîtrisée et productive, une gouvernance fondée sur la convivialité et le plaisir de travailler ensemble, une véritable unité de lieu qui sera encore renforcée par l’opération Campus et le grand emprunt” (chronique à venir). L’UMR est notée A+ pour la qualité scientifique de la production, pour le rayonnement, l’attractivité, l’intégration dans l’environnement, pour la stratégie, la gouvernance et la vie de laboratoire, et enfin pour son projet 2011-2015. Pour celles et ceux qui ne sont pas familiers de la lecture de rapports de l’AERES, lire celui sur Ausonius.

L’université Michel de Montaigne peut être légitimement fière de la plupart de ses équipes de recherche. Elle peut aller de l’avant vers un rapprochement accru entre les 4 universités de Bordeaux. Université confédérale ? Université fédérale ? Fusion ? Chronique à venir.

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