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Pierre Dubois

Combattre le plagiat étudiant

Suite des chroniques sur les publications et le plagiat (cliquer sur le TAG). Les universités et les universitaires commencent à s’émouvoir sérieusement du développement du plagiat dans les dossiers, mémoires, thèses des étudiants. Rennes II – l’université est choisie à dessein, le lecteur comprendra pourquoi dans une chronique à venir – se contente d’un appel à la responsabilité, à l’éthique et au droit : cliquer ici

Des universités commencent à s’équiper de logiciels anti-plagiat pour repérer les copiés-collés, bref les fraudes. La lutte contre le plagiat a trouvé son marché et ses marchands. Sur Google apparaissent dans l’ordre : noplagiat (paiement en fonction des besoins), compilatio.net (démonstration en ligne et demande d’estimation du nombre de pages à tester chaque mois), pompotron.com. Plus intéressant, un comparatif de 10 logiciels construit par le Centre de ressources et d’appui des technonologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (CRATICE) de l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Pour Euphorus, Compilatio et Urkund (les 3 qui semblent les meilleurs), “les prix proposés sont à des coûts vraiment très importants“.

Il ne suffit pas de repérer le plagiat. Que fait-on quand on l’a constaté ? Jusqu’où va-t-on dans les sanctions ? J’ai repéré moi-même 4 plagiats dans des mémoires de fin d’études en 28 ans de professorat : je n’ai pas envoyé l’étudiant(e) en conseil de discipline. Qu’ai-je fait et pourquoi ? Le premier plagiat se situe en septembre 1980 (avant l’ère de l’Internet). Je viens d’être nommé professeur à l’université de Lille III et un collègue me demande d’assurer avec lui la soutenance d’un mémoire de maîtrise en administration économique et sociale. La moitié du mémoire est constituée de l’intégralité d’un article que j’avais publié quelques mois auparavant. Pas de chance pour l’étudiant : il ne savait évidemment pas que je serai membre de son jury. Il a reconnu le plagiat : 5 ou 7 sur 20 au mémoire et maîtrise obtenue par compensation entre les notes de toutes les matières. 

Septembre 2004, soutenance d’un projet dit “individuel” par un étudiant de licence professionnelle. Le texte qu’il soumet est issu de deux sources trouvées sur Internet et de ces deux sources seulement. Question : “où avez-vous trouvé les deux sources que vous utilisez” ? Réponse avec un très grand et beau sourire : “mais, Monsieur, je ne pouvais pas faire mieux que ce que j’ai trouvé sur Internet”. Note “zéro” donnée au projet et obtention de la licence pro par compensation entre toutes les notes (il n’y avait pas de zéro éliminatoire). A vrai dire, au cours de la 1ère année de mise en place de cette licence, l’équipe pédagogique avait exagéré dans la charge de travail exigée des étudiants (5 projets !).

Troisième plagiat, 2 ans plus tard dans la même licence, soutenance d’un mémoire d’apprentissage. Un tableau du texte porte l’indication d’une source imprimée ; mais l’étudiant présente ce tableau scanné comme étant de lui. Remarque du jury : ”Ce tableau n’est pas de vous”. Réponse “Si, je vous le jure”. “Vous mentez” ! L’étudiant : “je l’ai élaboré avec mon maître de stage”. “Dites plutôt que le tableau est le fruit du travail de votre tuteur et non du vôtre”. L’étudiant n’a pas admis le plagiat. Un seul tableau plagié dans l’ensemble du mémoire : nous n’avons que sanctionné faiblement (note : 7/20). L’étudiant a obtenu sa licence par compensation entre toutes les notes

Le mois précédant mon départ en retraite, septembre 2008. Soutenance d’un mémoire de stage dans cette même licence. Le mémoire est bâclé, de niveau fort faible, se contentant d’accumuler de données publiques sans toujours citer les sources. Note 2 ou 3/20. Malgré des pleurs dans mon bureau et en dépit de la compensation entre les notes, l’étudiant n’a pas obtenu sa licence et n’a pas été autorisé à redoubler.

Quatre situations de plagiat avéré et des sanctions limitées, sauf dans le dernier cas. Pour comprendre les décisions de jury, fort souvent bienveillantes pour les étudiants, ou décisions que certains qualifieront de laxistes, il faut prendre en compte plusieurs éléments du contexte. Accuser un étudiant de plagiat, un étudiant que vous connaissez bien et pour qui vous avez même de la sympathie parce que vous l’avez côtoyé tout au long de l’année, est devoir constater son propre échec. Vous avez sélectionné cet étudiant à l’entrée du diplôme et vous vous êtes trompé sur son honnêteté. 

Au moment de la soutenance, le jury a toujours dit à l’étudiant : “nous vous sanctionnons mais nous vous épargnons le conseil de discipline de l’université qui pourrait vous exclure“. Menace en l’air. Que savions-nous réellement du fonctionnement du dit conseil de discipline ? Il traitait de triches aux examens terminaux en amphi et il ne parvenait pas à sanctionner, faute de preuves en béton, faute aussi d’un accord entre représentants enseignants et étudiants, ces derniers proférant quelquefois des menaces à l’encontre des premiers. Attaquer les plagiaires en justice ? Cela n’a évidemment pas effleuré l’esprit des membres du jury de licence pro. Je ne sais que depuis peu que le plagiat n’est pas un délit inscrit dans la loi. Le plagiaire ne peut être accusé que de contrefaçon et il ne peut l’être que si le plagié porte plainte. Cette série de chroniques sur le plagiat se terminera par une affaire de “copiés-collés” : le plagié – c’est sûr – ne portera pas plainte contre le plagieur (chronique à venir).

Quelles actions l’équipe pédagogique de la licence pro a-t-elle cependant entreprises ou pensées ? Quelques pistes. Je souris d’avance de la réaction du lecteur : “le blogueur prend de nouveau son style caractéristique de “donneur de leçons” (La Toile de l’Education). 1. Il faut travailler en équipe pédagogique : cela permet de réguler la charge totale de travail pour l’étudiant et sa répartition tout au long de l’année ; si l’étudiant doit rendre quatre dossiers en même temps, il sera incité à plagier. 2. Pour tester les compétences de l’étudiant en fin d’études, ne le noter que sur sa soutenance orale et non sur son mémoire écrit. Tout étudiant ne doit-il pas s’être approprié ce qu’il a écrit et pouvoir en débattre ? Cela suppose d’allonger nettement les temps de soutenance !

3. Il faut expliquer aux étudiants la gravité du plagiat et le leur rappeler dans tous les documents pédagogiques mis à leur disposition. En licence professionnelle, dans le texte précisant les exigences du projet collectif, du projet individuel et du mémoire de fin d’études, nous avons expliqué, en caractères gras soulignés, l’absolue nécéssité de citer ses sources, de mettre les citations entre guillemets, et annoncé la sanction pour plagiat : note “0″. Mais nous n’avons pas fait ce que nous avons écrit. 4. Il faut se poser la question de la compensation entre les notes des différentes matières composant le diplôme (chercher à éviter les compensations intégrales) et s’interroger sur le caractère éliminatoire ou non de la note “0″. 5... Le débat est ouvert. Chronique à venir : “Combattre le plagiat enseignant”. 

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