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Pierre Dubois

La licence universitaire en chiffres

Valérie Pécresse veut refonder la licence universitaire avant l’été 2011, et ce par une modification des arrêtés de 2002 qui ont créé la nouvelle architecture de l’enseignement supérieur universitaire (LMD, Licence, Master, Doctorat). Plusieurs chroniques de ce blog vont être consacrées à cette réforme du “maillon faible” des diplômes du supérieur ; ces chroniques défendront – évidemment – la création d’Instituts d’enseignement supérieur (IES), projet porté par ce blog.

Mais auparavant, il est nécessaire d’établir un bilan chiffré de la licence : ce qu’on sait et ce que, malheureusement, on ne sait pas ! Une réforme sans tous les indicateurs nécessaires pour un large débat : il y a problème !

La dépense publique par étudiant de licence n’est pas connue. L’indicateur 01 (Etat 2010 de l’enseignement supérieur et de la recherche) indique une dépense de 10.220 euros en 2009 pour un étudiant inscrit à l’université. Un étudiant inscrit en licence ”coûte” moins cher qu’un étudiant inscrit en IUT, en master ou en doctorat. Estimons la dépense à 9.000 euros par an. Sachant que la dépense pour un étudiant de Classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) est de 14.850 euros et que, pour un étudiant de section de technicien supérieur (STS), elle est de 13.730, et sachant qu’il y a environ deux fois plus d’élèves en STS qu’en CPGE, on peut estimer que la dépense par élève inscrit dans les classes supérieures des lycées est supérieure à 14.000 euros

Une véritable réforme de la licence universitaire supposerait que la puissance publique dépense autant pour un étudiant de licence que pour un étudiant de classe supérieure de lycée, qu’elle fasse donc progresser cette dépense de l’ordre de 5.000 euros par an et par étudiant. Dépense additionnelle pour les 734.000 étudiants inscrits en licence en 2009-2010 (hors IUT) : 3,67 milliards d’euros, soit bien plus que les dotations accordées aux universités pour mettre en oeuvre le plan Réussir en licence.

Combien d’étudiants inscrits en licence en 2009-2010 (cliquer ici) ? 734.000 (hors IUT) répartis ainsi dans les 6 grands domaines de formation : 116.000 en Droit et sciences politiques, 114.000 en Sciences économiques, gestion et AES, 145.000 en Lettres, langues et communication, 126.000 en Sciences humaines et sociales, 164.300 en sciences et STAPS, 69.000 en santé. Le cursus Licence a perdu plus de 30.000 étudiants depuis 2004-2005, plus de 57.000 depuis 1999-2000, plus de 125.000 depuis 1995-1996 (cliquer ici).

Combien de néo-entrants en 1ère année de licence ? 226.000 en 2009-2010 (indicateur 6.4. des RERS 2010). Ce nombre d’entrants a été en nette progression par rapport à l’année précédente : +7% dans les disciplines générales, +5% dans les disciplines de santé. Qu’en est-il pour l’année 2010-2011 ? Les données ne sont pas encore publiées ; espérons qu’elles le seront très rapidement, dans ce contexte de réforme de la licence. Toujours est-il que cette progression ne doit pas masquer la tendance de long terme : les bacheliers boudent de plus en plus la licence universitaire. 85% des bacheliers 2008 (95% des bacheliers généraux mais seulement 47% des bacheliers professionnels) ont poursuivi des études supérieures (indicateur 08 de L’état de l’enseignement supérieur) ; ce taux est identique à celui observé en 1996. A cette date, 40% des bacheliers avaient commencé leurs études en licence ; en 2008, ils n’étaient plus que 31%. Bref, les bacheliers fuient toujours plus nombreux la licence universitaire.

La réussite en licence n’est pas ce qu’elle devrait être, mais les taux de succès insatisfaisants ne sont pas seulement liés à l’absence de sélection à l’entrée. Le seul taux vraiment significatif est le taux d’obtention de la licence en 3 ou 4 ans par les bacheliers entrés en 1ère année de licence après le baccalauréat. Ce qui est incroyable, c’est que l’impact du Plan Réussir en licence ne peut être mesuré faute de données. L’état de la recherche et de l’enseignement supérieur 2010 publie le taux pour les jeunes qui ont obtenu le baccalauréat entre 2002 et 2005 (indicateur 15) ! 38% de ces bacheliers ont obtenu la licence en 3 ans et 15% en 4 ans (soit 53% en tout). Le taux est plus fort pour les bacheliers généraux (60%) et plus faible pour les bacheliers technologiques (20%). Il y a là un énorme gâchis ! Même, si bien sûr, une partie de ces bacheliers se sont réorientés vers d’autres formations : en 4ème année après le bac, sur 100 bacheliers de cette génération, 33% sont inscrits en master, 28 sont encore inscrits en licence, 19 sont inscrits ailleurs, 6 sont sortis de l’enseignement supérieur avec un diplôme et 14 sont sortis sans diplôme. Il est anormal de faire une réforme de la licence sans avoir les données pour les cohortes de bacheliers 2006 et 2007.

Le nombre de licences délivrées (indicateur 8.17 des RERS). Il diminue pour ce qui est des licences générales (celles qui vont être l’objet de la réforme Pécresse) : 128.200 en 2006, 123.500 en 2008. Il progresse pour ce qui est des licences professionnelles (créées en 1999) : 23.900 en 2005, 37.700 en 2008. La réforme de la licence – sa professionnalisation – passe, certainement et d’abord, par une multiplication des licences professionnelles.

Poursuites d’études après la licence. L’indicateur 15, tableau 04 montre que 63,3% des étudiants qui ont obtenu une licence générale en 2008 ont poursuivi, l’année suivante, leurs études en master ; 9,1% sont entrés en IUFM (ce dernier taux devrait être en baisse pour les titulaires d’une licence obtenue en 2010, à cause de la réforme de la formation des enseignants). Près de 3 licenciés sur 4 ont poursuivi leurs études en master ou en IUFM. Que sont devenus les autres licenciés ? Sont-ils entrés sur le marché du travail ou se sont-ils inscrits dans une formation du cycle L (dans une licence professionnelle en particulier) ? Faire une réforme de la licence sans connaître toutes les trajectoires en sortie de licence est un frein pour un large débat.

Corps professoral enseignant en licence. Il n’y a aucune donnée sur ce point et c’est évidemment tout aussi anormal. L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche 2010 publie des statistiques sur les personnels enseignants (indicateur 05 et 06) : ils sont répartis par statuts, grades, institutions et âges ; ils ne le sont pas par niveaux d’enseignement (licence ou master). Certes, ce type de comptabilisation est complexe (un enseignant-chercheur peut enseigner dans les deux cycles), mais il mériterait d’être tenté dans le cadre de la réforme de la licence !

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