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Pierre Dubois

Insertion : de pire en pire

Demain, je serai à Bologne pour la Conférence internationale d’AlmaLaurea, invité par mon ami Andrea Camelli, directeur du Consortium. Alors que les Observatoires universitaires français enquêtent le devenir des diplômés de masters obtenus en 2008 (les résultats seront connus à l’automne si les Observatoires ne boycottent pas la remontée des fichiers) et que le CEREQ n’a toujours pas publié les résultats de son enquête Génération 2007, Almalaurea a mis en ligne une première synthèse des résultats de sa 13ème enquête sur les diplômés italiens. Les concernés sont cette année les diplômés de 2009 (enquête un an après l’obtention du diplôme), de 2007 (enquête à 3 ans) et de 2005 (enquête à 5 ans). L’enquête a été réalisée entre octobre et décembre 2010 auprès des diplômés de 62 universités, représentant 77% des diplômés italiens

400.000 diplômés étaient concernés (l’enquête se fait par téléphone auprès de tous les diplômés et non auprès d’un échantillon comme dans l’enquête CEREQ). Le taux de réponses est supérieur à 90% pour les diplômés de 2009. Plusieurs types de diplômés : les titulaires d’une laurea (3 ans d’études), ceux d’une laurea spécialisée (2 ans d’études après la laurea), ceux d’une laurea à cycle continu (5 ans d’études sans diplôme intermédiaire).

La performance du système d’enquête AlmaLaurea est remarquable à tous points de vue. Signalons plusieurs d’entre eux : une comparaison possible entre les diplômés de 13 générations ; il n’y a pas d’équivalent en France. Un autre point fort : la transparence ; AlmaLaurea est indépendant et sait résister aux dérives de la “statistique politique”. Ses rapports successifs observent une dégradation continue des conditions de l’insertion. Le décrochage a été terrible pour les diplômés de 2008, ceux de la crise ; on ne sait rien des diplômés français de cette année-là ! La dégradation s’est poursuivie en Italie pour les diplômés de 2009, à un rythme plus faible cependant.

Tous les indicateurs de l’insertion sont “au rouge” : taux de chômage, taux d’emploi (davantage de poursuites d’études après 3 et 5 ans d’études), taux de précarité (développement des emplois sans contrat et des “auto-entrepreneurs”), taux de salaire (baisse continue depuis 10 ans). Le diplôme du supérieur n’est plus rentable, et ce dans un contexte où le taux de diplômés du supérieur parmi les jeunes est en Italie nettement moins important qu’en France et a commencé de baisser. Un indicateur peut paraître être au vert : les diplômés italiens travaillant à l’étranger ont de bien meilleures conditions que ceux restés au pays. N’est-il pas plutôt un indicateur “rouge vif” ? Il signifie que la “fuite des cerveaux” ne va pas s’arrêter.

J’entends les contempteurs. “Mais, c’est l’Italie ! Rien à voir avec la situation française !”. La situation des diplômés français est sans doute moins catastrophique que celle de leurs collègues outre-alpins. Mais c’est la tendance observée en Italie qui doit nous inquiéter. Quand ils seront enfin connus, les données concernant les diplômés français de 2008, 2009 et 2010 ne pourront être “bons”. Qu’est-ce qui a été fait pour eux : rien ! Ils n’ont pas été concernés par les différents “Plans pour l’emploi des jeunes” ; le service civique a peine à décoller ; le RSA ”Jeunes” ne peut les concerner, de même que l’alternance durant les études (ils sont diplômés).

Quoi qu’on puisse dire des sondages qui ont été réalisés ces jours derniers, il se pourrait que Marine Le Pen figure en tête le soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2012. Pousser vers l’extrême droite les jeunes diplômés du supérieur, décrochés du marché du travail, est-ce cela que nous voulons ?

Mesure d’urgence : enquêter, avant l’été, tous les diplômés du supérieur de 2008, 2009 et 2010, diplômés de BTS, de DUT, de licences générales et professionnelles, et de masters. Connaître précisément leur situation est un impératif catégorique. AlmaLaurea peut apporter son savoir-faire. La CPU devrait lancer l’opération et exiger de la Ministre le financement (10 millions d’euros devrait suffire).

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