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Henri Audier

Quels sont les cinq cabinets-conseils qui vont gagner aux Initiatives d’excellence (Idex) ?

Nous n’entendons pas ici discuter du bien fondé de l’appel à des cabinets-conseils privés de la part des établissements, organismes ou services du secteur public. Chaque entité a ses instances, ses conseils, aptes à débattre et décider. Que chacun s’exprime et décide.

Autre chose est le recours à des cabinets-conseils dans le cadre d’une procédure de concours, comme c’est le cas des appels d’offre pour les Initiatives d’excellence (Idex, voir articles précédents). Or, il suffit de lire les réponses à l’appel d’offre gouvernemental pour se rendre compte, du fait de leur présentation, de leur langage, de la façon narcissique de se décrire, du gargarisme omniprésent sur l’excellence, de la conformité aux idées du temps …, que pratiquement tous ces documents ont été écrits (re-écrits) par des cabinets-conseils.

En quoi cela est-il grave ? D’abord cela coûte très cher, surtout pour ceux qui vont perdre. A titre d’exemple, le projet d’Idex de Toulouse a coûté 400 000 euros et … il y a une vingtaine de candidats pour « 5 à 10 » éligibles. A quoi il faut ajouter quelques centaines de demandes de Labex, d’Equipex, de Cohortes ou autres, même si le coût de chaque projet peut varier ou si certains ont été rédigés sans cet appel extérieur.

Et puis, il s’agit d’une procédure de concours – donc en principe « égalitaire » – mais où celui qui pourra investir beaucoup dans les cabinets-conseils aura plus de chance que celui qui ne pourra ou ne voudra pas le faire. Le risque est d’ailleurs que cette pratique devienne de facto obligatoire. Car que fera à l’avenir le candidat Labex qui aura perdu, s’il voit que son voisin « qui a pris  des conseils » a gagné ? Il réalisera vite que ces cabinets connaissent la règle du jeu mieux que quiconque, puisqu’ils la façonnent.

Ce qui est le plus redoutable c’est bien qu’à terme, si ce système devait perdurer, ce sont quelques cabinets-conseils qui se partageront le marché, fixant la norme, décidant de la nature de « l’excellence requise », définissant le bon ton et le conformisme. Un chercheur ayant assisté à un entretien entre « son Labex » et un « conseiller » rapporte la première injonction de ce dernier : « Avant tout, dites-moi ce que vous allez sabrer ». Un inquisiteur de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) n’aurait pas fait mieux.

C’est un argument supplémentaire pour que la gauche, si elle revient au pouvoir en 2012, remette à plat le « Grand emprunt ». Il faudrait d’ailleurs que soit interdit le recours à des cabinets-conseils pour concourir dans le cadre de procédures d’appels d’offre impliquant de l’argent public.

Mais dans les autres cas, si les instances d’un établissement décident, à tort ou à raison, de requérir un « conseil » pour par exemple réorganiser un service, comment savoir quels sont les « excellents » cabinets-conseils ? Là, il y a deux solutions.

Certains considèrent que le classement d’excellence qui sortira de la procédure des Initiatives d’excellence (Idex) va produire une excellente hiérarchie du classement de l’excellence des cabinets-conseils. D’autres, soulignant que sans doute d’excellents cabinets n’ont pas concouru aux initiatives d’excellence, avancent l’idée d’un excellent concours classant l’excellence de tous les cabinets-conseils. Et d’avancer un excellent thème : « Résumer en quatre pages les 50 excellentes structures créées par (l’excellente) Valérie Pécresse pour simplifier les structures françaises ; les classer par ordre d’excellence ».

Ce serait là, une excellente idée.

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