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Pierre Dubois

J-M Monteil. Du CNAM à Saclay

Dans la chronique du 13 novembre 2010 (”Jean-Marc Monteil, vous méritez mieux !“), je dénonçais la création par le CNAM d’une chaire ad hominem au profit de l’ex-chargé de mission de François Fillon. Elu sur une chaire intitulée “Sciences du comportement et applications“, l’ancien premier vice-président de la CPU a tenu sa conférence inaugurale le 12 janvier 2011.  

Dans cette même chronique, j’écrivais : Jean-Marc Monteil ”n’assumera pas les charges d’enseignement d’un titulaire de chaire recruté dans des conditions “normales”. Il faut donc arrêter cette farce grotesque, celle d’un recrutement sur une chaire ad hoc. Il ne peut apparaître que comme un arrangement entre “petits copains”. Il tue la crédibilité de tous les recrutements dans l’enseignement supérieur”.

Un petit tour au CNAM et puis s’en va. Le CNAM est vraiment “bonne mère” : il recase les “conseillers du Prince” en quête de nouvelles chaises musicales et les laisse repartir, sans coup férir, si le Prince les sollicite de nouveau. Le CNAM ressort affaibli de telles farces. Moins de 3 mois après sa conférence inaugurale en effet, Jean-Marc Monteil (64 ans) a reçu une lettre de mission, signée par le Premier ministre. La mission : remettre en chantier l’initiative d’excellence CPS, organisée sur la base de la Fondation de coopération scientifique (FCS Campus Paris Saclay) et portée par la FCS Digiteo Triangle de la Physique. L’IDEX CPS a été recalée par le jury international (chronique : “Deux IDEX en Ile-de-France : absurdités“).

Paul Vialle, président de la FCS, ayant démissionné suite à cet échec, il fallait trouver en urgence quelqu’un à même de faire discuter de nouveau les membres de la FCS pour qu’ils ”récrivent” le projet d’IDEX et qu’ils lui donnent une “gouvernance resserrée“. Défi pour Jean-Marc Monteil : un accord de “gouvernance” est-il possible entre les 23 acteurs de la FCS “Campus Paris Saclay” ou entre les acteurs de la FCS Digiteo ?

Je crains que Jean-Marc Monteil ne se soit lancé inutilement dans cette galère. Pourquoi les institutions les plus prestigieuses de l’enseignement supérieur et de la recherche de France accepteraient-elles de déléguer une partie significative de leurs prérogatives au “gouvernement de l’IDEX” ? Et ce d’autant qu’une des missions de la FCS est de préfigurer l’Etablissement Public Paris-Saclay” (EPPS dont le PDG est Pierre Veltz).

Ce n’est pas tout ! Le mille-feuille institutionnel est encore plus complexe ! L’université de Paris Sud 11 est membre de la FCS Campus Paris Saclay, de la FCS Digiteo et est toujours membre du PRES UniverSud ParisCinq lieux de décision, cinq gouvernements : ceux du PRES Universud Paris, de deux FCS, de l’EPPS et celui que Jean-Marc Monteil doit inventer et faire admettre, celui de l’IDEX. En France, c’est toujours plus marrant de faire compliqué quand on peut faire simple !

Gilbert Béréziat, chargé de mission du PRES Sorbonne Universités, dont l’IDEX a été présélectionnée, est toujours bien informé. Dans sa chronique “L’excellence vexée ?“, il fait état d’un autre projet institutionnel : “un rapport fuite qui préconise la création d’un établissement public “Campus Polytechnique”, regroupant 6 écoles autour de l’Ecole Polytechnique”. Ce projet marginaliserait l’université de Paris Sud 11. Inadmissible pour Gilbert Béréziat.

Pourquoi donc Jean-Marc Monteil, après sa nomination sur une chaire du CNAM qui lui assurera dans un futur proche sa pension de retraite, a-t-il accepté la mission “Saclay” ? Le dira-t-il un jour, le temps venu d’écrire ses “Mémoires”. Je l’espère.

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