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Pierre Dubois

Le journal de Valérie P. (3)

Tu ne tiens pas la distance“. Carlita m’a posté ce SMS perfide parce que j’ai fait faux bond au Canard enchaîné, la semaine dernière. La femme de Chouchou ne manque pas de toupet ! Moi, Madame Carlita, j’étais aux States. Je suis Ministre ; je travaille, Moi ! J’adore New-York et le système d’enseignement supérieur américain. Je vais m’y ressourcer pour y trouver de nouvelles idées. Je dois préparer mon second mandat, cette fois avec François. Je l’ai invité à m’accompagner. Il a hésité puis a dit “non” : américaniser le SUP français, le PS n’aime pas trop. Et puis, il ne voulait pas qu’on jasât trop sur notre alliance pour les primaires socialistes et le gouvernement d’après Chouchou. Dépenser l’argent des français pour une visite à New-York et à Boston, il n’est pas encore habitué.

Moi, j’ai besoin de parler Américain et de Think Tanker. Diplômée d’HEC, je suis ! Columbia University, Massasuchetts Institute of Technology, Harvard University, ça a quand même plus de prestige et d’allure que le bidule du Chrouchou à Saclay. Quel plaisir j’ai pris à prononcer ma conférence en anglais devant un parterre de prix Nobel : The New French University : an Opportunity for Cooperation with American Academics ? Mes conseillers m’ont supplié de mettre un point d’interrogation. Pour moi, la coopération, c’est chose déjà faite. Et grâce à Moi. J’ai fait des offres aux chercheurs français expatriés pour qu’ils rentrent en France. Ils ne veulent pas. L’un m’a même dit que je mettais un sacré b… en France, avec mes investissements d’avenir. Expatrié définitif, ce prétentieux !

New-York, Boston, retour en France. Mardi 14 avril, un gros bourdon. Rendez-vous compte : devoir me rendre à Clermont-Ferrand ! Vulcania après la Statue de la Liberté ! Pour y faire quoi ? Déjeuner chez Michelin ? Non, signer le premier partenariat avec l’université pour qu’elle devienne propriétaire de ses murs. Je ne devrais pas, mais je l’avoue aux lecteurs du Canard, en toute transparence et confiance : ”avant d’être ministre, j’ignorais qu’il existât deux universités en Auvergne“. Je persiste et signe : “Mai 1968 a fait des gros dégâts en France ; il serait temps de tourner la page”. 

Ma LRU à Moi permet la dévolution du patrimoine. C’était une idée de Chouchou en 2007. ”La France profonde aime être propriétaire ; il faut l’y aider ; trouvez-moi une université qui a envie d’être dans ses murs à elle”. Mes conseillers l’ont dénichée. L’université d’Auvergne a levé le doigt et son président, Philippe Dulbecco, a dit : “moi, je veux être propriétaire“. Banco ! Je vais lui attribuer “une dotation financière de 6,1 millions d’euros par an pour la réalisation de ses projets immobiliers”. J’entends certains ricaner ! “6,1 millions seulement pour un nombre conséquent de projets” ? Je leur réponds : “si ça ne suffit pas, que l’université loue donc ses locaux au privé et vende ses immeubles ! Elle en a désormais le droit et le devoir, la liberté et la responsabilité” ! La seule bonne surprise de mon déplacement à Clermont-Ferrand : les échanges avec le président Dulbecco, un quadra sympa et hyperdynamique comme Moi, et un fort bel homme. Certes, “Nobody is perfect” : il est docteur en économie ; Moi, je suis HEC.

Dans mon métier de Ministre à Moi – et je vais continuer le Job quand François sera Président et Martine, Premier ministre -, je rencontre des gens fort importants ; toutes et tous veulent se faire photographier avec Moi, m’adresser une parole ou une demande, m’arracher un sourire. Que du bonheur pour mon Ego à Moi ! Carlita en bave de jalousie ! Mais je n’aime pas qu’on me résiste. Imaginez-vous : le président de l’université de Bretagne Occidentale (UBO) a refusé de réunir la section disciplinaire de son établissement après l’horrible histoire de la non titularisation d’une enseignante stagiaire ; celle-ci s’est en effet suicidée. Il faut sanctionner les coupables de dysfonctionnements ! Le président Pascal Olivard a osé me défier. Tant pis pour lui ! J’ai demandé au Recteur de l’académie de Rennes de l’obliger à réunir en urgence la section disciplinaire. Mais pour qui se prend-il ce Breton-là ? Qu’il n’oublie pas qu’une section disciplinaire a révoqué à vie de la fonction publique le président Laroussi Oueslati et qu’un juge d’instruction l’a fait mettre en détention provisoire pour corruption passive. D’ailleurs, l’UBO, quand je serai renommée ministre par François, je vais la dégrader en Community College“. 

“Autre honte ! P.E.C.R.E.S. Me voilà devenue un acronyme. PECRES est l’auteur du livre “Recherche Précarisée, Recherche Atomisée“. Il ose prétendre que “les précaires sont (re)devenus les chevilles ouvrières de l’enseignement supérieur et de la recherche, que les années 2000 ont vu leur nombre exploser : ils représentent un quart des personnels et la tendance se poursuit”. P.E.C.R.E.S, collectif Pour l’Etude des Conditions de travail dans la Recherche et l’Enseignement Supérieur. Ce collectif se croit malin ! Je vais le poursuivre en justice pour plagiat de mon nom !

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