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Pierre Dubois

Licence : oser mesurer la réussite

J – 12 pour le colloque de la CPU sur la réforme de la licence : toujours pas de contributions écrites en ligne ; et toujours une incertitude sur la présence de Valérie Pécresse, le 13 mai à 14 heures. Vendredi 13 : la ministre ne croit-elle pas aux jours de chance ?

Thèmatique du 13 mai : “oser la réussite“. 11 heures, séance plénière : “Les conditions de la réussite“. Oser la réussite ? Que veut dire ce slogan congénital de l’université ? Oser, est-ce tenter sa chance en licence, vendredi 13 oblige ? Une surprise pour moi : la présence, parmi les intervenants, de Michel Dellacasagrande, directeur des affaires financières, service commun du MEN et du MESR, entre 1997 et 2009 (CV sur EducPros). Quelles sont les compétences de ce fonctionnaire en matière d’analyse de la réussite en licence ? Je n’ai trouvé aucune intervention ou publication de ce jeune retraité (il est né en 1943), casé sur une strapontin sur lequel j’aimerais, moi aussi, m’asseoir : consultant de la CPU. Je suis vexé de ne l’être pas (chronique : “CPU. Une ambition, la licence“). 

Oser la réussite. J’ai choisi d’intituler la chronique d’aujourd’hui : “oser mesurer la réussite“. Il faut en effet dire de quoi on parle. C’est quoi la réussite ? Quels en sont les facteurs ? Les indicateurs ? Comment sont-ils calculés ? Le sont-ils toutes choses étant égales par ailleurs (les universités ont des populations d’étudiants différentes) ? A quand remontenr les dernières données disponibles ? Malheureusement, on en sait beaucoup moins aujourd’hui qu’hier, tant la Statistique publique est malmenée dans ce pays depuis 2007, en particulier au MEN et au MESR (de moins en moins de Notes d’information) !

Cette grave lacune de données est invraisemblable et fautive quand on prend en compte l’objectif politique affiché : financer partiellement les universités selon leur performance observée en matière, en particulier, de taux de réussite en licence. Financer selon la performance ? J’en suis (encore) globalement partisan (chronique : “financer selon la performance” en matière de formations supérieures), tout en reconnaissant les dangers de la pression mise sur les enseignants-chercheurs pour faire progresser les taux de succès en licence (chronique de François Vatin).   

Commenter les données statistiques est chose délicate. Le texte de présentation du colloque de Toulouse contient deux erreurs. L’une fait l’objet du nouveau Quiz mis en ligne ce jour. L’autre concerne l’objectif fixé par la loi de 2005 : 50% de diplômés de l’enseignement supérieur dans les générations nouvelles. Affirmer que cet objectif est “quasiment atteint” est faux ! Le taux observé (chronique à venir) n’a quasiment pas progressé dans la 1ère décennie de ce nouveau siècle.

Une seule statistique commentée dans cette chronique : le nombre de diplômes de licence délivrés par les universités. Cette donnée est la plus “basique” qui soit. Elle n’est évidemment pas un indicateur de performance du système d’enseignement supérieur ! Eh bien, même cette donnée est lacunaire. La source la plus exhaustive est Repères et références statistiques (RRS), publiée par la DEPP, chaque année en septembre (dernière publication : 2010). La donnée n’est même pas reprise dans l’Etat de l’enseignement supérieur et de la recherche (édition 2010).

RRS Indicateur 8.16 (page 246) : nombre de diplômes délivrés par niveaux de diplôme (dont la licence), selon le sexe, selon 7 disciplines et selon le type de licence (licence générale ou professionnelle). Une ligne du tableau indique le nombre d’inscrits en année diplômante au 15 janvier de l’année ; le nombre de diplômes délivrés sur le nombre d’inscrits permet de calculer un taux de succès. Indicateur 8.17 (page 248) : évolution du nombre de diplômes délivrés de 2004 à 2008. Progression rapide du nombre de diplômés de licence professionnelle (37.665 en 2008), diminution du nombre de licenciés généraux (123.465 en 2008).

Ce qui est insatisfaisant dans la publication des données sur la licence. 1. Retard dans le traitement et la publication des données. Celles du RERS 2010 datent, pour ce qui est des diplômes délivrés, de l’année 2007-2008. Or, les universités ont “remonté” au ministère leurs données de diplômés 2009 en mai 2010 et remonteront les données sur les diplômés 2010 en mai 2011. Discuter à Toulouse des conditions de la réussite sans avoir de données sur les diplômés 2009 et 2010, diplômés qui ont été l’objet des dispositifs du “Plan Réussite en licence“, est incohérent.

2. Les données ne sont pas publiées université par université, alors que les services statistiques du ministère possèdent les fichiers informatiques nécessaires. Aucune comparaison entre universités n’est donc possible. On pourrait même imaginer une publication par PRES, par projets d’IDEX. Le lecteur averti pourrait me rétorquer : mais les universités publient leurs chiffres de diplômes délivrés ! Hélas, la majorité d’entre elles ne le font pas. Faites l’expérience en consultant les sites Web (rubriques “les chiffres clés”, ou “publications” des observatoires universitaires). A suivre : le calcul des taux de succès en licence.

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