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Pierre Dubois

Réussite en Licence : c’est mal parti

La chronique du 7 mai 2011, “Licence : cibles de performance“, portait sur les indicateurs permettant de suivre la réalisation des cibles de performance, fixées par les lois de finances. Je reviens sur l’un des indicateurs : Indicateur 2.3.2, “part des inscrits en L1, accédant en L2 l’année suivante”. Selon les dénombrements effectués sur les fichiers nationaux des inscrits (source utilisée par les lois de finances), cet indicateur avait atteint, en 2008, 43,2%. Performance visée en 2010 et 2011 : 50% ; en 2013 : 52%. Soit un gain de 8,8% en 5 ans, attendu des mesures du “Plan Réussite en Licence”. Problème : le taux observé en 2008 (43,2%) était en recul par rapport à 2007 (46,6%) et à 2006 (47,7%).

Dans cette même chronique, je mentionnais l’existence d’une autre source statistique, le panel des bacheliers 2008. Celui-ci a fait l’objet d’une première note d’information de la DEPP (juillet 2010), comparant le devenir des bacheliers 2008 à celui des bacheliers de 2002 et de 1996. Trois résultats1. Forte diminution des bacheliers entrant en 1ère année de licence (hors 1ère année de santé) : 24% seulement. 2. Parmi eux, 10% seulement ont obtenu la mention “Bien” ou “Très Bien”. 3. C’est en 1ère année de licence que les inscrits “par défaut” sont les plus nombreux. Je m’étonnais, le 7 mai, de l’absence d’une 2ème note d’information, consacrée au devenir en 2009-2010 des bacheliers 2008.

Cette note d’information est désormais parue (11.08, mai 2011) : Les bacheliers 2008. Où en sont-ils à la rentrée 2009 ? Elle fournit le résultat pour le 1er indicateur de performance. Le taux de passage en 2ème année de licence pour les bacheliers entrés en 1ère année de licence en 2008 est de 52% (tableau 1). Ce taux est en légère baisse par rapport au taux observé pour les bacheliers 2002 (53%) et en hausse significative par rapport au taux observé pour les bacheliers 1996 (48%). A la différence des bacheliers 2002, les bacheliers 2008 ont été concernés par la réforme LMD et par le “Plan Réussite en Licence”. Celui-ci n’aurait-il pas eu l’effet escompté ?

Avant d’exploper plus avant cette question, il faut s’interroger sur l’écart important observé entre le taux figurant dans la loi de finances (43,2% de passage immédiat de L1 en L2 observé en 2008) et le taux mesuré par le panel des bacheliers (52%). Il est fort probable que la loi de finances prenne en compte le taux immédiat de passage de la 1ère année d’études de santé à la 2ème : ce taux est très bas (15% en 2008, 18% en 2002). En agrégeant les deux populations d’étudiants universitaires et en calculant le taux de passage immédiat en L2, on obtient effectivement un taux proche de celui figurant dans la loi de finances (43,2%). Il est donc tout à fait improbable que 50% des bacheliers 2009, ayant opté pour les études universitaires (hors IUT), soient en 2ème année de licence (études de santé comprises) en 2010-2011 ! La cible de performance visée par la loi de finances ne sera pas atteinte.

Focus sur le devenir des bacheliers 2008. A la rentrée 2008, 31% d’entre eux se sont inscrits à l’université (24% en 1ère année de licence, 7% en 1ère année en “santé”). Un an plus tard, seulement 43,5% d’entre eux (52% en L1 hors Santé et 15% en L1 Santé) y ont connu un parcours de réussite (inscription en 2ème année en 2009-2010).

La Note d’information qui vient de paraître est très riche. Je me contente dans cette chronique de relever trois de ses résultats pour les étudiants entrés en licence universitaire. 1. Le taux d’arrêt des études (en cours ou en fin de première année) est faible : 6%. 2. Le taux de passage immédiat en L2 (en 2009-2010) pour les bacheliers entrés en L1 en 2008 dépend fortement du type de baccalauréat et de la mention obtenue (tableau 3).

3. Le taux de réorientation des bacheliers entrés en L1 en 2008 a été de 19% à la rentrée 2009-2010 (le taux était de 17% pour les bacheliers 2002). Ce taux est inférieur à celui observé chez les bacheliers entrés en 2008 en CPGE (23%) ou en Santé (28%). Surprenant ! En effet, le taux de réorientation devrait être plus important pour les étudiants entrés en licence : ils ont en effet été plus nombreux à y entrer “par défaut” (ce qui n’est pas le cas pour les deux autres filières d’études). Par ailleurs, le Plan Licence devait faciliter les réorientations par un système de passerelles, en particulier vers les STS. Autrement dit encore : les “bons” bacheliers accèdent plus facilement aux filières sélectives et peuvent plus facilement se réorienter en fin de 1ère année ; les “moins bons” bacheliers subissent, quant à eux, une “double peine” : moindre accès aux filières sélectives et réorientations plus difficiles. Le “Plan Réussite en Licence” n’a permis ni une progression du taux de succès en L1, ni une progression du taux de réorientation.

Une interrogation. La Note d’information ne précise pas que le taux de passage immédiat en L2 varie significativement selon le type de filière universitaire. Or des différences importantes étaient observées pour le panel des bacheliers 2002 (Note 19 de 2005). Il ne semble pas que le Plan Licence les ait prises en compte. Des universités ont peut-être ciblé leurs actions sur les filières de licence pour lesquelles les taux de passage immédiat en L2 étaient les plus faibles. C’est à vérifier.

Et enfin. Ce dont fait prendre conscience – une fois encore – la dernière note d’information de la DEPP, ce sont les mauvais résultats relatifs des filières sélectives. Parce que sélectives et parce que leurs 1ères années ne sont pas “diplômantes”, elles devraient atteindre des taux de passage en 2ème année bien plus élevés. Bref, c’est tout le 1er cycle de l’enseignement supérieur (et non seulement la Licence universitaire) qui est “malade” et qui doit être réformé. Le projet que porte ce blog (création d’Instituts d’enseignement supérieur) mériterait peut-être d’être un jour discuté !

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