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Pierre Dubois

Combien coûte un étudiant en L ?

Ministre et présidents d’université sont d’accord : réformer la licence, la rendre plus lisible, plus attractive, plus performante en terme de taux de succès et de préparation à l’insertion professionnelle, nécessite plus de moyens financiers (locaux, équipements, potentiel enseignant et administratif). Combien de milliards d’euros supplémentaires par année ?

Problème : personne ne sait ce que coûte aujourd’hui à la collectivité publique (Etat et collectivités territoriales) un étudiant inscrit en licence universitaire. La preuve de cette ignorance de taille passe par l’examen de la dépense par étudiant. Compte provisoire de l’éducation pour l’année 2009 (Note d’information, n°10.21, décembre 2010) : “dans le supérieur, la dépense par étudiant s’élève à 11.260 euros (calculée sur l’ensemble des étudiants inscrits en université ou dans des établissements du second degré ou dans toute autre école supérieure)”.

L’indicateur 1 de “L’état de l’enseignement supérieur et de la recherche”, page 15 de l’édition 2010, répartit la dépense moyenne de 11.260 euros par type de filière post-bac : un étudiant coûte 14.850 euros en CPGE, 13.730 euros en STS, 10.220 euros à l’université. Depuis 2006 et la LOLF, le coût d’un étudiant en IUT est inclus dans celui d’un étudiant en université. En 2006, le coût d’un étudiant en IUT était de l’ordre de 10.000 euros et celui d’un étudiant en université de l’ordre de 8.000 euros. Ce qui est établi : de 2006 à 2009, il y a eu progression de la dépense pour un étudiant inscrit à l’université (IUT compris), mais cette dépense reste significativement inférieure à celle observée pour les élèves des classes supérieures des lycées (CPGE et STS). 

La dépense de 10.220 euros par étudiant universitaire cache évidemment des disparités selon les niveaux de formation et selon les filières de formation. Combien coûte donc un étudiant en licence ? On peut faire l’hypothèse qu’il continue de coûter moins qu’un étudiant inscrit en DUT et qu’il coûte moins qu’un étudiant inscrit en master ou en doctorat. Pourquoi coûte-t-il moins ? Dans la première moitié des années 90, l’Observatoire des coûts avait démontré qu’un étudiant de premier cycle universitaire coûtait moins pour trois grandes raisons. 1. Economies d’échelle : plus d’étudiants par formation de 1er cycle que d’étudiants par formation de 2ème ou 3ème cycle. 2. Méthodes pédagogiques plus économes : davantage de cours en amphi. 3. Coût salarial moindre : enseignements pris en charge par des enseignants-chercheurs en début de carrière (et donc moins coûteux), par des professeurs agrégés ou certifiés, par des vacataires payés à l’heure. Le coût le plus faible était alors celui d’un étudiant en première année de droit !    

Il est sûr que, dans le contexte des responsabilités et compétences élargies (RCE), les universités vont de plus en plus se préoccuper du coût de l’étudiant dans chacune de leurs formations. Certaines ont entrepris une démarche de comptabilité analytique. Mais aucune aujourd’hui n’est à même de calculer le coût d’un étudiant dans chacune de ses formations de licence.

Les données précédentes me font penser que la dépense par étudiant de licence demeure inférieure à 8.000 euros par an. Qu’on me persuade donc du contraire ! L’écart de dépense annuelle pour un étudiant en classe supérieure de lycée et pour un étudiant en licence universitaire demeure très élevé. Une vraie réforme du premier cycle passe par une égalité de traitement entre tous les étudiants de premier cycle. Pour y parvenir, j’estime la dépense nécessaire à plus de 3 milliards d’euros par an (chronique du 6 mai 2011).

Le “Plan Réussir en Licence” n’a pas été à la hauteur du défi de la réforme de la licence, en dépit de la grande satisfaction exprimée par la Ministre. Il n’a pas significativement modifié la donne. 730 millions d’euros en 5 ans (2008-2012) soit 146 millions par an pour 733.500 étudiants inscrits en licence (indicateur 10, page 33), soit une moyenne de 199 euros supplémentaires par étudiant de licence. Et encore ! Il n’est pas dit que les universités aient consacré toute cette somme à des dépenses pour les étudiants de licence : en effet, un rapport de l’IGAENR de 2010 a prouvé que les universités n’étaient pas à même de justifier comment elles avaient utilisé les crédits de ce Plan.  

Les universités, leurs présidents, leurs personnels et leurs étudiants doivent refuser la “nouvelle licence” si la loi de finances 2012 ne prévoit pas au moins 750 millions d’euros supplémentaires, soit 1.000 euros de plus par étudiant de licence. Ce serait un début et un gain de crédibilité pour Valérie Pécresse ! Quant au programme du PS pour 2012, puisqu’il prévoit une loi d’orientation et de programmation pour le supérieur, il devrait annoncer clairement la couleur : porter à 13.000 euros en 2017 la dépense par étudiant de licence.

Dommage que le PS n’inscrive pas à son programme la création d’Instituts d’enseignement supérieur. Ceux-ci sont en effet économes des deniers publics : simplification de l’offre de formation, fusion des DUT et des STS par la création d’une voie professionnelle dans chaque IES, moins de dépenses d’orientation et de réorientation, progression des taux de succès (davantage de licences obtenues en 3 ans et donc moins d’étudiants en licence)…

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