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Pierre Dubois

Equipes pédagogiques en Licence ?

De même que personne ne sait combien coûte un étudiant inscrit en licence (chronique du 18 mai 2011), de même personne ne sait qui enseigne en licence. Surprenant et inadmissible d’ignorer la composition du corps enseignant quand s’engage la réforme de la “nouvelle licence”. Plus largement encore, la licence est un “grand corps malade” : la carte et l’offre de formations ne sont ni pilotées au niveau national, ni au niveau de chacune des universités (chronique des 3 mai et 5 mai 2011). Pas de réforme de la Licence sans un corps professoral unique pour ce niveau de formation.     

Note d’information, n°11.06, mai 2011. Les personnels enseignants de l’enseignement supérieur étaient 93.000 en 2009-2010 (tableau 1). Ils se répartissent en… huit statuts : 59.200 enseignants-chercheurs (21.000 professeurs, 38.100 maîtres de conférences, dont 3.200 professeurs ou maîtres de conférences associés), 13.000 enseignants de type second degré (professeurs agrégés et professeurs certifiés), 4.250 enseignants en médecine et odontologie, 6.200 attachés temporaires d’enseignement et de recherche (ATER), 1.000 lecteurs et maîtres de langues, 9.300 moniteurs et doctorants contractuels. Les enseignants-chercheurs représentent moins des deux tiers du corps professoral du SUP. Et en licence ? Personne ne sait !

Le graphique 1 de la Note indique une progression significative du nombre d’enseignants du supérieur de 1992 à 2010. La progression la plus forte (+140%) concerne les ATER et les moniteurs. Ceux-ci – ils sont 15.500 (16,6% de l’ensemble) – ont un contrat à durée déterminée ; il s’agit d’un contrat ”précaire” ; tous les ATER et tous les moniteurs ne deviendront pas enseignants-chercheurs.

La Note d’information répartit les 93.000 enseignants du SUP selon un certain nombre de critères : répartition par discipline (tableau 1), par type d’établissement (tableau 2), par âge et par sexe (tableau 3). Le tableau 7 précise l’âge moyen des maîtres de conférerences (MCF) au moment de leur recrutement (34 ans), l’âge moyen de départ à la retraite (64 ans et 1 mois pour les MCF, 64 ans et 6 mois pour les professeurs). Autrement dit, la carrière de l’enseignant-chercheur fonctionnaire est de 30 ans ! Toutes ces données sont évidemment intéressantes et fort utiles pour le pilotage national des ressources humaines (gestion des stocks et des flux). De plus en plus souvent, les universités élaborent et publient des “bilans sociaux“, utiles pour le pilotage local des RH. 

Mais personne ne s’enquiert de la composition du corps professoral par niveau de formation. La composition du corps professoral enseignant en licence est-elle analogue à la composition de l’ensemble du corps ? Il n’est pas facile de répondre à cette question puisqu’un enseignant-chercheur peut enseigner en licence, en master et en doctorat. La donnée utile serait donc celle-ci : comment se répartissent, dans les 3 cycles, les heures d’enseignement effectuées par les différents “corps” enseignants ? Evidemment, cette donnée statistique ne peut être élaborée que par agrégation de données collectées dans chacune des universités. 

Le tableau 2 de la Note dessine quelques pistes. Les 15.500 ATER et moniteurs n’enseignent que dans les universités (hors sciences de la santé) ; ils sont absents des IUT, des IUFM et des autres établissements. Dans les universités, ils constituent 21,1% du corps enseignant (15.500 / 73.400) ; le taux est encore plus élevé en Sciences et techniques (31%). Et dans le cycle “Licence” ? Le taux est certainement supérieur.

4.200 enseignants de type second degré enseignent dans les IUT, en DUT et/ou en licence professionnelle. Ils représentent 41,8% du corps enseignant. Ils travaillent au côté de maîtres de conférences (48,8%) et de professeurs (9,6%). 6.600 enseignants de type second degré enseignent dans les universités (hors IUT). Ils représentent 9% du corps enseignant ; le taux est beaucoup plus important en Lettres et sciences humaines (22,5%).

Les professeurs sont sous-représentés dans les IUT (9,6% contre 24,2% dans les universités). On peut penser qu’il en va relativement de même dans le cycle Licence. La sous-représentation du corps des professeurs en licence s’est vraisemblablement accrue avec l’instauration du LMD (ils enseignent prioritairement en master et en doctorat).

On peut penser – en l’absence de données statistiques le prouvant – que le corps professoral enseignant en licence est hétérogène, que les professeurs y sont sous-représentés, que des différentes de composition du corps existent d’une grande discipline à l’autre et d’une université à l’autre. Les étudiants de licence ont donc majoritairement comme enseignants des maîtres de conférences, des agrégés et des certifiés, des ATER et des moniteurs, des vacataires payés à l’heure. 

Je doute 1. que ce corps enseignant éclaté soit à même de constituer des équipes pédagogiques cohérentes et stables dans le temps. 2. qu’un tel corps enseignant puissent mener des innovations pédagogiques qui feraient des licences des formations d’excellence. 3. Je crains que la prime d’excellence pédagogique, qui est annoncée, n’entraîne de sérieux conflits entre les maîtres de conférences et les professeurs du second degré (qui en seraient vraisemblablement écartés).

Il n’y aura de “nouvelle licence” que si celle-ci dispose d’un corps enseignant homogène. Pour rappel : dans les Instituts d’enseignement supérieur, projet que porte ce blog, le corps professoral serait un corps unique, celui des agrégés (chronique du 7 avril 2010 : “le corps professoral des IES“).

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