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Christine Vaufrey

Je ne veux pas être accompagnée !

En France, on a la maladie de l’accompagnement. Et de l’accompagnement en cascade, en particulier. Tout le monde accompagne quelqu’un : le ministère accompagne les universités, qui accompagnent les profs, qui accompagnent les étudiants. Pour quoi faire, tout cet accompagnement ? Pour utiliser correctement les outils et ressources numériques. Oui, vous avez bien lu : tous ces petits sucres d’accompagnement qui tombent les uns sur les autres ont pour point d’arrivée : les étudiants. Marc Zuckerberg était étudiant lorsqu’il a créé Facebook. S’il avait été mieux accompagné à Harvard, il n’aurait pas créé cette compagnie, sans aucun doute, car il aurait eu une conscience aigüe des redoutables périls qui guettent les individus insouciants sur les réseaux sociaux.

Il y en a d’autres qui ont d’encore plus grandes ambitions, en matière d’accompagnement dans la jungle numérique : ce sont les gens d’Hadopi. Déjà la campagne de pub qui a commencé en début de semaine fait s’étrangler de rire, ou bondir, au choix : dire qu’Hadopi existe pour protéger la création artistique de demain, c’est gonflé. Quel artiste demain osera dire qu’il s’est fait accompagner par Hadopi, que c’est grâce à Hadopi qu’il a pu produire son pilote d’émission télévisée ou sa maquette musicale ? Savez-vous où et comment naissent les créations audio-visuelles de nos jours ? En plus, à la radio chez Pascale Clark il y avait un député qui avait soutenu la loi Hadopi et qui expliquait qu’Hadopi, ce n’est pas du tout fait pour cirer les pompes des grosses compagnies de films ou de musique qui possèdent la moitié ou les trois-quarts de la production mondiale, pas du tout. c’est fait pour accompagner l’internaute qui télécharge illégalement car “il ne sait pas qu’il peut le faire légalement”. Alors, n’est-ce pas les gens d’Hadopi vont lui montrer, vont le diriger vers les compagnies qui attendent, la main ouverte, que les petits flics de la toile fassent leur boulot.

Personnellement, j’ai envie qu’on me fiche la paix. Qu’on me laisse prendre mes responsabilités sur la toile, pour tout ce qui touche à mon identité numérique, à ce que je télécharge -ou pas, et où. J’ai également envie de partager ce que je sais faire avec d’autres, et de demander à ceux-là de m’aider quand je ne sais pas. Parce que “l’accompagnement”, en matière d’éducation numérique, c’est un mélange de pression morale et de flicage. C’est aussi une manifestation d’arrogance de la part de ceux qui estiment que puisqu’ils sont “plus haut” que nous, ils sont meilleurs.

Excusez ce ton moins policé qu’à l’ordinaire, mais avec les enfants qui révisent le bac à la maison, les pubs d’Hadopi et les articles sur le marché de l’angoisse scolaire, je craque un peu.

Heureusement, il ya le nouveau blog d’Educpros sur l’éducation en Chine, et ça change un peu -)

Et à part ça, vous, vous aimez être “accompagné” par vos institutions ?

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